Le mythe du multipartisme Québécois

Voilà, certains croient ici que l’ADQ est un grand progrès dans la politique Québécoise, car il offre une troisième alternative et abolit le bipartisme. Moi aussi, je croyais cela, il y a 2 semaines environ. Et plus cela avance, plus je trouve cela stupide de ma part.

Le tripartisme au Québec, ce n’est qu’un mythe. Pourquoi? Non pas parce que les électeurs n’en veulent pas, mais parce que les partis n’en veulent pas. Le troisième parti sera toujours laissé derrière, saigné à blanc et laissé pour contre pendant que les deux autres continueront de s’élever en lui pilant sur les pieds.

Je croyais que l’ADQ avait été ce tierce parti assez longtemps pour comprendre l’importance de cette situation, du mandat de tripartisme que la population avait donné aux partis de l’Assemblée Nationale. Je m’étais trompé.

En coupant les subventions du PQ, alors que celui-ci représente 5 circonscriptions de moins que l’ADQ, l’Action Démocratique du Québec ne fait qu’une chose: s’engager pour son propre bien à tenter d’étouffer la voix du PQ. En tentant de s’évertuer à couper la période de questions péquistes, alors que les membres du PQ ont une bien meilleure expérience en chambre que l’ADQ, ils s’évertuent à étouffer leur rival.

Ma conclusion à tout cela? C’est bien simple: aucun des trois partis politiques n’a envie du multipartisme. Chacun a intérêt, pour son parti et non pour l’exercice de la démocratie, à ce qu’il n’y ait que deux partis forts dans l’Assemblée Nationale, tant que l’un des deux est le leur. J’entends déjà les libéraux et les adéquistes se réjouir partout de la chutte du PQ, prédisant qu’il ne se relèvera jamais, agissant aussi pour qu’il ne se relève jamais. Secrètement, j’espère que tous les citoyens comprennent que la chutte du PQ, c’est le retour au bipartisme. Le retour à deux partis politiques qui se passent le pouvoir comme des coureurs se passent un témoin, mais qui savent que le pouvoir ne leur échappera pas avant longtemps.

Secrètement, je crois que c’est ce qu’une bonne partie des électeurs veut, malheureusement. Qu’il n’existe que deux options fortes et des options faibles, minoritaires, ayant peu d’influence. L’arrivée de l’ADQ, c’est simplement le remplacement progressif d’une des deux options par une autre, ce qui ramènera au bipartisme quand même.

C’est pour cela que je crois sincèrement, et malheureusement, que le multipartisme au Québec n’est qu’un mythe. Que cela peut durer quelques temps, deux mandats peut-être, le temps que le tierce parti ne se fasse écraser pour vrai, avant que l’on revienne à un mode à deux partis. Parce que c’est ce que les électeurs veulent.

Le PQ brasse son linge sale en public

Heh… Je pense que tout le monde a déjà entendu de mauvaises langues dire cela… Un millier de fois. “Ho, encore une fois, le PQ nettoie son linge sale en public, ça m’écoeure!” J’ai l’impression, à chaque fois que quelqu’un dit cela, qu’ils ne comprennent pas la particularité de ce qu’est le PQ exactement.

Notez-le bien: je ne suis pas péquiste. En tant que gauchiste pur, je suis parmi la minorité de solidaires au Québec.

Les gens chiâlent sur le nettoyage de linge sale que nettoie le PQ en public, mais ils ne se questionnent pas sur la raison primordiale pour laquelle il y a ce genre d’actions. Cette semaine, nous avons vu d’abord une attaque sur M. Duceppe de la part d’André Boisclair, ainsi que des contre-attaques qui ont suivi. Suite à l’élection du 26 mars d’un gouvernement libéral minoritaire et au rétrogradement du PQ, troisième parti à l’Assemblée Nationale, plusieurs politiciens péquistes, dont le chef du SPQ-Libre, ont exigé la tête de M. Boisclair. Même avant l’élection, un des tacticiens a suggéré de remplacer le chef même avant l’élection, qu’il restait encore du temps pour changer d’idée et réduire les dégâts que Boisclair causerait.

Notez bien que je me fiche bien d’André Boisclair. Il ne me fait ni chaud ni froid, mais je remarque qu’il a fait plus froid que chaud aux Québécois. Il n’a pas su les séduire, en grande partie parce qu’en effet, il n’a pas charmé les médias. Nier ce fait, c’est être ignorant.

