Le pinceau d’émeraude

Voilà le dévoilement du nouveau prix de Greenpeace, le pinceau d’émeraude. Ce pinceau sera remis annuellement au meilleur “greenwasher”, la compagnie qui arrivera le mieux à donner l’impression aux gens d’avoir mis une couche de vert sur leur entreprise. Le greenwashing est l’action corporative de faire croire aux gens à un virage vert dans une perspective publicitaire. Les cigarettes biologiques et les armes de destruction massives sans avec un contenu réduit en plomb ou en mercure en sont des examples poussés à l’extrême, et qui existent vraiment.

Cette année, la compagnie British Petroleum a emporté le très peu convoité prix du pinceau d’émeraude, pour leur campagne publicitaire sur l’énergie verte et dans le fait que 93% de leurs investissements vont dans l’extraction, le rafinage et le transport du pétrole. Au total, BP a investi 20 milliards de dollars dans les combustibles fossiles cette année, contre la somme (tout de même non-négligeable) de 1.5 milliards dans les énergies renouvelables, selon des fuites que Greenpeace aurait obtenues. Malgré tout, la compagnie lance plusieurs publicités pour faire croire à un virage vert.

P.S. Ce vidéo est une publicité de 2003. Il faut savoir qu’en 2007, BP a eu une empreinte écologique (en carbone) équivalente à celle du Portugal, soit 63 millions de tonnes d’équivalent CO2. Le Portugal a 10,600,000 habitants.

La fertilisation des océans

“Give me a half tanker of iron and I’ll give you another ice age!” (Donnez-moi un demi-réservoir de fer et je vous créerai une nouvelle ère de glace!) C’est ce que disait John Martin en 1991. Cette phrase, suscitant l’imaginaire, a réussi tout de même à mettre sur la carte une technique de géoingénérie (modification des éléments de la Terre), qui est celle de la fertilisation des océans par le fer.

La fertilisation des océans par le fer est le principe d’ajouter dans des régions riches en nutriments et ayant une carrence en fer du sulfate ferreux (FeSO4) chimiquement lié à des molécules d’eau (donc sous une forme de mélange solide-liquide) pour favoriser la croissance de biomasse.

Le fonctionnement

Augmenter la production de phytoplankton permettrait de séquestrer du carbone

Augmenter la production de phytoplankton permettrait de séquestrer du carbone

Plusieurs zones des océans sont connues sous le nom de HNLC (High-nutrient, low chlorophyll). Ces zones ont de grandes quantités de nutriments dans leurs eaux, mais pourtant, le phytoplankton ne s’y reproduit pas en grandes quantités. Dans les années ‘80, John Martin (encore lui!) a prouvé, malgré la controverse, que le facteur limitant de ces régions était une carrence en fer.  Le fer se rend en effet naturellement dans les océans, grâce aux vents qui poussent du fer sous forme organique jusque dans les océans. Le fer est un élément nécessaire à la photosynthèse (méthode des plantes pour produire de l’énergie), mais une très petite quantité est nécessaire. Le ratio de Refield explique que pour la biomasse océanique, il existe un ratio de nutriments requis pour créer du plankton: 106 atomes de carbone pour 16 atomes d’azote pour un atome de phosphore et 0.001 atome de fer (Ratio de Redfield: 106C:16 N:1P:0.001Fe). Donc, le fer est un élément nécessaire à la photosynthèse chez le phytoplankton dans les océans, mais il n’a pas besoin d’une forte concentration.

Depuis 1980, on estime qu’il y aurait eu un déclin de 6 à 12% dans la reproduction du phytoplankton (le plankton microscopique qui effectue de la photosynthèse en milieu océanique et donc, fournit l’énergie à la chaîne alimentaire). Cette réduction représente des pertes de 3 à 5 milliards de tonnes d’équivalent CO2 absorbées par année de l’atmosphère vers les océans. Rétablir la population de phytoplankton au niveau qu’elle devrait avoir en fertilisant les océans permettrait donc de réduire considérablement la présence de GES dans l’atmosphère. Par contre, certains experts affirment que le rythme de reproduction du phytoplankton serait cyclique, et qu’éventuellement il reviendrait à un rythme “normal”.

