Vous croyez que seul le pétrole fonctionne? Le procédé Fischer-Tropsch

Les voitures ne fonctionnent qu’au pétrole et à l’éthanol? Balivernes! Les compagnies de voitures ont, il y a peu de temps, fourni des voitures électriques en Californie à cause d’une loi les y forçant. La EV-1 a été disponible dans plusieurs centres de locations de voitures de l’état, avant que George W. Bush n’invalide la loi californienne (suite à quoi les EV-1 ont tous été détruits, justifiant que les gens ne l’achèteraient pas). Les premiers chemins de fer avaient d’ailleurs des machinnes à vapeur fonctionnant au charbon. Les premiers modèles de voiture, quant à eux, étaient électriques. On leur préféra un moteur à essence, celui-ci étant plus performant.

Le pétrole a presque éradiqué les autres moyens de production d’énergie en transport depuis. On l’utilise pour produire de l’essence ou du diesel, qui alimente un moteur à combustion. Par contre, le pétrole n’est pas la seule façon de faire du diesel; c’est simplement la moins coûteuse (en ce moment). Depuis, on utilise aussi de l’éthanol fait à partir de soja, de canne à sucre ou de maïs comme combustible (parfois mélangé au diesel). Certains urluberlus ont même modifié leur moteur pour carburer à l’huile de friture et font le plein dans certains fast-foods, qui offrent gratuitement leur huile de friture usée (mise en garde: en modifiant votre moteur, celui-ci n’est plus assuré). Au fur et à mesure que le coût du pétrole augmente, d’autres alternatives, comme celles-ci, deviendront de plus en plus rentables et envisagées.

Le procédé dont je vais parler, le Fischer-Tropsch, est plus ou moins connu. Il a été inventé dans les années ‘20 par Franz Fischer et Hans Tropsch, en Allemagne, pour trouver une alternative au pétrole. Comme on s’en doute, ce pays ne possédait pas d’importantes réserves de pétrole, et devait donc l’importer. Par contre, suite à la fin de la 1ère Guerre Mondiale, l’Allemagne était accablée d’une dette faramineuse, au point où sa monnaie valait aussi cher que le papier et l’encre qui servaient à l’imprimer. Les gens allaient faire leur épicerie avec un panier rempli de feuilles complètes de marks (qui n’étaient même pas découpés de leur feuille). Les enfants en faisaient des cerf-volants. Une blague de l’époque disait que des voleurs, voyant une dame se promenant avec un panier d’osier rempli de marks, volèrent le panier et lui laissèrent les marks.

Il est donc clair qu’à l’époque, l’économie allemande ne valait que dalle (et qu’ils avaient un humour douteux). C’était donc assez difficile pour eux d’acheter du pétrole étranger. C’est pourquoi Fischer et Tropsch tentèrent de trouver une alternative au pétrole à partir d’une ressource que le pays possédait: du charbon.

Le procédé Fischer-Tropsch vise à créer des hydrocarbures liquides à partir de monoxyde de carbone et d’hydrogène. Le réactif classique utilisé est le charbon ou le gaz naturel. Pour accélérer la réaction, on utilise le fer ou le cobalt comme catalyseur. Le produit final est un hydrocarbure liquide qui peut être raffiné et transformé en diesel.

L’avantage du procédé Fischer-Tropsch est que les réserves de charbon dans le monde sont plus prolifiques et mieux réparties que le pétrole. Les régions du Moyen-Orient, qui contiennent 65% des ressources pétrolières mondiales, ont par exemple un climat politique instable, en partie causée par cette ressource, qui est à la fois gagne-pain et malédiction.

L’Allemagne nazie a utilisé le procédé du charbon pour alimenter l’artillerie et leur support aérien, profitant de la technologie pour lancer des percées rapides en territoire ennemi (technique baptisée blitzkrieg - une guerre éclair), afin de faire le plus de dégâts possibles dans les premières heures et de s’enfoncer en territoire ennemi. Cette artillerie mobile et ces avions, et donc toute la tactique de la Wermacht, reposaient sur une utilisation massive de carburant, et donc le procédé Fischer-Tropsch. Bien sur, Hitler lui-même cherchait d’autres alternatives (il a, par exemple, ordonné à ses troupes en route vers Moscou de bifurquer vers les puits de pétrole sibérien), mais l’Allemagne n’aurait rien pu faire sans carburant.

