Environnement (archives)

Aux ordures!


Cela faisait un bout de temps que je voulais écrire ce billet sur un sujet pas très intéressant à discuter (a priori): nos poubelles. Il faut avouer, qu’y a-t-il de bien amusant à parler des choses dont on veut se débarasser et que l’on jette une fois par semaine sur le bord du chemin? Je vais essayer de vous faire fouiller un peu plus profondément dans ce sujet, quitte à vous y mettre le nez.

Premièrement, nous allons commencer par expliquer ce qui se passe avec les ordures. Annuellement, les Canadiens jettent presque ½ tonne de déchets par personne. Si on étale les déchets produits par nos usines et nos institutions, on jette pas loin d’une tonne de déchets par habitant par année. Cela n’inclut pas les déchets recyclés, mais juste le sac à ordure.

La gestion des résidus urbains (poubelles, recyclage, collecte sélective) représente environ 7,9% du budget d’une ville, en moyenne. C’est plus de 2 fois le coût du déneigement, qui représente en moyenne 3,4% du budget. Il coûte environ 23$/tonne de se débarasser des ordures, de 45 à 85$/tonne de recycler et près de 600$/tonne de se débarasser des RDD (Résidus domestiques dangereux). Comme une augmentation de dépenses est toujours une mesure politique impopulaire, les élus municipaux ne font pas toujours de gros efforts pour promouvoir la collecte sélective ou le recyclage.

Il s’ensuit donc que le taux de recyclage au Québec est de 14%, que des RDD se retrouvent dans les sites d’enfouissement et que l’on jette beaucoup, sans valoriser nos produits.

Pourtant, le recyclage est économiquement et socialement rentable. Il crée quelques emplois (plus qu’un site d’enfouissement), génère des ressources, diminue la quantité de déchets à fournir (et donc l’espérance de vie des sites) et permet de faire du neuf avec du vieux.

Les résidus domestiques dangereux, quant à eux, portent bien leur nom. Parmi eux figurent l’ampoule fluocompacte (qui contient du mercure), certains produits nettoyants, l’eau de javel, les batteries (piles, batteries de char et même les batteries de iPod, qui ont causé certains problèmes dans les sites d’enfouissement), certaines pièces électroniques (comme plusieurs composantes d’ordinateurs), de la peinture, etc. Laissés dans un site d’enfouissement, ces produits (qui contiennent parfois du mercure ou du plomb) se désagrègent et se répandent dans le lixiviat, le jus de poubelle des décharges. Celui-ci contamine ensuite les sols, les nappes souterraines et, rarement, les cours d’eau environnants.

Il ne faut pas oublier de parler des conséquences négatives de l’enfouissement, bien que celui-ci soit nécessaire. Au Québec, il faut environ 50 ans avant de remplir un site. Par contre, il en faut 100 avant que les conséquences de l’enfouissement ne soient que négligeables, et que l’on juge le site décontaminé. La gestion du site est parfois un problème; une grande proportion des sites d’enfouissementappartenant à des intérêts privés, ceux-ci jugent parfois que la décontamination est une dépense coûteuse, et que son coût devrait être défrayé par le gouvernement. L’entretien du site, une fois rempli à rabord, revient donc souvent à nos instances. Notre municipalité paie donc un propriétaire pour l’enfouissement, et pour la décontamination.

En plus du lixiviat qui contamine la terre et les eaux, les biogaz relâchés dans les sites d’enfouissement polluent aussi l’air. Parmi les gaz relâchés, notons les méthane et les oxydes (monoxyde et dioxyde) de carbone, deux grands responsables de l’effet de serre. Ajoutez à cela des composés organiques volatils comme le benzène, le dichlorométhane et le chlorure de vynile et vous aurez un bref aperçu de la pollution engendrée par les sites d’enfouissement.

Il n’existe qu’une alternative aux sites d’enfouissement: l’incinération. Le procédé, beaucoup plus coûteux, consiste à brûler les ordures et à se débarasser des cendres. Cette combustion engendre des polluants organiques persistants (POP – sous forme de gaz) qui se répandent dans l’air, et ont des propriétés cancérigènes. Les cendres sont considérées par l’ONU comme des produits dangereux, mais les Québécois préfèrent les enfouir dans le sol plutôt que de les traiter avec le sérieux qu’ils méritent.

