On le sait bien, car on nous le dit souvent; le taux de natalité au Québec est extrêmement faible. On se plaint des enfants uniques et des “enfants-rois” (terme ridicule, vous reconnaîtriez pas un enfant unique dans une foule – soit dit en passant, je suis l’aîné d’une famille de 3 enfants) chouchouttés par leurs parents. Il est vrai qu’un enfant unique a plus d’attention de la part de ses parents que s’il avait 3 frères, mais parfois, c’est le train de vie actuel qui démotive les parents à avoir d’autres enfants. Comprenons-nous bien: les parents qui ont un seul enfant ont, pour la majorité, les moyens financiers d’avoir plusieurs enfants. Les raisons qui retiennent les parents d’avoir plus d’enfants ne sont pas économiques; ce sont des questions personnelles bien plus que financières.
C’est pourquoi quand j’entends parler du “bébé-bonus” de M. Dumont, ça me titille un peu (surtout qu’il prétendrait atteindre le taux de fécondité de 2 -ne pas confondre avec le taux de natalité – alors que l’on est à 1.6 et que l’on n’a pas atteint ce seuil symbolique depuis 1970). Les raisons pour lesquelles le taux de natalité est si faible ne viennent pas de nos finances, qui se portent relativement bien, et beaucoup mieux que durant le baby-boom, qui a connu son pic dans les années ‘60. C’est souvent l’absence de services pour venir en aide aux parents et le temps que les parents peuvent allouer à leurs enfants qui entrent en cause. Les études de Statistiques Canada à ce point sont formelles; il semblerait que le temps supplémentaire alloué au travail au cour des dernières années a grugé du temps qui jadis était passé en famille. Avec l’arrivée des femmes sur le marché du travail, notre structure sociale au niveau de l’aide aux familles a du s’adapter, et a fait d’énormes progrès.
Prenons d’abord le CPE, sur lesquels les insatisfaits chargent toujours à qui mieux mieux. Il y a 10 ans, il y avait 50 000 places en garderies privées (30$/jour, parfois) disponibles au Québec. Depuis la création des CPE, nous avons 200 000 places en garderies publiques et privées de disponibles. Nous pouvons donc faciliter une meilleure conciliation famille-travail en permettant aux parents qui veulent retourner travailler de le faire, tout en s’assurant que leur enfant sera bien surveillé et que l’on s’occupera de lui. Ces garderies coûtent cher aux contribuables (qui paient la différence), mais qui peut s’en plaindre, quand un tel service vient en aide à tant de familles?
Mario Dumont propose de donner des récompenses aux entreprises qui veulent permettre aux parents d’enfants de moins de 16 ans d’avoir un horaire mieux adapté à la vie familliale. Il est vrai qu’en ce moment, dans plusieurs secteurs, être parent est devenu un moins extrêmement négatif. À l’embauche, certains dirigeants des ressources humaines voient les parents comme des gens qui ne pourront pas faire beaucoup d’heures supp, qui prendront leur congés en même temps que les autres (problématique majeure quand plusieurs employés prennent la semaine de relâche en congé) et qui ont une vie importante en-dehors du travail. Pour les gens qui ne sont pas ancrés dans leur carrière, avoir un enfant, c’est presque un problème au niveau strict de l’embauche. Il faut donc faire changer ce préjugé chez les entreprises, et M. Dumont a une bonne idée en voulant favoriser les entreprises prêtes à aider les parents.
Par contre, on croirait presque que l’ADQ est allée piger dans les idées de Québec Solidaire. L’an dernier, QS avait lancé un plan pour les familles, voulant ainsi permettre d’augmenter le nombre de semaines de vacances aux employés (afin de pouvoir passer du temps avec les enfants) . QS proposait aussi de donner une allocation familiale universelle (ce avec quoi je continue à être en désaccord – investissons dans les services d’abord). C’est assez particulier de voir les adéquistes rire de Québec Solidaire et de poser leur pré-campagne électorale en lançant des propositions gauchistes (Vous pouvez consulter le cadre financier de QS et verrez les deux engagements qui ont été pris, et chiffrés, en 2007). Quel est le parti des familles?