Bien sur, il y a plusieurs inconvénients à ce procédé. Parmi eux, notons que la consommation de diesel fait à partir de charbon est plus polluant que celui fait à partir de pétrole. Le raffinage lui-même est plus dommageable. Le coût est plus élevé que celui de l’extraction du pétrole brut, car on doit aussi effectuer une réaction chimique, mais l’alternative deviendra de plus en plus rentable au fur et à mesure que le manque de pétrole se fera sentir.

L’Afrique du Sud a déjà été victime d’un embargo pétrolier. Depuis celui-ci, l’entreprise Sasol crée des produits synthétiques et la majorité du diesel du pays grâce à un procédé s’apparentant à la méthode de Tropsch et Fischer.

Il y a donc fort à parier que lorsque le pic pétrolier sera atteint, nous entedrons de plus en plus parler de la possibilité de faire de l’essence avec du charbon. En tant que cynique au niveau de la consommation des voitures, je crois que nous verrons arriver l’automobile au diesel à partir de charbon bien avant l’automobile au moteur à hydrogène. Bien sur, on se demandera par la suite comment la planète a fait pour se réchauffer *par elle-même* de 5 degrés en un siècle, mais on aura sauvé de l’argent, ce qui nous permettra de rouler deux fois plus sur nos routes. On se demandera aussi comment les “pea soupers” (smog de Londres à l’époque des feux de charbon) se sera répandu dans les bronches de tous les habitants d’une ville de plus de 1,5 millions d’habitants. Mais bon, la bronchite et l’asthme n’a jamais tué personne, sauf ceux qui en étaient atteints. C’est donc à eux de faire attention à leur santé!

Personnellement, je crois ce procédé trop dangereux pour être utilisé pour remplacer le pétrole dont on manquera et continuer à consommer du diesel ou de l’essence. Par contre, je suis persuadé que cette option sera sérieusement envisagée dans un avenir plus ou moins proche. Il faut donc se méfier de certains procédés qui peuvent nous faire gagner de l’argent individuellement, et nous faire payer un lourd prix en conséquences.

Qu’est-ce que le smog?

On a parfois des épisodes de smog au Québec, et plus particulièrement à Montréal. Par contre, voilà un comparatif d’une journée normale en 2002 et une journée de smog estival, dans la ville de Québec (il n’y a aucun photomontage, mais la photo a été prise par le gouvernement du Canada du même point de vue)

Chaque année, à Montréal, nous avons environ 12 périodes d’avertissement de smog, mais il faut avouer que les températures de notre mois de juillet sont assez clémentes pour dire que nous aurons peu de périodes de smog estival ce mois-ci. Par contre, il faut noter que nous avons eu un printemps plus prolifique qu’à l’habitude en smog.

Le mot smog date de 1905, et a pour racine l’union des mots anglais “smoke” et “fog”. Ce n’est pas un phénomène très nouveau; depuis l’empire romain, l’Angleterre se chauffe en partie au charbon. Combiné aux particules d’eau en suspension dans l’air, Londres a souvent été entouré d’un épais brouillard qui ressemblait à de la fumée. Le phénomène est devenu si important qu’en 1273, le roi Édouard 1er décida de bannir les feux de charbon dans la capitale. Un grave épisode, en 1952, tua d’ailleurs 4000 personnes en 4 jours. Depuis, la ville a pris des mesures par son Clean Air Act pour diminuer l’ampleur du problème. Certaines façades, jadis encrassées par 2 siècles d’accumulation de gaz et de poussières en suspension, ont commencé à reprendre des couleurs.

Le smog est composé plusieurs gaz: l’ozone troposphérique, les oxydes d’azote et le monoxyde et dioxyde de carbone sont les principaux composants mesurés dans l’air. Le smog est aussi composé d’autres gaz, comme les composés organiques volatiles (COV) relâchés par certaines industries.

