La bioraffinerie forestière

La situation actuelle dans les pâtes et papiers, partie importante de l’industrie forestière, a connu beaucoup de difficultés dans les dernières années. Pour l’instant, l’industrie canadienne survit grâce à des fusions, des centralisation et grâce à la rationalisation des coûts, mais ces méthodes connaissent leurs limites. Le problème est que le produit a perdu sa valeur au cour des dernières années, suite à la compétition grandissante. De nombreux pays, notamment dans les tropiques, ont une nouvelle industrie de pâtes et papiers avec des installations plus récentes et plus modernes, ainsi que des salaires inférieurs à payer à leurs employés. De plus, la recherche et le développement se fait rare dans le domaine des pâtes et papiers, et elle est surtout concentrée sur l’efficacité de l’entreprise.

Une des solutions, défendue de plus en plus par plusieurs experts et ingénieur, est de convertir l’industrie des pâtes et papiers en un complexe de bioraffinerie intégrée (Integrated Forest Biorefinery – ou IFBR en anglais, pour les engins de recherche). La bioraffinerie est similaire à la méthodologie utilisée par l’industrie pétrochimique; elle consiste à séparer les constituantes de la biomasse (dans ce cas, le bois et ses biomatériaux le constituant, comme différentes lignines, la cellulose, l’hémicellulose, etc.) pour les convertir en différents produits à valeur élevée. Ces produits pouvant être faits à partir du bois sont nombreux, mais ils se séparent en trois catégories: la bio-énergie (éthanol*, syngaz, syngaz converti en diésel grâce au procédé Fischer-Tropsch*, digestion anaérobique* des eaux usées), les biomatériaux (les lignosulphonates, pouvant être utilisées dans le béton, ou la puple dissoute qui peut être utilisée dans l’industrie textile ou pharmaceutique) et les bio-produits (comme les nanocelluloses cristallines, qui sont de la cellulose réduite à un état cristallin et qui ont des propriétés intéressantes).

La bioraffinerie offre des possibilités. D’abord, elle crée des emplois de qualité dans les régions rurales (techniciens, ingénieurs, gestionnaires, etc.), offre de l’intérêt à des entreprises dans des domaines connexes comme l’énergie ou l’industrie (bio)chimique.  C’est aussi une industrie qui a intérêt à se départir du pétrole, et à réduire sa dépendance au gaz naturel. En effet, la biomasse du bois a un coût énergétique 3 fois moins élevé que le pétrole.

Par contre, il ne faut pas oublier que le but principal des pâtes et papiers n’est pas de produire de l’éthanol cellulosique ou des sous-produits de qualité, mais bien d’oeuvrer dans les pâtes et papiers. Transformer les usines en bioraffineries ne doit donc pas nuire à la qualité de la fibre produite. La bioraffinerie doit aussi faire preuve de flexibilité; en produisant différents types de produits, elle doit pouvoir s’adapter à l’évolution de différents marchés.

Une autre particularité des bioraffineries est qu’ils produisent des biens à l’échelle globale (pâtes et papiers), régionale (bio-énergie) et locale (produits spécialisés).

Il reste tout de même de nombreux défis avant que l’on intègre les technologies de bioraffinage forestier. Il faut que cette méthode puisse répondre au principe de rentabilité à court terme de l’entreprise. Pour cela, il faut convaincre les actionnaires du potentiel de cette adaptation. Il faut faire preuve de leadership et avoir une bonne vision des marchés à court et à long terme, et avoir un plan développé de gestion des risques. Il faut aussi trouver l’exploitation optimale. Celle-ci dépend des entreprises dans les environs, des prix sur le marché et des possibilités de synergie. L’implantation d’une bioraffinerie optimale doit aussi tenir compte des possibilités de symbiose industrielle*: l’industrie agricole, l’agro-foresterie, les centrales municipales de traitement des déchets et de traitement des eaux, etc.

