Environnement (archives)

Énergies, Partie 5B: Le pétrole – Pour une hausse des tarifs


M. Béchard a récemment fait une 3e sortie en quelques mois contre le prix de l’essence et sa hausse inhabituelle, demandant aux entreprises des explications. Ne faisant rien, certains blogueurs, dont le blogue d’un Homme en colère, ont protesté contre cette action, car le ministre des ressources naturelles semble, par cet appel, vouloir obtenir des votes plutôt que des résultats. Je ne nie pas cela, au contraire; la sortie de M. Béchard parle d’elle-même, et c’est la seule chose qu’il en obtiendra: des votes, et aucun résultat.

Par contre, là où je ne suis pas d’accord avec M. Béchard est dans sa volonté de vouloir des résultats. Son but est de garder le prix de l’essence à un prix bas, et donc de ne pas diminuer notre consommation d’essence. L’ancien ministre de l’environnement sait-il que pourtant, notre consommation de carburant augmente de 2% par année? Cela signifie que depuis 1990, soit l’année de base à laquelle nous devons nous référer pour diminuer de 6% nos émissions de GES causés par le transport d’environ 37%? Quand le transport est notre principal émetteur de GES, l’application du protocole de Kyoto passe donc par une diminution, et non une hausse, de la pollution en transport. Pour cela, il faut diminuer notre consommation d’essence, et l’expérience semble démontrer que cela n’est pas possible sans une hausse des tarifs.

Le rapport Hirsch
Cité dans mon message sur le pic de Hubbert, le rapport Hirsch affirme qu’il faudrait prévoir 10 ans avant l’arrivée du pic des moyens de diminuer notre dépendance au pétrole. En faisant fi de l’environnement, ne rien faire et croire que le marché serait suffisant pour changer cette situation plongerait le monde dans un « déficit pétrolier qui durerait 20 ans ». Cela signifierait que pendant 20 ans, notre demande en pétrole serait inférieure à la capacité d’extraction. Qui aura droit à ce pétrole, et qu’en fera-t-on? En vrai, ne le cachons pas, les prix vont augmenter, et certains pays risquent de faire la guerre à l’approvisionnement, comme cela se fait déjà un peu, par les conflits au Moyen Orient.

Donc, qu’on le veuille ou non, le prix du pétrole VA augmenter. Si nous ne nous y préparons pas à l’avance, au moins 10 ans à l’avance (le pic est possiblement autour de 2010, mais peu de sources fiables croient qu’il arrivera après 2020), nous devrons en subir les conséquences. Parmi ces mesures, nous devons nous assurer que d’autres alternatives deviennent plus rentables. Cela passe par deux méthodes: augmenter la taxe sur le pétrole ou augmenter les investissements dans les autres alternatives. En vérité, le meilleur choix serait probablement d’augmenter la taxe sur le pétrole pour investir dans les autres alternatives.

Le coût réel du pétrole
Je vais citer ici le démocrate Tom Udall, représentant d’une circonscription au Nouveau-Mexique et membre du U.S. House Peak Oil Caucus:

« The current price of oil does not include the full cost of road maintenance, health and environmental costs attributed to air pollution, the financial risks of global warming from increasing carbon dioxide emissions or the threats to national security from importing oil. Because the price of oil is artificially low, significant private investment in alternative technologies that provide a long-term payback does not exist. Until oil and its alternatives compete in a fair market, new technologies will not thrive. »

Le problème, selon Tom Udall, n’est pas dans le marché, mais dans le fait qu’on ne paie pas le pétrole à son coût réel. En effet, le smog urbain tue 16 000 personnes chaque année au Canada. Les accidents de la route tuent 650 personnes au Québec et en blessent d’autres. Nos routes doivent être entretenues pour y laisser circuler librement nos 10-roues. Il ne paie pas la purification de l’air ou la lutte aux changements climatiques, alors qu’il en est la principale cause. Inclure ces coûts dans le prix du pétrole, c’est ce qui manque. Et c’est aussi ce qui coûte le plus cher dans le pétrole. Cet argument est aussi partagé par Alain Grandjean, qui préside la société « Capitalisme durable » en France.