Le smog est une réaction entre le soleil et des émissions de gaz qui peuvent avoir des causes multiples, mais sont le plus souvent causées par des activités humaines (surtout dans les cas de smog urbain). La réaction entre le soleil et le gaz ralentit ou maintient au sol des particules qui, en temps normal, devraient s’élever dans l’atmosphère. La présence persistente de ces gaz peut être dommageable pour les aînés, les enfants ou les gens avec des problèmes respiratoires, comme l’asthme. Le smog cause aussi, à un faible degré, une irritation des yeux et du nez (en s’attaquant à ses membranes protectrices) et augmente donc la susceptibilité à contracter des maladies. Les statistiques montrent qu’il y a plus de cas d’hospitalisations pendant les épisodes de smog.

Le smog peut avoir des origines naturelles. Certains arbres émettent des composés organiques volatils. Des feux de forêt peuvent aussi être en cause. Durant une éruption, il existe un “smog volcanique”, avec une forte concentration de dioxyde de souffre. Par contre, le phénomène de smog urbain, celui de la ville, est du principalement à l’activité humaine.

Le programme Info-Smog du gouvernement du Canada conseille de combattre la pollution de l’air en diminuant le voyagement en voiture. Elle conseille de ne pas utiliser le bois comme principale source de chauffage durant l’hiver et de ne pas tondre la pelouse les jours où la qualité de l’air est faible. Il est aussi bien de faire inspecter sa voiture fréquemment et de porter une attention particulière au convertisseur catalytique du moteur, qui assure une meilleure combustion des gaz émis par la combustion de l’essence. Un tel convertisseur existe aussi dans les meilleurs foyers à combustion lente pour le chauffage au bois, et assure un chauffage de meilleure qualité, moins d’émissions de gaz et facilite l’entretien de la cheminée.

Chaque année, le smog cause le décès de 16 000 personnes au Canada.

Info-Smog:
http://lavoieverte.qc.ec.gc.ca/atmos/smog/fiche_info_f.html

La tour CIS


Voilà la photo de la tour CIS, le 2e plus grand bâtiment de Manchester, Angleterre. Ce qui mérite sa place sur ce blogue? En 2004, le chef de ce bâtiment a annoncé un investissement de 5,5M £, pour installer des panneaux solaires. Ce que vous voyez sur cette image est une façade de panneaux photovoltaïques. Le bâtiment a commencé à produire de l’électricité en 2005, et pourra alimenter 55 à 75 maisons. Le propriétaire, Gary Thomas, affirme que le projet est rentable, grâce à des incitatifs d’environ 1M£ de la part du gouvernement. Malgré le prix élevé de l’investissement nécessaire pour faire ces panneaux solaires, gageons qu’ils alimenteront pendant longtemps ces maisons…

Plusieurs nations ont investi dans les marchés des énergies renouvelables en offrant des remboursements sur les gens qui s’en équippaient. Dans les années ‘80, avant l’arrivée de Ronald Reagan, qui a agi comme un éléphant dans un magasin de porcelaine en détruisant ces incitatifs fiscaux, le Sud des États-Unis commençait à s’équipper de panneaux solaires. Certaines compagnies offraient des panneaux peu efficaces ou pas assez coriaces, profitant des incitatifs gouvernementaux pour faire de l’argent, mais d’autres entreprises ont survécu jusqu’à maintenant, en offrant des panneaux solaires puissants, durables et abordables pour les maisons. Depuis l’abolition des lois par Reagan, le sud des États-Unis s’alimente surtout en charbon et en gaz naturel… C’est le prix du libre-marché; on a remplacé une partie (loin d’être la totalité) de l’énergie produite par le solaire, pour y préférer des énergies non-renouvelablres et polluantes.