La majorité du carbone absorbé par le phytoplankton est relâché dans l’atmosphère relativement rapidement. Par contre, lorsque le phytoplankton meurt sans être absorbé par d’autres organismes (comme le zooplankton ou de petits animaux marins), son squelette, composé de carbone, commence à se précipiter dans les fonds océaniques. 20 à 30% du phytoplankton finit donc par se retrouver à au moins 200m sous la surface de l’eau, où le carbone du squelette est séquestré pendant des siècles, voire des millénaires. À ce point, on peut donc affirmer que le carbone est séquestré “à long terme”, selon tous les standards de séquestration du carbone.

Les avantages de la fertilisation des océans

Selon les études actuelles mesurées pendant de petits intervalles de temps, il faut très peu de fer pour séquestrer de grandes quantités de carbone. Planktos proposait, pour un projet de séquestration à but lucratif, de vendre de crédits de carbone à 5US$/tonne. Wikipedia estime le coût plutôt à 5€/t (ou 8-9$/tonne). Mais à ce prix, cette séquestration devient compétitive sur les marchés du carbone. La prolifération de phytoplankton pourrait aussi permettre le renouvellement de certains bancs de poisson, et donc d’accroître la biodiversité marine et de lancer des projets économiques, tel la pêche. Je reviendrai sur ce point plus tard, car il y a un “mais”.

Ces avantages seraient d’autant plus profitables si les méthodes pour la fertilisation des océans étaient améliorées.

L’ingénérie de la fertilisation du fer

La fertilisation a été effectuée 13 fois au cour des 15 dernières années par des expéditions de recherche. Chaque recherche jouait environ avec 1 tonne de fer à répandre sur une superficie déterminée. Par contre, il a été démontré dans un papier cette année par Stéphane Blain que cette fertilisation était de 10 à 100 fois moins efficace que les méthodes de fertilisation naturelle.

La première cause est dans la nature du fer. Le phytoplankton est habitué à absorber du fer sous forme organique, alors que les sulfates ferreux ne sont pas sous la forme de prédilection pour l’absorbtion. Trouver un moyen d’augmenter la prolifération du fer de façon naturelle serait donc une bonne avenue.

La seconde différence est que la prolifération du fer de façon naturelle se fait de façon relativement soutenue dans le temps. Une fertilisation artificielle se fait rapidement, presque d’un seul coup, et a une moins grande efficacité, car d’autres organismes, comme le zooplankton (un des prédateurs du phytoplankton) l’absorbe, se reproduit plus rapidement et diminue donc l’efficacité de la séquestration en mangeant plus de plankton. La reproduction rapide et soudaine du plankton est aussi un phénomène qui rend le procédé moins efficace, car une reproduction rapide d’une proie représente aussi la reproduction rapide de ses prédateurs. Une fertilisation plus constante serait donc plus efficace, si le but de la séquestration est que les squelettes de phytoplankton puissent se précipiter en profondeur dans l’océan.

Donc, il y a trois avenues à voir pour améliorer l’efficacité de la fertilisation des océans:

-S’assurer que le fer soit plus facilement absorbable

-Obtenir un transfert plus régulier du fer

-Favoriser l’absorbtion du fer par le phytoplankton, et non par d’autres espèces marines

Les inconvénients de la fertilisation des océans

Ils sont nombreux, surtout parce que l’on commence à envisager cette technique depuis à peine dix ans. À cause de la nouveauté de la technologie, certains aspects n’ont pu être bien cernés, et les conséquences théoriques d’une technologie de géoingénérie si primitive sont nombreuses, car nous n’avons que peu de contrôle sur les conséquences directes et indirectes de la fertilisation.

Modifications de la chaîne alimentaire océanique

La prolifération irrégulière de phytoplankton pourrait changer les modèles de prédation/proie dans le milieu océanique. Cela pourrait effectivement avoir un effet positif en favorisant la prolifération de poissons et d’espèces désirables. Par contre, il serait aussi possible que la prolifération de phytoplankton stimule la prolifération d’espèces indésirables, comme les méduses ou d’algues dangereuses. Cela pourrait donc nuire à la biodiversité. Une évaluation à long terme des conséquences de la fertilisation sur l’écosystème serait donc nécessaire avant tout projet important de fertilisation.

Manque de nutriments

Les nutriments sont présents en quantités limitées. Comme le montrait le ratio de Redfield, il faut de grandes quantités de carbone et d’azote pour former de la biomasse de plankton. Si le plankton absorbe trop de nutriments, les autres espèces ne pourront pas en bénéficier directement, ce qui peut débalancer un écosystème et l’apauvrir. La mort du phytoplankton et son dépôt dans les fonds océaniques fait que plusieurs nutriments de la surface des eaux tomberont dans les fonds océaniques, où ils ne seront disponibles à nouveau que dans quelques siècles ou plus.

