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Le Slow Food: contre la restauration de masse


Plusieurs ont sûrement déjà entendu le terme Slow Food, mais pour la majorité, ça c’est arrêté là. On sait, uniquement par le nom, que ce mouvement s’oppose idéologiquement aux chaînes de restauration rapide, mais qu’en est-il de plus?

Le Slow Food a été lancé en 1986, en Italie. Plusieurs le considèrent comme la branche culinaire de l’altermondialisme. Dans le monde entier, le mouvement compte environ 80 000 membres, séparés dans une centaine de pays. Ce nombre, bien que très modeste, a part contre une organisation très très fiable; il y a un organisme de Slow Food représentant le Canada, un pour le Québec, certains pour les grandes villes (Calgary, Vancouver, Toronto, etc.) et plusieurs branches dans d’autres pays, toutes reliées à Slow Food International. L’organisation est tout aussi exemplaire dans plusieurs autres pays.

Ce mouvement lutte contre l’industrie de l’agriculture et le fast-food, car elle estime que ceux-ci standardisent et uniformisent nos goûts. En effet, si l’on va faire notre épicerie dans un super-marché de Montréal, Québec, Chicoutimi ou San Francisco, on sera surpris du nombre d’articles semblables; certains auront même la même marque.

Au-delà de l’épicerie, on verra le pire dans les chaînes de restauration rapide. La franchise uniformise les stratégies de gestion, de marketing et, jusqu’à un certain point, uniformise le menu. Un Big Mac à Paris ressemblera au Big Mac de Shanghaï et à celui de Washington. Les fast-food changent nos façons de manger et l’uniformisent.

Pour s’opposer à cette uniformisation, le mouvement Slow Food promeut la diversité culinaire en encourageant à consommer la gastronomie locale. On prétendra peut-être que la gastronomie Québécoise est moche, mais cela n’est qu’à moitié vrai; nos fromages, cidres et notre hydromel ont gagné, dans les dernières années, des prix internationnaux. Plusieurs groupes, comme certains monastères (à Oka et Saint-Benoît-du-Lac, par exemple), offrent d’excellents produits artisanaux. Il est dommage que l’on en trouve si peu dans nos tablettes d’épicerie. Et qui parmi vous serait assez barbare pour cracher sur la terrine de canard ou de sanglier du Québec? Notre culture culinaire existe; elle est inspirée de la France et des États-Unis, elle est très méconnue, mais elle n’est pas inexistante.

Il est aussi intéressant de consommer de la nourriture indigène, selon Slow Food International. Une espèce indigène, c’est une variété de plante ou un animal dont l’évolution s’est faite localement. Par exemple, il existe plusieurs variétés de fraises, de framboises, de maïs, de bleuets, etc. Lorsque Charles Darwin a publié son livre Sur l’origine des espèces, où il parle de la sélection naturelle, il appuyait sa théorie sur l’observation de plusieurs oiseaux des îles Galapagos, certains de la même espèce, mais aux caractéristiques différentes et adaptées à leur milieu respectif. Avec le temps, les oiseaux s’étaient, par exemple, adaptés au type de nourriture disponible dans leur milieu.

Il en va de même pour les autres espèces animales et végétales. En temps normal, une espèce d’arbre fruitier qui pousse dans le même sol acide depuis quelques siècles sera mieux adapté au climat, au type de sol et à ses nutriments disponibles, à son apport habituel en eau et mêmes aux vermines de la région. Ses fruits auront donc un goût particulier, différent du même arbre fruitier, mais qui a poussé dans une région aux conditions différentes. Malheureusement, en ce moment, cette diversité d’espèces a été amputée par d’autres besoins. Par sélection artificielle, on diminue le nombre de types de graines disponibles aux agriculteurs, pour choisir des espèces dont les fruits pouriront moins vite, survivront mieux au transport, quitte à employer plus d’engrais qu’il n’en faudrait pour une espèce indigène. Ainsi, votre Big Mac a été fait relativement avec le même type de boeuf, de laitue, de céréale (pour le pain et le sésame par-dessus), de cornichon, de tomates et d’oignons que celui commandé par un Californien. Il y a fort à parier que vos frites ont été faites avec la même variété de pommes de terre, même.