Je crois avoir montré plus haut que le PQ connaît plusieurs voix divergentes, des voix importantes dans ce parti politique, car elles affichent plusieurs points de vue. Car à l’instar des deux autres grands partis, le PQ EST un parti démocratique. Le PQ a été formé à la base par des partis de gauche, de droite et du centre. Le chef était un porte-parole qui devait aider les gens à prendre des décisions éclairées, mais qui ne devait pas prendre la décision seul. Les idées du PQ, même actuellement, sont des idées de consensus; elles ne font pas l’unanimité.

Il reste au parti Québécois plusieurs sous-partis: le SPQ-Libre, le MES, pour n’en citer que deux. Ces gens se sont réunis dans le PQ pour le projet de souveraineté, mais ils se sont joints à ces cellules politiques pour leurs affiliations profondes; qu’ils se disent de gauche, de droite, syndicalistes, pro-souverainistes, etc. Le chef du PQ est élu par ces voix; des voix discordantes, des gens qui ne sont pas d’accord. Comme toutes les décisions du PQ, ce sont des décisions de consensus; elles ne font pas l’unanimité.

C’est cela, le PQ. Plusieurs groupuscules unis qui prennent des décisions ensemble, allant du choix du chef au programme électoral. Un chef qui ne sait pas manier cela, accepter que le pouvoir qu’il a est très limité par rapport au pouvoir que les membres doivent avoir, aura de lourdes difficultés. D’ailleurs de diriger une telle coalition mal ordonnée est quelque chose de dur pour le moral et pour soi.

Pourquoi les péquistes lavent-ils le linge sale en public? Car ils en ont le droit. Parce qu’ils ont le droit d’être en désaccord avec certaines lignes de leur parti. Parce qu’il est normal, dans un climat de liberté, qu’il y ait des gens qui disent: “Je ne suis pas d’accord.” Parce que des gens ont le droit même de questionner le choix du chef.

Entendez-vous des voix discordantes au PLQ? Bien sur que non, car quand cela est le cas, on passe la muselière assez vite. Thomas Mulcair a goûté à ce genre de choses, en s’opposant à un projet qui avait pour but de vendre un terrain public à M. André l’Espérance pour qu’il construise des condos au pied d’une magnifique montagne, près d’un centre de ski l’hiver, une plage l’été, ainsi qu’une ville touristique importante. Une belle façon de remercier un des hommes qui a mené Jean Charest à la tête de son parti.

Pourtant, bien que M. Mulcair ait, avec un certain gêne (il savait vers quoi il s’aventurait), témoigné sa désapprobation, ses collègues se sont opposés à lui, le chef s’est opposé à lui, si bien qu’il n’avait même plus le droit de commenter le projet Orford. C’est cela, le prix de l’unanimité!

Pour ce qui est de l’ADQ, la formation politique n’a pas encore fait de scandale du genre qui fut connu publiquement. Ne suffit que de dire de source sure que si quelqu’un veut être député dans le parti et qu’il ne suit pas M. Dumont dans tous ses points, quelqu’un le remplacera. Ça aussi, c’est le prix de l’unanimité.

Alors ma conclusion est la suivante: le PQ lave son linge sale sur la place publique parce qu’ils en ont le droit. Le PQ ne tait pas ses élites politiques, ne les prive pas de l’importante liberté d’expression que nous défendons. Bien sur que ce choix a des conséquences néfastes: il mène la vie dure aux chefs, qui doivent écouter bien plus que parler, il donne l’impression parfois de se battre contre lui-même. Mais c’est cela, la démocratie pure. La démocratie pure, c’est le consensus; ce n’est pas l’unanimité. Il n’est pas normal qu’une centaine de personnes puissent arriver à se mettre d’accord sur des enjeux politiques majeurs. Il n’est pas normal non plus de ne jamais entendre ceux qui sont en désaccord.

Si nous avions le choix de construire un système politique pour un pays qui soit démocratique ou totalitaire, chacun serait d’accord pour la démocratie. Pourtant, plusieurs préfèrent voter pour des partis où le totalitarisme est monnaie courante à l’intérieur même du parti, et de se plaindre qu’un parti emploie un processus démocratique à l’intérieur même de son parti.