Pour résoudre ce problème, une évaluation des nutriments serait nécessaire avant de lancer une expédition. On estime que la région qui a le plus grand potentiel de séquestration de carbone serait le Sud des Océans, près de l’Antartique. Cette région est une HNLC qui pourrait réduire de 70 ppm le nombre de particules de CO2 dans l’air (mesurée à environ 380 ppm – ou particules par millions). Cette zone possède des quantités très élevées de nutriments, mais d’autres problèmes apparaissent (les conditions de travail dans une région froide et le fait que la photosynthèse n’ait lieu que 6 mois par année, à cause de la noirceur).

Émission de GES par un manque d’oxygène

En mourant, le phytoplankton absorbe une grande quantité d’oxygène, nécessaire à la respiration des bactéries aérobes et de la majorité de la vie sur Terre. En absorbant trop d’oxygène, ce manque pourrait favoriser les modes de vie anoxiques (qui n’utilisent pas d’oxygène), qui produisent leur énergie en se nourissant de matière organique et en relâchant du méthane et des oxydes azotées. Ces éléments sont des GES qui sont plus dommageables pour l’environnement que le dioxyde de carbone. En théorie, je crois que l’on séquestrerait plus de carbone que l’on n’en émettrait, mais il faut tenir en compte dans les calculs de séquestration de GES des quantités de méthane dégagées par la modification de l’écosystème, et des autres effets néfastes qu’ont le manque d’oxygène dans l’eau.

Difficultés à évaluer les conséquences

Le dernier problème est qu’il est difficile d’évaluer les conséquences néfastes de la fertilisation à cause du mouvement de l’eau. Les budgets de recherche étant limités, peu d’expéditions expérimentales ont pu rester sur place pendant plus de 60 jours. Or, certains éléments, comme la diminution des nutriments ou la présence d’activités anoxiques, apparaissent après un certain temps, parce que l’eau circule dans l’océan et que les parties faibles en nutriments prennent du temps avant de revenir à la surface de l’eau.

Qui a séquestré du carbone?

Le protocole de Kyoto fixait des balises pour les diminutions d’émissions de GES ou pour la séquestration du carbone par pays. Or, le modèle de séquestration dans les océans se trouve dans un territoire international. Dans ce cas-ci, quel pays serait-il responsable de la séquestration du carbone engendré ou, dans le cas de conséquences négatives, de la restoration du milieu de vie aquatique? Cette séquestration, au niveau des normes internationales, entre dans une zone grise qui devrait être revue d’ici les années à venir. Elle entre aussi dans une zone grise au niveau de la gestion du rejet dans les océans; certains traités internationaux tendraient à montrer que de jetter du FeSO4 dans l’eau est en fait une forme de “dumping” de matières dangereuses. Et ce n’est pas entièrement faux.

C’est pour toutes ces raisons que la fertilisation des océans par le fer n’est pas LA seule solution à envisager pour séquestrer le carbone. Les risques d’une utilisation à grande échelle sont nombreux et graves, et il faut donc continuer la recherche pour bien comprendre leurs effets et trouver des pistes de solution qui addressent ces problématiques. Le cas de Planktos nous a bien montré que la hâte n’est pas la solution et que la recherche scientifique doit se poursuivre avant de mettre en oeuvre un projet commercial pour séquestrer du carbone à partir de cette méthode.

Le cas de Planktos

Le Weatherbird II

Le Weatherbird II *Source: Flickr, photo2c

Planktos est une compagnie qui souhaite vendre des crédits de carbone à des particuliers qui veulent diminuer leurs émissions de GES. En 2007, elle lançait l’ambitieux projet d’utiliser le bateau Weatherbird II pour fertiliser une région près des îles Galapagos avec 1000 tonnes de fer. Elle favoriserait ainsi la prolifération de phytoplankton et vendrait des crédits de carbone à 5$/tonne pour ce projet.

Des opposition de l’EPA (Environmental Protection Agency) sur le “dumping” de matières dangereuses forcèrent d’abord Planktos à changer de drapeau sur leur bateau et à voyager dans l’océan sous une bannière qui n’était pas américaine. Comme les eaux à fertiliser n’étaient pas sous juridiction américaine, en faisant cela, Planktos n’avait pas à respecter les lois de l’EPA. C’est similaire aux entreprises qui vont installer des usines dans les lieux où les réglements environnementaux sont les plus légers, afin de revenir vendre un produit de moins bonne qualité (au niveau de la fabrication ou des conditions de travail) aux consommateurs. Des oppositions ont aussi été soulevées par le gouvernement Équatorien.