L’économiste, en prenant une analyse plus écologique, compare les entreprises pétrolières à une usine de pâtes et papiers qui jette ses déchets dans une rivière, sans en payer l’assainissement. Une telle situation serait inacceptable, mais il est acceptable de ne pas payer le pétrole au prix de sa production, mais aussi, et disons-le, SURTOUT (car c’est ce qui coûte le plus cher avec le pétrole) par les conséquences inhérentes à sa consommation. Donc, tant que les conséquences du pétrole ne seront pas prises en compte dans le prix, le prix sera plus bas que ses alternatives, même si le coût réel que nous payons est supérieur.

Se préparer au pic de Hubbert
Encore selon le rapport Hirsch, le pic de Hubbert sera atteint de façon abrupte, rapide et imprévue. On ne le verra pas venir, mais on sait qu’il s’en vient. Cela sonne un peu épeurant? Pas tant que cela, si on y prend les bonnes mesures. Cela signifie que le marché ne pourra pas prévoir le moment où le prix du pétrole va grimper, mais il va grimper pour de vrai. Pour cela, il faut être prêt à payer notre pétrole plus cher. Si nous restons artificiellement habitués à un prix du pétrole extrêmement bas, nous ne pourrons pas nous habituer à un moment où cette ressource deviendra trop rare pour combler tous ces « besoins » que nous nous sommes créés. Et là, je ne parle pas encore d’environnement, je parle d’économie de base.

Passer progressivement à un prix de 2,15$/l est plus facile que de passer en quelques mois du prix de 1,15$/l à 2,15$/l. C’est aussi la conclusion que tire le rapport Hirsch, indirectement.

Pour l’environnement
Il faut bien en parler, les conséquences environnementales sont énormes dans l’utilisation de la voiture, notamment au niveau des gaz à effet de serre. Nous ne nous posons plus la question « Comment éviter la crise? », mais bien « Comment atténuer les effets de la crise? » 5 degrés nous séparent de la dernière ère glacière, dans la moyenne de température de la planète. Le GIEC prévoit une hausse de 3 à 5 degrés d’ici la fin du XXIe siècle. Cette température qui a pris des dizaines de milliers d’années à grimper de 5 degrés, nous pourrions le faire en à peine un siècle. De plus, comme le dioxyde de carbone est un composant volatile, on ne s’en débarasse pas facilement. Le réchauffement planétaire pourrait même retirer des océans une quantité importante de dioxyde de carbone retenue dans l’eau. On remarque aussi qu’à une température trop élevée, les arbres produisent moins d’oxygènes, et ceux qui vantent la purification de l’herbe par l’arbre devraient savoir que passé un seuil de température, ceux-ci relâchent… du dioxyde de carbone. Nos émissions de GES ne sont donc qu’un catalyseur, qui fera émettre encore plus de gaz à effet de serre. C’est pourquoi les scientifiques savent que la crise ne peut être réglée; elle va arriver, mais on peut en atténuer les effets.

Il est donc légitime de dire que notre consommation d’essence est une grande cause de cet effet de serre. Pour respecter nos engagements du protocole de Kyoto, que tous les scientifiques savent insuffisants, mais voient comme un départ, il est ridicule de ne pas vouloir couper dans la consommation d’essence. Pourtant, celle-ci a augmenté de 37%… Douteux, n’est-ce pas? Aurions-nous là une partie de la réponse qui explique pourquoi nos engagements du protocole sont irréalisables?

Pour une taxation sur l’essence
Il y a deux problèmes, peu liés, dans le coût de l’essence, à mon avis: son irrégularité et son tarif trop bas qui ne tient pas compte des conséquences pour le déterminer, mais seulement du coût d’extraction d’une ressource non-renouvelable.