Voilà un vidéo du plus grand homme politique qu’ait connu le PQ: Pierre Bourgault, le plus grand orateur de l’histoire du parti et celui qui a su comprendre, voir et analyser en profondeur ce qu’est le PQ. Même après 30 ans, sa vision du PQ, montrée en 76, s’applique toujours à ce parti. Il est arrivé à en soulever les plus grandes questions qui tourmentent encore le parti, non pas parce que celui-ci n’a pas évolué, mais parce qu’en profondeur, le PQ n’a jamais bougé dans sa structure, afin de favoriser ses membres et non ses chefs.

http://www.youtube.com/watch?v=7qFZH5PaX4U

UQAM: Un gouffre apparu de nulle part?

Hé oui, cette fois je vais donner une bonne baffe aux médias et au gouvernement, sans négliger aux administrations scolaires, pour affirmer clairement mes couleurs.

La première chose que je vais dire: il n’y a pas mieux placé que les étudiants pour choisir les projets qui devraient être faits en éducation et donc, pour leur avenir.

La deuxième chose que je vais dire: qu’on accorde plus de crédibilité aux étudiants et un peu moins aux recteurs qui, bien qu’ils aient un rôle louable quant à l’enseignement, la recherche et l’administration, ont surtout besoin d’être placés sur un même échiquier que les gens auxquels ils enseignent, que leurs assistants de laboratoires et de recherches qui travaillent sur leurs projets avec le même intérêt et la même passion, malgré des connaissances inférieures.

Troisièmement: que les médias retournent faire leurs devoirs et apprennent à voir les choses venir AVANT la conférence de presse et que le gouvernement soit forcé de prendre position pour montrer une crise.

De quoi je parle? Mais bien entendu de l’Ilôt-Voyageur, un complexe de l’UQAM qui doit être construit près de la Station Centrale au Centre-Ville de Montréal. Depuis 1 an, TOUS les journaux de l’UQAM ont dénoncé la gestion de ce projet. L’ultimatum (journal de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante), le journal de l’AFESH, de l’AFESPED, etc. Pour avoir consulté plusieurs de ces articles et avoir observé les analyses du budget de l’UQAM, faites par des étudiants et des enseignants en économie, il y avait de quoi s’inquiéter. Qui plus est, l’an dernier, le budget a été diminué dans tous les coins: emploi de chargés de cour plutôt que de docteurs, augmentation des inscriptions, négociation du salaire des employés de soutien, la CANO a entièrement été coupée (elle avait pour mission d’informer les étudiants des activités culturelles et distribuait un horaire des événements à venir dans l’université), etc. Le seul point du budget qui n’a pas été coupé a été dans… le personnel cadre, qui a connu une hausse d’investissement. Peut-on croire que les recteurs de l’UQAM croient qu’ils ont besoin de professeurs moins diplômés avec une plus grande charge de travail, au profit de cadres pour “runner” l’entreprise universitaire, pour favoriser la qualité de l’éducation post-secondaire?

Les associations étudiantes ont vu le gouffre arriver depuis un an. Suite au problème du complexe Pierre-Dansereau, on pouvait prévoir que de débuter un nouveau bâtiment avant que le dernier ne soit fini, c’était quelque peu osé… Mais à cause de leurs protestations sur le projet, et ce même si ces associations représentent les étudiants qui sont la majorité profitant de l’agrandissement de leur université, les assos ont été EXCLUES de la table de négociation du projet de l’Ilôt-Voyageur.

D’autres points aussi me frustrent dans cet agrandissement, notamment la très attendue hausse des frais afférents (présumons de 80$ par session, soit 50% des frais actuels, comme il a été proposé dans les deux derniers plans de redressements qui ont été refusés). Les associations étudiantes, qui ont pour mission de transmettre la voix des étudiants, ne voulaient pas de l’Ilôt-Voyageur. Pourtant, ils devront en payer une partie de la facture, du à de mauvaises estimations de la part d’une administration qui a exclu les étudiants du projet. Plus que cela, la qualité de leur éducation devra se détériorer.

Il arrive déjà que les étudiants de l’UQAM obtiennent un BAC de 90 crédits (30 cours, habituellement) sans jamais voir un seul professeur d’université et en suivant simplement les enseignements de chargés de cours. Les finances de l’UQAM impliqueront donc d’engager un ratio plus élevés de chargés de cours et de donner une plus grande charge de travail aux enseignants. De ce côté, la qualité de l’éducation à l’UQAM se détériorerait aussi.