Planktos souhaitait toutefois poursuivre son projet, car son but était bien sûr de séquestrer du carbone et que cette méthode est, selon les estimations, extrêmement efficace. Pour aller chercher du fer, elle a du envoyer le Weatherbird II au Portugal, où les pressions de groupes écologistes comme le Sea Shepherd Conservation Society ou GreenPeace ont forcé l’administration portugaise à empêcher le Weatherbird II de charger sa cargaison de sulfate ferreux à bord de son bateau.

En février 2008, Planktos a affirmé qu’un manque de fonds monétaires l’empêchait de poursuivre son projet de séquestration de carbone dans les îles Galapagos, blâmant “une efficace campagne de désinformation” de la part des ONG. La Sea Shepherd Conservation Society se réjouit, un peu sarcastiquement, d’avoir été en partie la cause de cet abandon, en expliquant que le projet de Planktos ne respectait pas l’opinion des instances gouvernementales et était, selon leurs experts, une action illégale de “dumping” de produits dangereux dans les zones internationales. Le Sea Shepherd avait d’ailleurs mis à la disposition de la marine Équatorienne un de ses bateaux, afin de patrouiller la région des îles Galapagos et de s’assurer d’éloigner le Weatherbird II, si celui-ci venait à lancer son projet de fertilisation océanique.

Planktos a effectué des erreurs dans la gestion de ce problème. Premièrement, elle a rejetté les oppositions de l’EPA en voguant sous un autre drapeau au lieu de discuter avec les officiels. Ensuite, elle n’a pas tenu compte suffisament de l’opposition Équatorienne, responsable en partie de la protection des îles Galapagos. Plus important encore, Planktos jouait avec une quantités de 1000 tonnes de sulfates ferreux. Il faut bien comprendre qu’actuellement, 13 expériences ont été effectuées et qui tenaient en compte la fertilisation des océans par le fer; chacune de ces opérations jouait avec 1 tonne de FeSO4. Les modèles de séquestration du CO2 ont des limites, et un premier projet de séquestration du carbone à des fins commerciales aurait du avoir une beaucoup plus petite échelle, au lieu de jouer avec des quantités de fer de 1000 fois supérieures à tout ce qui s’est vu auparavant. La plus grave erreur de Planktos aura donc été de se précipiter trop rapidement vers une technologie qui n’est pas encore prête à évaluer les conséquences d’un projet à si grande échelle.

Analyse de la séquestration

J’ai publié récemment un article qui traitait des caractéristiques d’une bonne séquestration du carbone, en y ajoutant les critères les plus importants. Afin de bien comprendre comment on peut évaluer si la séquestration du carbone en fertilisant les océans est, pour l’instant, une bonne méthode, je propose d’utiliser ces critères pour analyser ce que j’en pense.

La solution doit absorber du carbone à court terme

Les effets de la séquestration du carbone sont mesurables rapidement, par la prolifération du phytoplankton et les tests de luminosité de l’eau pour l’évaluer.

Effectivement, la fertilisation des océans respecte ce critère.

La solution doit absorber du carbone à long terme

Vu le manque de moyens, aucune expérience n’a pu rester plus de 60 jours sur place et de mener des études à long terme sur la séquestration du carbone. Par contre, il semble clair que, adéquatement géré, cette méthode peut séquestrer du carbone à long terme.

Même si j’émets quelques réserves, que nous verrons plus tard, la fertilisation des océans par le fer séquestre du carbone à long terme.

Une personne ou un organisme doit être responsable de la fertilisation océanique

En règle générale, on pourrait dire que l’entreprise qui épand les sulfates ferreux dans l’océan serait responsable de la séquestration. Or, comme cette séquestration a lieu en zones internationales, il serait difficile, advenant une conséquences néfaste, de la tenir pour responsable des conséquences négatives de leur plan de fertilisation.

Il y a donc un bémol, au niveau de la loi, à émettre sur la notion de “responsabilité” dans ce procédé de séquestration de carbone. Cela devrait donc être revu rapidement, avant que l’on n’entâme des projets à grande échelle de séquestration de carbone par ce procédé.