Lien vers la tour CIS:
http://www.cis.co.uk/servlet/Satellite?cid=1116834043894&pagename=CoopBank/Page/tplBlank

Énergies, Partie 5B: Le pétrole - Pour une hausse des tarifs

M. Béchard a récemment fait une 3e sortie en quelques mois contre le prix de l’essence et sa hausse inhabituelle, demandant aux entreprises des explications. Ne faisant rien, certains blogueurs, dont le blogue d’un Homme en colère, ont protesté contre cette action, car le ministre des ressources naturelles semble, par cet appel, vouloir obtenir des votes plutôt que des résultats. Je ne nie pas cela, au contraire; la sortie de M. Béchard parle d’elle-même, et c’est la seule chose qu’il en obtiendra: des votes, et aucun résultat.

Par contre, là où je ne suis pas d’accord avec M. Béchard est dans sa volonté de vouloir des résultats. Son but est de garder le prix de l’essence à un prix bas, et donc de ne pas diminuer notre consommation d’essence. L’ancien ministre de l’environnement sait-il que pourtant, notre consommation de carburant augmente de 2% par année? Cela signifie que depuis 1990, soit l’année de base à laquelle nous devons nous référer pour diminuer de 6% nos émissions de GES causés par le transport d’environ 37%? Quand le transport est notre principal émetteur de GES, l’application du protocole de Kyoto passe donc par une diminution, et non une hausse, de la pollution en transport. Pour cela, il faut diminuer notre consommation d’essence, et l’expérience semble démontrer que cela n’est pas possible sans une hausse des tarifs.

Le rapport Hirsch
Cité dans mon message sur le pic de Hubbert, le rapport Hirsch affirme qu’il faudrait prévoir 10 ans avant l’arrivée du pic des moyens de diminuer notre dépendance au pétrole. En faisant fi de l’environnement, ne rien faire et croire que le marché serait suffisant pour changer cette situation plongerait le monde dans un “déficit pétrolier qui durerait 20 ans”. Cela signifierait que pendant 20 ans, notre demande en pétrole serait inférieure à la capacité d’extraction. Qui aura droit à ce pétrole, et qu’en fera-t-on? En vrai, ne le cachons pas, les prix vont augmenter, et certains pays risquent de faire la guerre à l’approvisionnement, comme cela se fait déjà un peu, par les conflits au Moyen Orient.

Donc, qu’on le veuille ou non, le prix du pétrole VA augmenter. Si nous ne nous y préparons pas à l’avance, au moins 10 ans à l’avance (le pic est possiblement autour de 2010, mais peu de sources fiables croient qu’il arrivera après 2020), nous devrons en subir les conséquences. Parmi ces mesures, nous devons nous assurer que d’autres alternatives deviennent plus rentables. Cela passe par deux méthodes: augmenter la taxe sur le pétrole ou augmenter les investissements dans les autres alternatives. En vérité, le meilleur choix serait probablement d’augmenter la taxe sur le pétrole pour investir dans les autres alternatives.

Le coût réel du pétrole
Je vais citer ici le démocrate Tom Udall, représentant d’une circonscription au Nouveau-Mexique et membre du U.S. House Peak Oil Caucus:

“The current price of oil does not include the full cost of road maintenance, health and environmental costs attributed to air pollution, the financial risks of global warming from increasing carbon dioxide emissions or the threats to national security from importing oil. Because the price of oil is artificially low, significant private investment in alternative technologies that provide a long-term payback does not exist. Until oil and its alternatives compete in a fair market, new technologies will not thrive.”

Le problème, selon Tom Udall, n’est pas dans le marché, mais dans le fait qu’on ne paie pas le pétrole à son coût réel. En effet, le smog urbain tue 16 000 personnes chaque année au Canada. Les accidents de la route tuent 650 personnes au Québec et en blessent d’autres. Nos routes doivent être entretenues pour y laisser circuler librement nos 10-roues. Il ne paie pas la purification de l’air ou la lutte aux changements climatiques, alors qu’il en est la principale cause. Inclure ces coûts dans le prix du pétrole, c’est ce qui manque. Et c’est aussi ce qui coûte le plus cher dans le pétrole. Cet argument est aussi partagé par Alain Grandjean, qui préside la société “Capitalisme durable” en France.