Des recherches ont lieu à l’usine Tembec Temiscaming. Tembec utilise du bois certifié FSC et produit de nombreux sous-produits issus de son entreprise: de l’éthanol, de la lignine modifiée, de la cellulose à haut degré de pureté (utilisé pour les explosives, en pharmaceutique et dans l’industrie textile, entre autre) et du biogaz. Pour que de tels produits soient faits, Tembec a émis quelques critères: l’exploitation doit être économique et ne nuira pas à l’opération principale de l’usine (produire des pâtes et papiers). Elle intègre donc surtout ses déchets et transforme les sous-produits de la transformation des pâtes et papiers pour en faire des produits de valeur. Par example, la centrale de cogénération qui sert à faire de la digestion anaérobique transforme 400 t sèches / jour pour créer des biogaz. Cette biomasse vient surtout de résidus forestiers, d’écorce et des eaux usées de  l’usine (183 tonnes de matière organique par jour), qui sont partiellement traitées par le procédé de digestion anaérobique. Grâce à cela, la centrale Tembec Temiscaming est presque indépendante des combustibles fossiles, même si elle utilise encore un peu de gaz naturel.

L’idée d’intégrer les bioraffineries forestières fait du sens dans le contexte actuel. Le Canada a un pôle de recherche et une main d’oeuvre capable de faire des produits spécialisés. C’est une façon d’ajouter de la valeur à l’industrie des pâtes et papiers, et de pouvoir percer avec des produits locaux dans un domaine qui consomme beaucoup de combustibles fossiles (la fabrication de produits spécialisés).

La forêt est source de dizaines de produits pouvant avoir une valeur.

La forêt est source de dizaines de produits pouvant avoir une valeur notable.

Des articles intéressants à ce sujet:

Pulp and Paper Canada; Juin 2006; 107,6, p.13, THE FOREST BIOREFINERY: Survival strategy for Canada’s pulp and paper sector?, Paul Stuart

Pulp and Paper Canada; Juin 2006; 107,6, p.38, Converting a kraft pulp mill into an integrated forest biorefinery, A van Heiningen

Pulp and Paper Canada; Juin 2006; 107,6, p.44, Tembec Temiscaming integrated biorefinery, L. Magdzinski

Une image des fermetures temporaires et permanentes d’usines et des pertes d’emplois dans le secteur forestier, d’avril 2005 à mars 2008

Des sources intéressantes sur certains procédés (venant de ce site):

Le procédé Fischer-Tropsch

L’éthanol cellulosique

La digestion anaérobique

La symbiose industrielle

L’éolien: profitable au Québec

Je suis tombé sur un commentaire qui traitait de la non-profitabilité des éoliennes et des panneaux solaires au Québec. Ça tombe par hasard sur une question à laquelle j’ai du répondre l’an dernier dans un de mes cours. J’ai donc retrouvé ma méthodologie et mes calculs.

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Avec mes calculs, j’arrive à un profit (après taxes et impôts) d’environ 80,000$ pour une éolienne qui a tenu pendant 20 ans. Pour ce faire, il faut compter quelques trucs.

Modèle de turbine: J’ai choisi la EWT 750 kW DirectWind. Ce n’est pas la meilleure turbine pour la situation. Les vents moyens de Bromont sont de 6 m/s. La vitesse optimale de cette turbine est de 13m/s, mais son avantage est qu’elle peut générer de l’énergie à partir de 2.5m/s. Il serait possible d’en trouver une mieux adaptée à la région.

Le coût de la turbine: Habituellement, on dit que l’éolienne coûte 1000$ par kW de puissance. Une éolienne de 750 kW coûte donc 750,000$. J’ai ajouté quelques sous de plus.

Entretien: Pour entretenir l’éolienne, il faut construire une route qui y mène, ainsi que passer des patrouilles. 10% de la valeur de l’éolienne par année semble être une bonne estimation du coût d’entretien, surtout vu qu’elle demandera possiblement des réparations mineures à la fin de sa vie. J’ai bien entendu augmenté le coût un peu.