La séquestration doit avoir des conséquences positives ou neutres sur l’environnement

Cette méthode peut avoir l’avantage d’augmenter la santé d’un écosystème en lui fournissant plus d’énergie (plus de phytoplankton). Par contre, les conséquences potentielles de cette technologie mentionnés plus haut (possibilités de favoriser des populations néfastes, diminution des nutriments dans l’eau, débalancement de la chaîne alimentaires, augmentation de milieux à conditions anoxiques) sont à étudier adéquatement, ce qui n’est pas le cas actuellement (les projets expérimentaux étant à trop petite échelle).

Donc, pour les conséquences positives sur l’environnement, rien n’est certain et une bonne gestion est de mise.

Pour ces raisons, je crois que la fertilisation des océans est une voie qui a de l’avenir, comme faisant partie d’un projet qui mettrait de l’avant l’utilisation de plusieurs techniques de séquestration de carbone. Il ne faut pas penser que l’on retirera 3 milliards de tonnes de  CO2 uniquement en utilisant cette technologie. Les conséquences seraient dangereuses pour les écosystèmes océaniques. Par contre, en gardant des projets à une échelle raisonnable, en évaluant les conséquences de ces projets et en effectuant plus de recherche sur les méthodes de fertilisation, cette technologie de géoingénérie a de l’avenir, ça c’est certain.

Un TGV Montréal-Toronto?

La gare de Moscou

Montréal et Toronto sont deux des principales villes de l’est du Canada, séparées par quelque 500 km. C’est une bonne distance, mais il y a, au cour de l’année, plusieurs voyages qui sont organisés entre ces deux villes.

Or, le principal fournisseur de voyages est Via-Rail. Hormi en période de spéciaux, voyager en train de Montréal à Toronto coût 80$ dollars le billet (en classe économique), pour un voyage de 5 heures. Pendant le temps des Fêtes, Via-Rail offrait un billet aller Montréal-Toronto pour 1$, histoire de rapprocher les gens pour Noël.

Il est difficile de rêver à un train Montréal-Toronto similaire en performances au réseau TGV de France, qui relient toutes les villes de plus de 100,000 habitants entre elles. C’est surtout parce que la distance entre nos destinations sont bien plus grandes et que l’hiver augmente les coûts d’entretien.

Pourtant, on a annoncé cette semaine que la Russie avait lancé son réseau de TGV entre St-Pétersbourg et Moscou. Faisons une petite comparaison entre un trajet Montréal-Toronto et un trajet Moscou-St-Pétersbourg.


Montréal – Métropolitain
(wikipedia)

Population: 3,635,571

Toronto – Métropolitain (wikipedia)

Population: 5,555,912

Trajet Montréal-Toronto:

Population en cause: 9,191,483

Distance: 540 km

Durée du trajet: 5h (à 160 km/h)

PIB per capita du Canada: $38,613

Moscou (wikipedia)

Population: 10,470,318

St-Pétersbourg (wikipedia)

Population: 4,662,547

Trajet Moscou-St-Pétersbourg:

Population en cause: 15,132,865

Distance: 700 km

Durée du trajet: Environ 3h45 selon les experts (250 km/h en vitesse moyenne, les trains pouvant aller à 300 km/h)

PIB per capita de la Russie: $9,074

La population en cause du trajet Moscou-St-Pétersbourg est bien plus élevée que celle du Canada de 6 millions de personnes. Par contre, la distance de TGV à construire est de 150 km plus longue et le PIB per capita (l’argent qui voyage dans le pays) est de 4 fois plus bas qu’au Québec ou au Canada. La Russie peut être fière de l’acquisition de sa ligne de TGV; on prévoit déjà lancer de nouvelles lignes vers Helsinki (Finlande). On prévoit aussi un train plus rapide Moscou-Sotchi, qui permettra de parcourir cette distance en 15-16 heures au lieu de 36 heures. Pour ceux qui tiennent à comprendre pourquoi, Sotchi sera la ville qui accueillera les JO de 2014.

Je crois donc, en voyant tout cela, qu’il est possible d’envisager sérieusement la possibilité de lancer une ligne de TGV entre Montréal et Toronto, ou même d’envisager le fameux corridor Québec-Windsor. L’est du pays effectue beaucoup de voyages entre ces destinations, la population y est concentrée à cause de la traditionnelle proximité des grandes villes avec les Grand Lacs et le Saint-Laurent, et cela permettrait aux gens de voyager plus et de voyager mieux entre le Québec et l’Ontario. L’arrivée d’un TGV en Russie, dans un climat aussi frais que le nôtre, montre bien qu’il est possible de lancer un tel système, car ils l’ont fait avec moins de moyens que ceux des citoyens de la région du Québec et de l’Ontario.

