Les voitures ne fonctionnent qu’au pétrole et à l’éthanol? Balivernes! Les compagnies de voitures ont, il y a peu de temps, fourni des voitures électriques en Californie à cause d’une loi les y forçant. La EV-1 a été disponible dans plusieurs centres de locations de voitures de l’état, avant que George W. Bush n’invalide la loi californienne (suite à quoi les EV-1 ont tous été détruits, justifiant que les gens ne l’achèteraient pas). Les premiers chemins de fer avaient d’ailleurs des machinnes à vapeur fonctionnant au charbon. Les premiers modèles de voiture, quant à eux, étaient électriques. On leur préféra un moteur à essence, celui-ci étant plus performant.
Le pétrole a presque éradiqué les autres moyens de production d’énergie en transport depuis. On l’utilise pour produire de l’essence ou du diesel, qui alimente un moteur à combustion. Par contre, le pétrole n’est pas la seule façon de faire du diesel; c’est simplement la moins coûteuse (en ce moment). Depuis, on utilise aussi de l’éthanol fait à partir de soja, de canne à sucre ou de maïs comme combustible (parfois mélangé au diesel). Certains urluberlus ont même modifié leur moteur pour carburer à l’huile de friture et font le plein dans certains fast-foods, qui offrent gratuitement leur huile de friture usée (mise en garde: en modifiant votre moteur, celui-ci n’est plus assuré). Au fur et à mesure que le coût du pétrole augmente, d’autres alternatives, comme celles-ci, deviendront de plus en plus rentables et envisagées.
Le procédé dont je vais parler, le Fischer-Tropsch, est plus ou moins connu. Il a été inventé dans les années ‘20 par Franz Fischer et Hans Tropsch, en Allemagne, pour trouver une alternative au pétrole. Comme on s’en doute, ce pays ne possédait pas d’importantes réserves de pétrole, et devait donc l’importer. Par contre, suite à la fin de la 1ère Guerre Mondiale, l’Allemagne était accablée d’une dette faramineuse, au point où sa monnaie valait aussi cher que le papier et l’encre qui servaient à l’imprimer. Les gens allaient faire leur épicerie avec un panier rempli de feuilles complètes de marks (qui n’étaient même pas découpés de leur feuille). Les enfants en faisaient des cerf-volants. Une blague de l’époque disait que des voleurs, voyant une dame se promenant avec un panier d’osier rempli de marks, volèrent le panier et lui laissèrent les marks.
Il est donc clair qu’à l’époque, l’économie allemande ne valait que dalle (et qu’ils avaient un humour douteux). C’était donc assez difficile pour eux d’acheter du pétrole étranger. C’est pourquoi Fischer et Tropsch tentèrent de trouver une alternative au pétrole à partir d’une ressource que le pays possédait: du charbon.
Le procédé Fischer-Tropsch vise à créer des hydrocarbures liquides à partir de monoxyde de carbone et d’hydrogène. Le réactif classique utilisé est le charbon ou le gaz naturel. Pour accélérer la réaction, on utilise le fer ou le cobalt comme catalyseur. Le produit final est un hydrocarbure liquide qui peut être raffiné et transformé en diesel.
L’avantage du procédé Fischer-Tropsch est que les réserves de charbon dans le monde sont plus prolifiques et mieux réparties que le pétrole. Les régions du Moyen-Orient, qui contiennent 65% des ressources pétrolières mondiales, ont par exemple un climat politique instable, en partie causée par cette ressource, qui est à la fois gagne-pain et malédiction.
L’Allemagne nazie a utilisé le procédé du charbon pour alimenter l’artillerie et leur support aérien, profitant de la technologie pour lancer des percées rapides en territoire ennemi (technique baptisée blitzkrieg – une guerre éclair), afin de faire le plus de dégâts possibles dans les premières heures et de s’enfoncer en territoire ennemi. Cette artillerie mobile et ces avions, et donc toute la tactique de la Wermacht, reposaient sur une utilisation massive de carburant, et donc le procédé Fischer-Tropsch. Bien sur, Hitler lui-même cherchait d’autres alternatives (il a, par exemple, ordonné à ses troupes en route vers Moscou de bifurquer vers les puits de pétrole sibérien), mais l’Allemagne n’aurait rien pu faire sans carburant.
Bien sur, il y a plusieurs inconvénients à ce procédé. Parmi eux, notons que la consommation de diesel fait à partir de charbon est plus polluant que celui fait à partir de pétrole. Le raffinage lui-même est plus dommageable. Le coût est plus élevé que celui de l’extraction du pétrole brut, car on doit aussi effectuer une réaction chimique, mais l’alternative deviendra de plus en plus rentable au fur et à mesure que le manque de pétrole se fera sentir.
L’Afrique du Sud a déjà été victime d’un embargo pétrolier. Depuis celui-ci, l’entreprise Sasol crée des produits synthétiques et la majorité du diesel du pays grâce à un procédé s’apparentant à la méthode de Tropsch et Fischer.
Il y a donc fort à parier que lorsque le pic pétrolier sera atteint, nous entedrons de plus en plus parler de la possibilité de faire de l’essence avec du charbon. En tant que cynique au niveau de la consommation des voitures, je crois que nous verrons arriver l’automobile au diesel à partir de charbon bien avant l’automobile au moteur à hydrogène. Bien sur, on se demandera par la suite comment la planète a fait pour se réchauffer *par elle-même* de 5 degrés en un siècle, mais on aura sauvé de l’argent, ce qui nous permettra de rouler deux fois plus sur nos routes. On se demandera aussi comment les “pea soupers” (smog de Londres à l’époque des feux de charbon) se sera répandu dans les bronches de tous les habitants d’une ville de plus de 1,5 millions d’habitants. Mais bon, la bronchite et l’asthme n’a jamais tué personne, sauf ceux qui en étaient atteints. C’est donc à eux de faire attention à leur santé!
Personnellement, je crois ce procédé trop dangereux pour être utilisé pour remplacer le pétrole dont on manquera et continuer à consommer du diesel ou de l’essence. Par contre, je suis persuadé que cette option sera sérieusement envisagée dans un avenir plus ou moins proche. Il faut donc se méfier de certains procédés qui peuvent nous faire gagner de l’argent individuellement, et nous faire payer un lourd prix en conséquences.