Poursuivons un peu avec l’importance de la structure sociale d’aide aux familles. Je ne crois pas que le gouvernement puisse vraiment forcer les gens à procréer plus (même si l’Église a réussi l’exploit dans le passé, le plus haut nombre de naissances au XXe siècle a été pendant la révolution tranquille). Le taux de natalité dépend du temps que l’on peut allouer aux enfants, du train de vie que l’on mène, des services capables de nous aider et de nos moyens financiers (qui en ce moment se portent bien). C’est aussi une question de mentalité; veut-on vraiment avoir des enfants? Il y a des fois où je vois des gens dans la trentaine à qui je ne confierais pas un sac de farine.
Une chose que l’on remarque est que devant l’avancée du Québec au niveau des structures sociales d’aide au famille, le reste du Canada commence à vouloir suivre. Le fédéral est de plus en plus poussé pour financer les garderies à l’extérieur du Québec. On a vu dans le passé que lorsque le Québec lançait une mesure de gauche qui fonctionnait bien (comme le CPE), les Canadiens voulaient l’adopter. Ce fut le cas avec l’assurance-maladie, c’est le cas actuellement avec le débat sur les frais de scolarité (pendant que la droite se bat ici pour qu’ils reviennent à la moyenne canadienne, les Canadiens se battent pour que leurs frais redescendent à la moyenne Québécoise).
À mon avis, le seul incitatif que le gouvernement peut faire actuellement pour favoriser le taux de natalité serait de permettre aux gens d’avoir plus de temps pour concilier le travail et la famille. Je suis parfaitement pour la proposition de QS de changer les normes du travail pour permettre aux gens d’avoir le droit à une semaine de congé supplémentaire payée (la première année, les gens ont droit à 2 semaines, la 2e à 3 semaines). L’Europe a 5 semaines après 3 ans (nous 4) et reste productive.
Je voulais en profiter aussi pour tester un peu mes capacités à jouer sur le logiciel Matlab (un logiciel pour ingénieurs qui fait du calcul avancé et peut générer des graphiques à partir de matrices). J’ai donc compilé les données sur le taux de natalité et les naissances au Québec durant le XXe siècle. Je ne suis pas comme le site d’Antagoniste, et ce graphique n’a donc pas été tronqué au niveau des axes. Cela induirait les lecteurs visuels (comme moi) en erreur.
Ce que je vois de ce taux de natalité est que le seuil de (taux nécessaire pour regénérer une population) en taux de natalité n’a pas été atteint depuis plus de 40 ans. On remarque aussi une mini-mini hausse du taux de natalité dans la dernière année, mais elle est plus facile à voir si l’on fait un zoom sur la période 1986-2006.
Ici, l’on remarque que les années ‘90 ont fait relativement mal au taux de natalité, qui diminuait lentement. On remarque par contre qu’en 2005-2006, une petite croissance s’amorçait. La croissance a été faible (de 0,08 enfants/personne de 2005 à 2006 et de 0,01 de 2004 à 2005), mais elle est suffisante pour rendre les gens plus optimistes quant à la hausse du taux de natalité. On remarque aussi qu’avec notre taux de natalité actuel, il est impensable de penser à soutenir notre population sans avoir recour à un bon taux d’immigration. N’oublions pas non plus que les nouveaux arrivants sont souvent la branche la plus innovatrice d’une nation.
Ce graphique montre le taux de fécondité en fonction des années. Le taux de fécondité est le nombre d’enfants par femme. Pour une société qui se regénère, on estime qu’il faut un taux de fécondité de 2.1 . Au Québec, en 2006, nous étions à environ 1.62 . Le taux de fécondité de 2.1 a été atteint la dernière fois en 1969, il y a presque 40 ans. Voilà pourquoi je crois que l’ADQ devrait se fixer un objectif plus réaliste que celui de retourner à un taux de fécondité de 2; je doute que ce soient les mesures politiques qui nous permettront de faire cela, en fait.
En conclusion, je ne crois pas que les moyens financiers vont aider le taux de natalité. Ce qu’il faut, c’est que les gens aient du temps libre, veuillent des enfants, aient une relation stable (ce qui est rare de nos jours – mais j’espère pouvoir dire que j’en ai une avec ma copine) et avoir une structure sociale capable de nous aider à élever un enfant.
Données obtenues à l’institut de la statistique du Québec
Article du Devoir de 2007, sur la hausse du taux de natalité de 8% au cour de l’année 2006:
http://www.ledevoir.com/2007/01/27/128896.html