La séquestration du carbone

Le protocole de Kyoto, signé en 1992, est un des documents qui a été à l’étude cette année. J’ai lu la version écourtée, et je suggère à tous ceux qui sont intéressés par l’environnement de lire la version abrégée (12 pages), et ce même si c’est un processus douloureux. Ça empêchera les détracteurs de l’environnement et les environnementalistes de ne pas dire de conneries. J’ai vu plusieurs personnes dans le passé dire que la séquestration du carbone n’est pas une bonne chose ou que les environnementalistes ne font que tenter de réduire notre qualité de vie; pourtant, le protocole qui est LA référence au niveau des émissions de GES (et ce malgré le protocole de Bali) cite cette alternative comme une des pistes à envisager pour régler le problème du changement climatique. J’ai déjà traité d’une de ces alternatives, qui est la plus prometteuse à mon avis, car elle a prouvé son efficacité: le biochar. Bien entendu, comme dans tous les domaines biologiques, l’important est toujours de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Comme vous le savez, la majorité du carbone présent est contenu dans les océans. Il existe beaucoup d’autres gaz à effet de serre, le plus connu étant le méthane (21 fois plus dommageable à l’effet de serre que le gaz carbonique, et largement émis par les industries et naturellement via les milieux humides). La séquestration, par contre, est majoritairement employée pour absorber du carbone, composante du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane (CH4). Donc, absorber du carbone diminue la quantité de méthane et de dioxyde de carbone dans l’air, deux des plus importants GES.

La séquestration, en une phrase, c’est d’employer une source qui va absorber du carbone dans l’atmosphère et la conserver sous une autre forme. Nous sommes une forme de stockage de carbone, le sol en est une, l’océan aussi, etc.

Mais pour avoir une séquestration efficace, il existe certains critères. Ceux-ci viennent d’eux-mêmes, mais voyons-les:

La solution doit absorber du carbone à court terme

Cela est très important. Même si on demande toujours de voir les émissions de GES sur un portrait à long terme, avoir une idée de l’absorbtion et de notre effet à court terme au niveau de la séquestration est primordial. Si la séquestration n’offre pas de résultats mesurables dès le début, comment peut-on expliquer aux gens, payeurs de taxes ou actionnaires, qui ont payé pour réduire la quantité de carbone dans l’atmosphère, qu’ils n’en verront les résultats que d’ici 20 ans? Avoir un effet à court terme sur les émissions de GES est donc important, pour l’image publique et pour être sur que du carbone sera absorbé par la solution suggérée.

À mon avis, des résultats doivent donc être mesurables dans les 5 premières années.

La solution doit absorber du carbone à long terme

Cette condition est la plus importante. Absorber du carbone à court terme et le séquestrer est important pour l’image publique et être plus certain de l’exactitude des résultats, mais l’objectif aussi est d’avoir un effet à long terme. Plusieurs solutions, notamment de planter des forêts, tendent à démontrer qu’à long terme, certaines sources peuvent relâcher du gaz carbonique. Les territoires de coupe forestière ne peuvent donc pas être considérés comme une source de séquestration de carbone, car à long terme, les arbres commencent à respirer (absorber moins d’oxygène que le CO2 relâché) et parce que le carbone relâché par la matière organique devient à nouveau du carbone atmosphérique.

Donc, au bout de 50 ans, la solution employée doit avoir absorbé plus de carbone qu’elle n’en a relâché.

Une personne doit être responsable de la séquestration

C’est simple, mais il faut qu’il y ait une personne à blâmer si la séquestration finit, à long terme, par ne pas avoir l’effet escompté. Il doit y avoir des coupables, soit des compagnies ou des gouvernements. Des gens paient pour que le carbone soit séquestré; si la solution impliquée n’a pas d’effet, il faut une personne responsable. Habituellement, ce serait une compagnie ou une OSBL. La TD plante par example des arbres pour séquestrer du carbone. Si elle recevait des fonds pour le faire et que dans 10 ans, une analyse montrait que les arbres plantés avaient relâché 10 tonnes de CO2 par acre au lieu d’en absorber, les gens qui ont payé pour l’initiative devraient pouvoir prendre des actions légales pour punir cette inefficacité.