Le tarif se règle de façon simple à mon avis: il faut hausser les taxes sur le pétrole. Que le prix monte de 1,12$/l actuellement de 0,10$/l est une mesure raisonnable, qui nous forcera lentement à arriver au coût réel du pétrole. Les économistes disent qu’une hausse de 25% du prix du pétrole diminue la consommation du pays de 1%. En effet, les cours du pétrole ne sont pas très élastiques, contrairement à ceux du caoutchouc. Par contre, cela rendra les alternatives plus rentables et forcerait les gens, et donc les constructeurs automobiles, à se trouver des solutions.

Le règlement de l’irrégularité aurait un autre avantage. En effectuant une taxe irrégulière, il serait possible à la limite de payer un prix 100% stable. Avec une entente avec les pétrolières, il serait possible de rendre irrégulière les redevances de la taxe, et non le prix du consommateur. En gros, si le prix réel du pétrole passait de 1,15 à 1,20 parce qu’un type en Arabie Saoudite a attrapé la gastro-entérite et que Hugo Chavez a été réélu et qu’il fait faire des cauchemars aux petits enfants américains, vous paieriez toujours le prix de 1,22$/l à la pompe. Par contre, la taxe reçue au gouvernement serait de 0,02$ au lieu de 0,07$, le temps que les choses se placent. Ainsi, en haussant le prix du pétrole et en mettant une taxe flottante, il serait possible de stabiliser le prix du pétrole. Bien sur, il faut être prudent en jouant avec ce cour pétrolier…

Quoi faire avec les sous?
Bien sur, une redevance au litre rapporterait pas mal d’argent. Pour chaque litre de pétrole consommé au Québec, on recevrait des redevances qui augmenteraient d’année en année, avec la hausse de notre prix du pétrole supérieur à l’inflation. L’investissement, clairement, devrait aller dans des façons pour nos concitoyens de réduire leur consommation pétrole, et donc réduire leur facture.

Le développement d’un réseau feroviaire serait la première alternative. Un camion consomme 10 fois plus de pétrole qu’un train. Bien sur, comme le Québec est un territoire très grand, le train doit être utilisé AVEC le camion, et non seul. Mais on peut diminuer plusieurs trajets avec le développement d’un réseau feroviaire.

Le développement du transport interurbain réduirait les plus coûteux (et les plus longs) déplacements. Très déficient au Québec, le transport entre les villes nécessiterait une cure pour redevenir une alternative efficace. Avec une taxe sur le pétrole, on arriverait à le rentabiliser, à bien l’utiliser et avoir plus de 2 ou 3 départs par jour.

Le développement du transport urbain pour aller au travail est déjà un enjeu. Il est impossible, dans les banlieues, de fournir un trajet d’autobus à 100m de chez vous qui vous déposera à 100m de votre lieu de travail, mais il est possible d’offrir des stationnements incitatifs à des lieux clés et d’assurer un meilleur réseau de train de banlieue. Actuellement, on affirme qu’à chaque fois qu’on a agrandi les stationnements incitatifs autour de Montréal, ceux-ci se sont remplis en moins de deux. Les gens sont prêts à faire ce genre d’actions; mais financièrement et au niveau de l’efficacité actuelle, le service offert est jugé insuffisant.

Conclusion: une taxe pour subventionner le remplacement?
C’est ironique que l’on propose de mettre une taxe sur le pétrole pour offrir des alternatives au pétrole. Mais cela est du par la prémice suivante: le prix du pétrole actuel n’est pas son coût réel, mais le prix de sa production seule, et non son impact sur l’investissement en santé, dans l’état des routes et dans l’environnement (ministère sous-financé comme il n’y en a pas un). Ce qui est proposé n’est pas une hausse pour rien; c’est une hausse pour revenir au prix juste, au prix réel, du pétrole.

Pour finir, le prix actuel n’est pas le prix réel. Il freine les autres alternatives qui pourraient être développées. Son marché ne tient pas compte de son effondrement futur, car ils ne peuvent pas le prévoir avec précision. Donc, pour remédier à cela, il faut être capable d’offrir à ce marché la place qu’il mérite en lui retirant la portion qu’il ne mérite pas.

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