L’économiste, en prenant une analyse plus écologique, compare les entreprises pétrolières à une usine de pâtes et papiers qui jette ses déchets dans une rivière, sans en payer l’assainissement. Une telle situation serait inacceptable, mais il est acceptable de ne pas payer le pétrole au prix de sa production, mais aussi, et disons-le, SURTOUT (car c’est ce qui coûte le plus cher avec le pétrole) par les conséquences inhérentes à sa consommation. Donc, tant que les conséquences du pétrole ne seront pas prises en compte dans le prix, le prix sera plus bas que ses alternatives, même si le coût réel que nous payons est supérieur.

Se préparer au pic de Hubbert
Encore selon le rapport Hirsch, le pic de Hubbert sera atteint de façon abrupte, rapide et imprévue. On ne le verra pas venir, mais on sait qu’il s’en vient. Cela sonne un peu épeurant? Pas tant que cela, si on y prend les bonnes mesures. Cela signifie que le marché ne pourra pas prévoir le moment où le prix du pétrole va grimper, mais il va grimper pour de vrai. Pour cela, il faut être prêt à payer notre pétrole plus cher. Si nous restons artificiellement habitués à un prix du pétrole extrêmement bas, nous ne pourrons pas nous habituer à un moment où cette ressource deviendra trop rare pour combler tous ces “besoins” que nous nous sommes créés. Et là, je ne parle pas encore d’environnement, je parle d’économie de base.

Passer progressivement à un prix de 2,15$/l est plus facile que de passer en quelques mois du prix de 1,15$/l à 2,15$/l. C’est aussi la conclusion que tire le rapport Hirsch, indirectement.

Pour l’environnement
Il faut bien en parler, les conséquences environnementales sont énormes dans l’utilisation de la voiture, notamment au niveau des gaz à effet de serre. Nous ne nous posons plus la question “Comment éviter la crise?”, mais bien “Comment atténuer les effets de la crise?” 5 degrés nous séparent de la dernière ère glacière, dans la moyenne de température de la planète. Le GIEC prévoit une hausse de 3 à 5 degrés d’ici la fin du XXIe siècle. Cette température qui a pris des dizaines de milliers d’années à grimper de 5 degrés, nous pourrions le faire en à peine un siècle. De plus, comme le dioxyde de carbone est un composant volatile, on ne s’en débarasse pas facilement. Le réchauffement planétaire pourrait même retirer des océans une quantité importante de dioxyde de carbone retenue dans l’eau. On remarque aussi qu’à une température trop élevée, les arbres produisent moins d’oxygènes, et ceux qui vantent la purification de l’herbe par l’arbre devraient savoir que passé un seuil de température, ceux-ci relâchent… du dioxyde de carbone. Nos émissions de GES ne sont donc qu’un catalyseur, qui fera émettre encore plus de gaz à effet de serre. C’est pourquoi les scientifiques savent que la crise ne peut être réglée; elle va arriver, mais on peut en atténuer les effets.

Il est donc légitime de dire que notre consommation d’essence est une grande cause de cet effet de serre. Pour respecter nos engagements du protocole de Kyoto, que tous les scientifiques savent insuffisants, mais voient comme un départ, il est ridicule de ne pas vouloir couper dans la consommation d’essence. Pourtant, celle-ci a augmenté de 37%… Douteux, n’est-ce pas? Aurions-nous là une partie de la réponse qui explique pourquoi nos engagements du protocole sont irréalisables?

Pour une taxation sur l’essence
Il y a deux problèmes, peu liés, dans le coût de l’essence, à mon avis: son irrégularité et son tarif trop bas qui ne tient pas compte des conséquences pour le déterminer, mais seulement du coût d’extraction d’une ressource non-renouvelable.

Le tarif se règle de façon simple à mon avis: il faut hausser les taxes sur le pétrole. Que le prix monte de 1,12$/l actuellement de 0,10$/l est une mesure raisonnable, qui nous forcera lentement à arriver au coût réel du pétrole. Les économistes disent qu’une hausse de 25% du prix du pétrole diminue la consommation du pays de 1%. En effet, les cours du pétrole ne sont pas très élastiques, contrairement à ceux du caoutchouc. Par contre, cela rendra les alternatives plus rentables et forcerait les gens, et donc les constructeurs automobiles, à se trouver des solutions.