Cela semble simple aussi, mais le marché de la séquestration du carbone est nouveau, et il est encore dur de concevoir que l’on puisse mettre un prix sur la tonne d’équivalent CO2. Il faut que l’on traite ce domaine comme n’importe quel autre domaine créateur de richesse, et ce même si cette richesse est surtout environnementale (environnemental: qui a trait du milieu de vie de l’être humain).

La séquestration doit être mesurable

C’est ce qui est le plus compliqué. On ne se concentre pas depuis longtemps sur la modification du cycle du carbone.  C’est un cycle de l’eau, en version encore plus compliquée. La séquestration du carbone est donc quelque chose de génial! L’être humain modifie un cycle planétaire important pour contribuer à régler un changement climatique planétaire. Planter des arbres, ça ne semble pas être le genre de solution “high-tech” à laquelle on pourrait songer pour régler un problème d’écosystème, mais en fait, elle fait partie d’une des missions les plus complexes dans lesquelles l’être humain s’est embarqué. À mon avis, c’est un défi plus grand que d’envoyer un homme sur la lune.

Mais comme la séquestration est une partie du domaine de la biologie dont on ne se soucie pas depuis longtemps. Les papiers commencent à abonder et plusieurs personnes ont des idées farfelues en cour d’expérimentation, pour absorber du carbone. J’ai parlé du biochar, une autre serait de semer du fer dans les océans pour stimuler la croissance d’algues qui absorberaient du carbone en augmentant la biodiversité et par photosynthèse (phénomène qui absorbe plus de CO2 qu’il n’en relâche, afin de former des molécules de glucose, un sucre dont chaque molécule contient 6 atomes de carbone – C6H12O6). Par contre, cette idée n’est pas appuyée par la communauté scientifique entièrement et plusieurs questionnements ont besoin d’être répondus avant que ce procédé ne soit considéré “acceptable”.

Avant que la communauté scientifique n’ait fermé ce débat de façon crédible, une entreprise a voulu vendre de la séquestration de carbone à 5$ la tonne et de fertiliser une partie de l’océan atlantique. Devant les pressions de Greenpeace et d’autres organismes qui affirmaient que la science n’avait pas évalué les conséquences du phénomène suffisament, le voyage a été annulé de force et l’entreprise en question, Planktos, a été menacée de faillite et s’est rétractée de son projet dans la honte (cela sera le sujet d’un de mes articles à venir). Les environnementalistes ont donc prouvé que la biologie est une science contenant beaucoup d’inconnues, et qu’il faut donc l’évaluer adéquatement avant de proposer des changements majeurs, comme la fertilisation des océans avec des particules de fer. On ne veut pas d’un autre kudzu.

La séquestration doit avoir des conséquences positives ou neutres

Une des solutions pour réduire le CO2 dans l’air serait de respirer moins souvent. Comme l’on relâche plus de CO2 dans l’air que l’on n’en absorbe, nous sommes des émetteurs de CO2. On relâche environ 4 à 5% des gaz de la respiration en forme de dioxyde de carbone. On estime que l’on relâche 5-8 litres par minute en air. Cela représente donc des émissions de CO2 de 0.2925 g/minute dans l’atmosphère par personne. 6 milliards de personnes, au cour d’une minute, émettent donc 1755 tonnes de CO2, simplement en respirant.

Ce serait ridicule, par contre, de dire aux gens de respirer moins pour sauver l’environnement. C’est la même chose pour la séquestration; pour effectuer une séquestration acceptable, elle ne doit surtout pas avoir des conséquences négatives.

La séquestration a des avantages. Elle stimule la recherche, elle crée de l’emploi, elle peut ajouter d’autres valeurs (comme le biochar, qui aide à la fertilisation des sols), elle peut améliorer l’environnement des gens, etc. Par contre, une séquestration mal gérée peut avoir des conséquences négatives. Elle peut déplacer des populations, réprimer certaines parties de l’économie, etc. Il faut donc adéquatement évaluer les conséquences sociales d’une séquestration.

À ne pas confondre

La séquestration et la réduction à la source sont deux choses différentes. La séquestration, c’est d’absorber du carbone contenu dans l’air pour le stocker ailleurs dans le cycle du carbone. Les principales absorbeurs de carbone sont les sols et les océans, mais aussi la biodiversité.

La réduction à la source est l’action de réduire l’impact des émissions de carbone dans l’air. Capter des biogaz et effectuer de la digestion anaérobique est pour l’instant considéré comme une forme de réduction à la source. En brûlant du méthane, par example, on relâche du dioxyde de carbone, qui est un GES moins nocif. On ne retire pas du carbone de l’air, mais on en réduit les émissions.