Au total, l’organisation Slow Food International affirme que depuis 1900, on a perdu 75% de la diversité agriculturelle en Europe, et 93% en Amérique. 33% des variétés d’élevage sont aussi disparus, ainsi que 30 000 sortes de légumes cultivés. Ces chiffres continuent encore à s’accroître.

Un exemple de fruit qui a failli disparaître est le melon de Montréal (Montreal market muskmelon). Ce melon sucré extrêmement gros et à chair verte s’apparente plus ou moins au melon miel.


Ce melon peut atteindre un poids de 15 lbs et est adapté pour le sol des basses-terres du Saint-Laurent, mais plus particulièrement pour la région de Montréal et des environs. Il a été importé de France au XVIIe siècle (ce qui fait probablement de lui une des premières plantes importées en Nouvelle-France). Au début du XXe siècle, on le cultivait au pied du Mont-Royal. Ce melon était un des aliments préférés du roi Édouard VII d’Angleterre, et s’exportait jusqu’à New York et Boston (un rare exploit à l’époque). Son prix (25 à 35$ la douzaine à l’époque) en faisait un aliment de luxe.

Par contre, ce melon est mal adapté à une culture industrielle, car il demande une attention particulière et journalière. Il est aussi difficile à transporter (imaginez un camion rempli de trucs ronds, très fragiles et pesant environ 12 lbs chacun… trouvez un moyen de les livrer en un seul morceau!) et ne s’adapte pas facilement à la culture dans d’autres régions. Résultat: en 1954, plus aucun fournisseur de semances ne fournissait de graines de melons de Montréal. Plus tard, le US Department of Agriculture retrouva en Iowa des graines de ce melon, et on recommence lentement à en planter dans cet état et ici, dans les fermes biologiques et des jardins communautaires bien précis, comme le Cantaloup Garden du quartier Notre-Dame-de-Grâce à Montréal. Heureusement pour notre patrimoine culinaire et gastronomique, le melon de Montréal commence à renaître, même si ce n’est pas le cas de toutes les espèces que nous avons perdues. Vous remarquerez aussi que vous ne retrouverez plus jamais de votre vivant ce fruit, même s’il est produit près de chez vous, dans les rayons d’épicerie…

Le melon de Montréal est une espèce indigène qui a contribué à notre diversité gastronomique et qui différenciait notre alimentation et notre cuisine des autres. Quand on dit que la gastronomie Québécoise est presque inexistante… à qui la faute! Cette diversité culinaire est une richesse. L’uniformité de l’alimentation, par la culture du fast-food, des chaînes d’épicerie dépendantes les unes des autres et le climat de mondialisation, où l’argent surpasse le bon goût (dans plusieurs sens) dans l’alimentation, nuit à notre diversité et à notre patrimoine gastronomique. Apprenez à consacrer quelques repas, dans votre semaine ou dans votre mois, à une gastronomie locale, proche de la vôtre et de vos racines.

Liens:
(Je vais essayer d’adopter une nouvelle façon de faire mes liens, et de les travailler un peu plus. Afin de vous inciter à lire certaines sources, je vais mettre en gras celles que je considère les plus intéressantes. Mais maintenant, de retour à l’article ^^.)

Slow Food:

International:
http://www.slowfood.com/

Canada:
http://slowfood.ca/

Québec:
http://www.slowfoodquebec.com/

Wikipedia:
http://en.wikipedia.org/wiki/Slow_Food

Passeport santé:
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/DossierComplexe.aspx?doc=slow_food_do

Melon de Montréal:
http://www.vehiculepress.com/montreal/urban_melon.html
http://www.jardinpotager.com/semencesdumelondemontreal.htm
http://www.travellady.com/Issues/Issue61/montrealmelon.htm

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Une réflexion sur “Le Slow Food: contre la restauration de masse

  1. C’est le jeu du capitalisme. Uniformisé nos habitudes de consommation jusqu’à notre assiette. On nous vend ces produits alimentaires gonflés aux hormones et additifs chimiques et on se surprend par après de l’augmentation des cas de cancer et d’obésité morbide.

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