Coût du terrain: Il faut un espacement entre les éoliennes équivalent à 3 fois le diamètre de la rotation les affectant. Pour EWT 750, il faut donc environ 9.5-10 hectares de terrain pour placer une éolienne. Il faut aussi qu’elle respecte les zones de distance des maisons et des voisins. Comme la région des Cantons de l’est vend des terrains à environ 0.35$/pi², une conversion m’a permis de calculer le prix d’un terrain vacant pour y placer une éolienne.

Énergie générée: Cette valeur a été obtenue à partir du Canadian Wind Energy Atlas. Il démontre que l’éolienne est utilisée à 35% de ses capacités.

Coût de l’électricité: C’est le prix à laquelle la Régie de l’Énergie achète de l’énergie éolienne, en vertu du dernier appel d’offres d’énergie éolienne. Le coût est un peu plus élevé que ce que les Québécois paient en électricité, mais l’économie se fait sur le principe que cette énergie économisée permettra de vendre de l’électricité aux États-Unis, et compte aussi sur le fait que le prix de l’électricité augmentera (le gouvernement du Québec n’achètera de l’électricité de cet appel d’offres que vers 2012).

Au total, on conclut que chaque éolienne rapportera 7.20% de la valeur de l’éolienne initiale et de son terrain en profits (c’est-à-dire après avoir remboursé le coût de l’éolienne et du terrain). La marge de profits est très légèrte, parce que la turbine employée n’est pas très bonne et que j’ai exagéré les dépenses. Une turbine mieux adaptée et l’emploi de plusieurs éoliennes à la fois permettra de diminuer ces coûts et donc, d’augmenter la marge de profits.

Mais ce qu’on voit est que c’est possible de faire des profits avec des projets éoliens au Québec. Bromont est une région particulière en Estrie, car il y vente plus qu’ailleurs, mais il y a d’autres régions au Québec qui ont un meilleur potentiel éolien que Bromont et qui sont proches d’un bassin de population. Veuillez aussi noter que le calcul que j’ai effectué ne concerne qu’une seule éolienne; afin d’avoir une entreprise profitable, un parc éolien devrait compter plus d’une seule éolienne, bien entendu.

Sarkozy connaît-il le Québec?

C’est une question que plusieurs ont remis en doute depuis les paroles de discour de Nicolas Sarkozy, lors de la remise de la Légion d’Honneur à Jean Charest. Je vais reprendre un paragraphe intéressant de l’article de Radio-Canada.

Puis, le président français a précisé qu’il aimait les deux ensembles de manière différente: « Pour vous aimer, je n’ai pas besoin de détester les voisins [...], pour prouver qu’on aime les autres, on n’a pas besoin de détester leurs voisins ». Il a ajouté que ceux qui ne comprenaient pas cela « ne comprennent pas le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l’enfermement sur soi-même et le refus de cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l’autre ».

On entend beaucoup parler des ultra-nationalistes ces semaines-ci, qui se sentent fiers d’être Québécois et sont blessés par de tels propos, ou par la poignée de gens qui veulent refaire la bataille des Plaines d’Abraham.

Je suis d’accord avec la première phrase de Nicolas Sarkozy. Pour aimer le Québec, pour être nationaliste, il n’est pas obligatoire d’haïr le Canada. Qu’on le veuille ou non, ils demeureront nos voisins, à moins qu’ils ne décident de creuser une tranchée entre le Québec et l’Ontario et le Nouveau-Brunswick. La souveraineté ne doit pas être un repli sur soi-même, mais bien l’ouverture du Québec sur le monde et, surtout, l’ouverture du monde sur le Québec. La reconnaissance que nous formons une nation. Et pour un souverainiste, la seule différence est que pour nous, l’ouverture implique aussi la reconnaissance que nous formons une nation indépendante auto-gérée. En vérité, il y a très peu de divergences entre les souverainistes et les fédéralistes à mon avis, sauf dans le cas de certains purs et durs des deux côtés, de la Desmarais ou du côté des Jeunes Patriotes.