Pour que l’environnement se porte mieux, il faut donc utiliser les deux options; si on ne fait qu’absorber plus de carbone de l’air, le problème n’est pas entièrement réglé, et si l’on réduit les émissions de GES sans trouver de moyen pour stimuler le cycle du carbone, je ne crois pas que le plan de gestion des GES ne soit acceptable. En fin de compte, les gens qui ont créé le protocole de Kyoto tenaient compte de ces deux façons d’adresser le problème du changement climatique anthropogénique (causé par l’Homme).

Le cas du kudzu

Le génie des bioressources traite de l’aspect biologique des applications d’ingénérie. En gros, nous nous spécialisons dans les traitements qui mettent en lien un aspect de la biologie. Ces aspects sont utilisés en sciences des sols, des eaux, dans le domaine de l’agriculture et de la nourriture, dans la foresterie (quoiqu’il y a déjà des ingénieurs forestiers) et dans les travaux de décontamination, entre autres.

L’utilisation de la biologie fait d’elle une science complexe à comprendre, car elle dépend de mécanismes sur lesquels on a très peu de contrôle et qui peuvent dégénérer facilement. Je crois que l’un des meilleurs exemples de cela vient des espèces que l’on importe d’une région du monde à une autre et qui finissent par créer des torts. Ici, on a eu la coccinnelle, mais ce n’est pas vraiment un problème, surtout si on le compare à l’infestation du kudzu dans le Sud-Est des États-Unis.

Zones infestées par le kudzu aux États-Unis

Zones infestées par le kudzu aux États-Unis

Le kudzu est une plante grimpante originaire de la Chine et du Japon. Elle peut servir de nourriture, de fourrage et prévient l’érosion grâce à un système de racines extrêmement profondes (pouvant aller jusqu’à 2m – note: le maïs atteint habituellement un bon 90 cm).

En Alabama, on appelle le kudzu de différents noms, dont la “vigne à pôteaux de téléphone” (telephone vine). Si vous voulez comprendre pourquoi, cliquez ici.

Image Flickr, a47nn: "The Wizard of kudzu"

Ce que vous voyez plus haut, c’est un pôteau électrique et un lampadaire au coin d’une rue. La plante a grimpé naturellement jusque-là. On estime que le kudzu a envahi 2.8 millions d’hectares aux États-Unis. Il a originalement été implanté dans leur pays comme plante décorative ou comme plante fourragère, mais malheureusement, le climat du Sud était approprié pour qu’une telle plante devienne invasive; la chaleur, la grande humidité, les pluis relativement abondantes et l’absence de prédateurs naturels ou de parasites ont donné à cette plante les conditions gagnantes pour qu’elle pousse… comme de la mauvaise herbe (le kudzu est considéré comme une “mavaise herbe” par le gouvernement américain depuis les années ‘70). L’absence de prédateur naturel pour la majorité des plantes étrangères peut causer un problème si son mode de reproduction est rapide.

Au total, le US Geological Survey (USGS) a estimé que la plante de kudzu coûtait 500 millions de dollars par an aux autorités gouvernementales et aux citoyens. Le problème est que le kudzu est difficile à retirer (si on ne se débarasse pas de la couronne des racines), demande de l’herbicide en bonnes quantités et demande beaucoup de patience… Un autre problème est que le kudzu pousse aussi sur d’autres types de végétation et les couvrent entièrement. En poussant sur des arbres, le kudzu empêche celui-ci de faire ses propres feuilles pour récolter l’énergie solaire nécessaire à sa photosynthèse, et finit par littéralement “étouffer” son hôte. Le USGS estime donc que le kudzu est aussi responsable de la perte de nombreuses terres forestières.

Les citoyens du Sud se sont habitués, depuis une cinquantaine d’années, à la présence du kudzu. La plante est même utilisée aux États-Unis pour faire de la gelée sucrée. Elle possède donc ses propres utilités, et l’on espère lui en trouver d’autres à long terme, comme son emploi dans l’éthanol cellulosique. Défricher des terres de kudzu, qui poussent naturellement et sans pesticide ni engrais, pour en créer un produit utile, serait une avenue prometteuse. Mais en attendant, je vous laisse sur ce petit reportage de l’université du Tennesse au sujet du kudzu (l’accent est dur à comprendre, par contre).

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