Le règlement de l’irrégularité aurait un autre avantage. En effectuant une taxe irrégulière, il serait possible à la limite de payer un prix 100% stable. Avec une entente avec les pétrolières, il serait possible de rendre irrégulière les redevances de la taxe, et non le prix du consommateur. En gros, si le prix réel du pétrole passait de 1,15 à 1,20 parce qu’un type en Arabie Saoudite a attrapé la gastro-entérite et que Hugo Chavez a été réélu et qu’il fait faire des cauchemars aux petits enfants américains, vous paieriez toujours le prix de 1,22$/l à la pompe. Par contre, la taxe reçue au gouvernement serait de 0,02$ au lieu de 0,07$, le temps que les choses se placent. Ainsi, en haussant le prix du pétrole et en mettant une taxe flottante, il serait possible de stabiliser le prix du pétrole. Bien sur, il faut être prudent en jouant avec ce cour pétrolier…

Quoi faire avec les sous?
Bien sur, une redevance au litre rapporterait pas mal d’argent. Pour chaque litre de pétrole consommé au Québec, on recevrait des redevances qui augmenteraient d’année en année, avec la hausse de notre prix du pétrole supérieur à l’inflation. L’investissement, clairement, devrait aller dans des façons pour nos concitoyens de réduire leur consommation pétrole, et donc réduire leur facture.

Le développement d’un réseau feroviaire serait la première alternative. Un camion consomme 10 fois plus de pétrole qu’un train. Bien sur, comme le Québec est un territoire très grand, le train doit être utilisé AVEC le camion, et non seul. Mais on peut diminuer plusieurs trajets avec le développement d’un réseau feroviaire.

Le développement du transport interurbain réduirait les plus coûteux (et les plus longs) déplacements. Très déficient au Québec, le transport entre les villes nécessiterait une cure pour redevenir une alternative efficace. Avec une taxe sur le pétrole, on arriverait à le rentabiliser, à bien l’utiliser et avoir plus de 2 ou 3 départs par jour.

Le développement du transport urbain pour aller au travail est déjà un enjeu. Il est impossible, dans les banlieues, de fournir un trajet d’autobus à 100m de chez vous qui vous déposera à 100m de votre lieu de travail, mais il est possible d’offrir des stationnements incitatifs à des lieux clés et d’assurer un meilleur réseau de train de banlieue. Actuellement, on affirme qu’à chaque fois qu’on a agrandi les stationnements incitatifs autour de Montréal, ceux-ci se sont remplis en moins de deux. Les gens sont prêts à faire ce genre d’actions; mais financièrement et au niveau de l’efficacité actuelle, le service offert est jugé insuffisant.

Conclusion: une taxe pour subventionner le remplacement?
C’est ironique que l’on propose de mettre une taxe sur le pétrole pour offrir des alternatives au pétrole. Mais cela est du par la prémice suivante: le prix du pétrole actuel n’est pas son coût réel, mais le prix de sa production seule, et non son impact sur l’investissement en santé, dans l’état des routes et dans l’environnement (ministère sous-financé comme il n’y en a pas un). Ce qui est proposé n’est pas une hausse pour rien; c’est une hausse pour revenir au prix juste, au prix réel, du pétrole.

Pour finir, le prix actuel n’est pas le prix réel. Il freine les autres alternatives qui pourraient être développées. Son marché ne tient pas compte de son effondrement futur, car ils ne peuvent pas le prévoir avec précision. Donc, pour remédier à cela, il faut être capable d’offrir à ce marché la place qu’il mérite en lui retirant la portion qu’il ne mérite pas.

Aux ordures!

Cela faisait un bout de temps que je voulais écrire ce billet sur un sujet pas très intéressant à discuter (a priori): nos poubelles. Il faut avouer, qu’y a-t-il de bien amusant à parler des choses dont on veut se débarasser et que l’on jette une fois par semaine sur le bord du chemin? Je vais essayer de vous faire fouiller un peu plus profondément dans ce sujet, quitte à vous y mettre le nez.