Sarkozy a raison en soulignant que la souveraineté du Québec ne doit pas passer par la division. Nous avons une identité, et ce n’est pas une identité “non-Canadienne”. C’est une identité Québécoise. On est Québécois, avec ou sans le Canada, et ça il faut l’expliquer. Le but de la souveraineté n’est pas de devenir des Québécois, car nous le sommes déjà. On veut simplement, comme Jean Charest le disait lors des dernières élections, “avoir les deux mains sur le volant”. Ce qu’il n’aimerait pas que l’on reprenne cette expression pour expliquer mon argument, mais bon…

Alors je trouve que Sarkozy vise juste, selon ce que rapporte Radio-Can. Il explique ce que la souveraineté ne doit pas être et nous met tous, Québécois et souverainistes, en garde. On ne doit pas faire la souveraineté par sectarisme, pour l’isolation et le repli sur soi ou la faire pour fonder une identité par ooposition à l’identité Canadienne. Soyons ouverts sur le monde, nos voisins Canadiens et Américains, nos comparses français et les jolies françaises et choisissons pour les bonnes raisons si nous voulons ou non être un pays.

Le 250e sur les plaines

Plusieurs personnalités se sont indignées devant l’idée de reconstituer, pour son 250e anniversaire, la défaite canadienne des plaines d’Abraham. Je ne suis pas une célébrité, mais j’ai un blogue, alors pourquoi ne pas y contribuer en ajoutant mon opinion, histoire de mettre de l’huile sur le feu, ou plutôt de donner une douche froide aux autres.

La reconstitution d’une bataille, c’est pas un sujet important. Calmons-nous le ponpon là-dessus. 1000 redcoats affrontant un millier de miliciens sur les plaines, ce n’est pas le 24 juin! Personne ne vient voir cela. La reconstitution d’une des plus grandes batailles de l’histoire, celle de la chute de Napoléon à Waterloo, ne semble attirer qu’une poignée de mordus. Si la mairie de Québec veut acheter l’équipement nécessaire à la reconstitution pour une poignée de fans venus des quatre coins du monde (en groupes de 4) pour voir cela, soit, qu’ils le fassent. Que l’on ne s’attende pas à l’événement touristique de l’année; pour moi et plusieurs Québécois, la bataille des plaines d’Abraham est un moment historique; il a sa place dans les livres d’histoire.

Je fais des GNs et j’adore me costumer pour l’occasion. Les trucs médiévaux-renaissance me passionnent. Mais sérieusement, les reconstitutions de bataille, ça me saoûle grave. Ça donne l’illusion que nous, fans de médiéval, ne sommes que des geeks finis qui nous donnons du mal dans le seul et unique but de reconstituer morceau par morceau une histoire passée, de façon presque similaire. Je préfère écrire et inventer des histoires que de rejouer à la goutte de sueur près un fait qui n’existe plus.

Lisez rue Frontenac

Je vous suggère, pour une partie du lock-out, de vous désabonner du Journal de Montréa€l (s’il le faut) et de lire le journal virtuel Rue Frontenac. Pas besoin de faire du PKP ou du Québécor-bashing; ne faites que lire le journal des syndiqués de temps à autre et soutenez silencieusement leur guerre pour qu’ils aient les acquis qu’ils méritent.

P.S. Bernard Landry a retiré sa chronique du JdM cette semaine. Je trouve cela bien fait, parce que M. Landry ne va pas donner un direct du droit à l’administration en le faisant. Il souligne le respect qu’il éprouve pour l’administration de Québécor dans sa lettre de départ. Cependant, il fait de ce départ un geste politique, en soulignant qu’il ne peut accepter que le journal ne soit monté à Toronto. Le JdM a les moyens de traiter ses employés comme il se doit et d’entretenir sa presse à Montréal. En appuyant Rue Frontenac, on ne fait que montrer que les clients du JdM et les citoyens du Québec appuient ceux qui croient que c’est ce qu’ils souhaitent.

En espérant que le conflit se règle vite et bien, et que l’on n’ait pas droit à un second Journal de Québec. Ni les employés ni les syndicats et (je l’espère!) ni le patronat ne veut cela.