Ce qui me choque là-dedans? C’est que Jean Charest vienne prôner un dégel des frais de scolarité après cela, oui! Qu’il vienne oser affirmer que la facture étudiante n’est pas assez salée et que cet argent serait mieux investi dans les mains de ces conseils d’administration d’université. L’Ilôt-Voyageur n’est pas le seul projet d’agrandissement dans les universités Québécoises, ne l’oublions pas. Pourtant, depuis deux ans, le nombre d’inscriptions à l’université a diminué pour la première fois depuis 1995 (moment où les effets bénéfiques du gel des frais de scolarité s’est fait sentir). L’annonce du dégel promet déjà de diminuer le nombre d’inscrits à un rythme plus accéléré dans 3 ans (il faut toujours 3 ans pour remarquer les effets d’investissements/désinvestissements en éducation, car il faut compter d’abord 2 années de cégep et une année supplémentaire pour mieux évaluer la situation). Pourquoi a-t-on besoin de bâtir plus pour accueillir moins? Ce qu’il faut, c’est inciter les jeunes à s’éduquer en gardant les frais aussi gelés que les étudiants de cégep, en valorisant l’éducation universitaire et en investissant D’ABORD ET AVANT TOUT dans les programmes déjà existants, avant d’aller investir dans de nouvelles constructions immobilières qui seront louées par la suite à des entreprises privées, comme ce sera le cas du Complexe Pierre-Dansereau, qui n’est même pas encore fini. L’état des toilettes du pavillon principal de l’Université de Montréal au 6e étage, même si l’université investit dans de nouveaux immobiliers (mais de façon plus raisonnable). Elle a d’ailleurs du abandonner certains programmes, comme la géologie (alors que l’UdM se situe sur une mine géologique: le Mont-Royal), se justifiant du fait qu’on l’enseignait déjà ailleurs.

Alors je reviens à mes 3 conclusions.

Premièrement: que les étudiants méritent une place à la table de négociations, car c’est eux qui bénéficient de l’éducation et de la saine gestion de leur université, d’abord et avant tout (notons aussi l’importance de la recherche). Ce sont aussi eux qui savent évaluer si un projet est bon ou non, car c’est à eux qu’il profite ou, dans ce cas-ci, ce sont eux qui en subissent les conséquences néfastes les plus graves, par une diminution de la qualité de l’enseignement à un prix qui sera probablement plus élevé. Payer plus pour obtenir moins, finalement.

Deuxièmement: que les étudiants doivent pouvoir communiquer avec les recteurs qui sont prêts à organiser les projets, que les responsables des universités aient des comptes à rendre aux étudiants en les incluant dans le projet et en expliquant pourquoi on a besoin de tel ou tel nouveau bâtiment. Si les universités sont prêtes à s’agrandir, qu’elles viennent montrer quelles seraient les effets bénéfiques pour la qualité de leur éducation. Somme toute, que les étudiants et les administrateurs de l’université puissent être placés sur le même échiquier.

Troisièmement: qu’on écoute les étudiants, dans les médias, dans les entreprises gouvernementales et chez les citoyens, quand on parle d’éducation. Lors de la commission parlementaire sur la hausse des frais de scolarité, seul les recteurs ont été invités à se prononcer et jamais les étudiants. Pourtant, l’exemple de l’Ilôt-Voyageur leur a donné raison: alors que tous ignoraient les craintes soulevées par la population étudiante de l’UQAM, ce sont eux qui ont vu en premier la crevasse dans laquelle on les menait… Et parce qu’on ne les a pas écoutés, c’est là que nous les avons laissés tomber.

Quelques articles:

Gouffre à l’UQAM: les étudiants ne veulent pas payer
http://www.cyberpresse.ca/article/20070503/CPACTUALITES/70503255/1019/CPACTUALITES

Le vérificateur général examinera les finances de l’UQAM
http://www.cyberpresse.ca/article/20070503/CPACTUALITES/70503127/-1/CPACTUALITES

UQAM: 95 % des locaux destinés au privé encore vides
http://www.cyberpresse.ca/article/20070503/CPACTUALITES/70503021/0/CPACTUALITES