Premièrement, nous allons commencer par expliquer ce qui se passe avec les ordures. Annuellement, les Canadiens jettent presque ½ tonne de déchets par personne. Si on étale les déchets produits par nos usines et nos institutions, on jette pas loin d’une tonne de déchets par habitant par année. Cela n’inclut pas les déchets recyclés, mais juste le sac à ordure.

La gestion des résidus urbains (poubelles, recyclage, collecte sélective) représente environ 7,9% du budget d’une ville, en moyenne. C’est plus de 2 fois le coût du déneigement, qui représente en moyenne 3,4% du budget. Il coûte environ 23$/tonne de se débarasser des ordures, de 45 à 85$/tonne de recycler et près de 600$/tonne de se débarasser des RDD (Résidus domestiques dangereux). Comme une augmentation de dépenses est toujours une mesure politique impopulaire, les élus municipaux ne font pas toujours de gros efforts pour promouvoir la collecte sélective ou le recyclage.

Il s’ensuit donc que le taux de recyclage au Québec est de 14%, que des RDD se retrouvent dans les sites d’enfouissement et que l’on jette beaucoup, sans valoriser nos produits.

Pourtant, le recyclage est économiquement et socialement rentable. Il crée quelques emplois (plus qu’un site d’enfouissement), génère des ressources, diminue la quantité de déchets à fournir (et donc l’espérance de vie des sites) et permet de faire du neuf avec du vieux.

Les résidus domestiques dangereux, quant à eux, portent bien leur nom. Parmi eux figurent l’ampoule fluocompacte (qui contient du mercure), certains produits nettoyants, l’eau de javel, les batteries (piles, batteries de char et même les batteries de iPod, qui ont causé certains problèmes dans les sites d’enfouissement), certaines pièces électroniques (comme plusieurs composantes d’ordinateurs), de la peinture, etc. Laissés dans un site d’enfouissement, ces produits (qui contiennent parfois du mercure ou du plomb) se désagrègent et se répandent dans le lixiviat, le jus de poubelle des décharges. Celui-ci contamine ensuite les sols, les nappes souterraines et, rarement, les cours d’eau environnants.

Il ne faut pas oublier de parler des conséquences négatives de l’enfouissement, bien que celui-ci soit nécessaire. Au Québec, il faut environ 50 ans avant de remplir un site. Par contre, il en faut 100 avant que les conséquences de l’enfouissement ne soient que négligeables, et que l’on juge le site décontaminé. La gestion du site est parfois un problème; une grande proportion des sites d’enfouissementappartenant à des intérêts privés, ceux-ci jugent parfois que la décontamination est une dépense coûteuse, et que son coût devrait être défrayé par le gouvernement. L’entretien du site, une fois rempli à rabord, revient donc souvent à nos instances. Notre municipalité paie donc un propriétaire pour l’enfouissement, et pour la décontamination.

En plus du lixiviat qui contamine la terre et les eaux, les biogaz relâchés dans les sites d’enfouissement polluent aussi l’air. Parmi les gaz relâchés, notons les méthane et les oxydes (monoxyde et dioxyde) de carbone, deux grands responsables de l’effet de serre. Ajoutez à cela des composés organiques volatils comme le benzène, le dichlorométhane et le chlorure de vynile et vous aurez un bref aperçu de la pollution engendrée par les sites d’enfouissement.

Il n’existe qu’une alternative aux sites d’enfouissement: l’incinération. Le procédé, beaucoup plus coûteux, consiste à brûler les ordures et à se débarasser des cendres. Cette combustion engendre des polluants organiques persistants (POP - sous forme de gaz) qui se répandent dans l’air, et ont des propriétés cancérigènes. Les cendres sont considérées par l’ONU comme des produits dangereux, mais les Québécois préfèrent les enfouir dans le sol plutôt que de les traiter avec le sérieux qu’ils méritent.