En gros, pour ce qu’elle rapporte, l’incinération n’est pas une si bonne alternative. Loin de rabaisser les déchets à un stade encore plus bas qu’ils ne le sont déjà dans votre estime, il faut voir quelles sont les conséquences de jetter trop de choses à la poubelle. Les dépotoirs seront toujours nécessaires, car plusieurs produits ne servent vraiment plus à rien, mais il est possible de trouver des manières de réduire leurs conséquences néfastes. Voici quelques moyens de le faire:

Le tri sélectif
Certaines municipalités envoient les camions de déchets au tri sélectif avant d’aller au dépotoir. Des travailleurs et des senseurs inspectent les déchets pour y trouver des produits recyclables, réutilisables ou qui ne devraient pas être là… (les RDD)

Le compostage
À l’échelle locale, dans votre maison, ou à plus grande échelle, dans des usines, le compostage transforme les déchets organiques en terreau qui peut servir d’engrais naturel. Plusieurs techniques de compostage à grande échelle existent, dont un particulièrement qui consiste à utiliser des vers qui consomment les matières organiques pour en faire du terreau et laissent les éléments inorganiques intacts… Assez dégueulasse. Si vous voulez faire du compostage chez vous, il est par contre suggéré de demander des conseils, soit à des gens qui en font, soit à des professionnels ou dans des livres. Un bon compost n’a pas d’odeur, et doit contenir des proportions plus ou moins stables.

Consignation
Plusieurs produits n’ont pas encore de consigne, comme les bouteilles de vin, et se ramassent plus souvent qu’autrement à la poubelle. Le cas du vin est bien particulier; comme il est en vitre, il pourrait être traité avec d’autres contenants de vitre. Le problème est que la vitre a un prix différent selon la couleur du concassé qu’elle donne à l’usine de recyclage. Ainsi, si vous avez de la vitre concassée incolore, vous pouvez la vendre à un bon prix à la tonne. Par contre, de la vitre concassée de couleur, comme la majorité des bouteilles de vin, ça ne vaut que dalle…

Installer des conteneurs pour les collectes sélectives
Les vêtements, les batteries, les cartouches d’encre vides et plusieurs autres produits sont récupérables, voire réutilisables. Il serait même dangereux de jetter certains d’entre eux à la poubelle. Plusieurs municipalités offrent des conteneurs à cet effet. La compagnie Novartis, appuyée par Envirocom, va d’ailleurs poser de nouveaux bacs dans la MRC du Bas-Richelieu et en Estrie, pour collecter ce genre d’objets.

Informer les gens
Allant des risques des RDD pour la contamination des sites jusqu’au recyclage, en passant par les méthodes de compostage, l’éducation contribue toujours à réduire l’ampleur d’un problème. Le manque d’information est souvent la source d’un mauvais comportement.

Utiliser les biogaz pour produire de l’électricité
Il semblerait qu’il soit possible, à partir de la combustion de biogaz (le méthane est le principal composant du gaz naturel), de produire de l’électricité par énergie thermique.

Faire attention à l’emballage
L’emballage peut, dans les cas extrêmes, représenter en poids net le 2/3 du produit que vous achetez. Essayez de prendre des produits moins emballés, car lorsque vous l’achetez, vous achetez aussi cet emballage. Mais plus souvent qu’autrement, il se ramasse à la poubelle.

Pour le citoyen moyen: suive les 3R-V
On les connait pas mal… Mais il fallait bien que je les donne.
Réduire – sa consommation de déchets
Réutiliser – ce qui peut encore servir
Recycler – ce qui ne sert plus
Valoriser – trouver une seconde utilité à un produit

Oui, ces actions demandent parfois de l’argent, mais en réduisant notre « production » de déchets, nous paierons moins en décontamination des sites d’enfouissement. Au total, nous réduirions de 20 à 70% nos déchets, avec de telles mesures et selon l’importance que nous y donnons.

Pour finir, la gestion des déchets au Québec est souvent négligée, et il faut avouer qu’il est souvent tabou de parler de ce dont on veut se débarasser. Par contre, il peut être payant pour notre santé et à long terme, nos finances, de s’y attarder un petit peu plus.

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2 réflexions sur “Aux ordures!

  1. Très zintéressant cet article ! Il m’interpelle car je vis à côté du plus gros dépotoir du Québec (Terrebonne-Lachenaie ou « BFI Land » à l’est de Montréal).
    Les politiques sont difficiles à bouger mais à force de voir les citoyens se révolter contre leur inaction, ils vont finir par se bouger la fesse droite un jour.

    Bref, ça fait plaisir de voir que d’autres se sentent concerné par ce problème 🙂

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