En gros, pour ce qu’elle rapporte, l’incinération n’est pas une si bonne alternative. Loin de rabaisser les déchets à un stade encore plus bas qu’ils ne le sont déjà dans votre estime, il faut voir quelles sont les conséquences de jetter trop de choses à la poubelle. Les dépotoirs seront toujours nécessaires, car plusieurs produits ne servent vraiment plus à rien, mais il est possible de trouver des manières de réduire leurs conséquences néfastes. Voici quelques moyens de le faire:

Le tri sélectif
Certaines municipalités envoient les camions de déchets au tri sélectif avant d’aller au dépotoir. Des travailleurs et des senseurs inspectent les déchets pour y trouver des produits recyclables, réutilisables ou qui ne devraient pas être là… (les RDD)

Le compostage
À l’échelle locale, dans votre maison, ou à plus grande échelle, dans des usines, le compostage transforme les déchets organiques en terreau qui peut servir d’engrais naturel. Plusieurs techniques de compostage à grande échelle existent, dont un particulièrement qui consiste à utiliser des vers qui consomment les matières organiques pour en faire du terreau et laissent les éléments inorganiques intacts… Assez dégueulasse. Si vous voulez faire du compostage chez vous, il est par contre suggéré de demander des conseils, soit à des gens qui en font, soit à des professionnels ou dans des livres. Un bon compost n’a pas d’odeur, et doit contenir des proportions plus ou moins stables.

Consignation
Plusieurs produits n’ont pas encore de consigne, comme les bouteilles de vin, et se ramassent plus souvent qu’autrement à la poubelle. Le cas du vin est bien particulier; comme il est en vitre, il pourrait être traité avec d’autres contenants de vitre. Le problème est que la vitre a un prix différent selon la couleur du concassé qu’elle donne à l’usine de recyclage. Ainsi, si vous avez de la vitre concassée incolore, vous pouvez la vendre à un bon prix à la tonne. Par contre, de la vitre concassée de couleur, comme la majorité des bouteilles de vin, ça ne vaut que dalle…

Installer des conteneurs pour les collectes sélectives
Les vêtements, les batteries, les cartouches d’encre vides et plusieurs autres produits sont récupérables, voire réutilisables. Il serait même dangereux de jetter certains d’entre eux à la poubelle. Plusieurs municipalités offrent des conteneurs à cet effet. La compagnie Novartis, appuyée par Envirocom, va d’ailleurs poser de nouveaux bacs dans la MRC du Bas-Richelieu et en Estrie, pour collecter ce genre d’objets.

Informer les gens
Allant des risques des RDD pour la contamination des sites jusqu’au recyclage, en passant par les méthodes de compostage, l’éducation contribue toujours à réduire l’ampleur d’un problème. Le manque d’information est souvent la source d’un mauvais comportement.

Utiliser les biogaz pour produire de l’électricité
Il semblerait qu’il soit possible, à partir de la combustion de biogaz (le méthane est le principal composant du gaz naturel), de produire de l’électricité par énergie thermique.

Faire attention à l’emballage
L’emballage peut, dans les cas extrêmes, représenter en poids net le 2/3 du produit que vous achetez. Essayez de prendre des produits moins emballés, car lorsque vous l’achetez, vous achetez aussi cet emballage. Mais plus souvent qu’autrement, il se ramasse à la poubelle.

Pour le citoyen moyen: suive les 3R-V
On les connait pas mal… Mais il fallait bien que je les donne.
Réduire - sa consommation de déchets
Réutiliser - ce qui peut encore servir
Recycler - ce qui ne sert plus
Valoriser - trouver une seconde utilité à un produit

Oui, ces actions demandent parfois de l’argent, mais en réduisant notre “production” de déchets, nous paierons moins en décontamination des sites d’enfouissement. Au total, nous réduirions de 20 à 70% nos déchets, avec de telles mesures et selon l’importance que nous y donnons.

Pour finir, la gestion des déchets au Québec est souvent négligée, et il faut avouer qu’il est souvent tabou de parler de ce dont on veut se débarasser. Par contre, il peut être payant pour notre santé et à long terme, nos finances, de s’y attarder un petit peu plus.

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