Société (archives)

IEDM et soins de santé


Connaissez-vous l’IEDM? Les blogueurs en parlent de plus en plus. L’Institut économique de Montréal est un think-tank (boîte à penser) qui effectue et publie des recherches qui ont pour but de favoriser la création de richesse.

Ce billet profite un peu de l’actualité… soit la publication du rapport Castonguay et de la place de plus en plus grande prise par ce groupe sur la scène politique et médiatique. Nous sommes de plus en plus exposés aux positions et suggestions de l’IEDM, et de moins en moins à d’autres groupes.

L’exemple le plus flagrant est celui de Mme Elgrably au journal de Montréal, ainsi que de sa chronique d’opinion sous-développée. L’IEDM donne aussi des conseils à plusieurs élus et dévoile parfois ses études en commission. Récemment, elle a lancé 11 idées (certaines bonnes, d’autres très très louches) étranges.

Le gros problème que j’ai avec l’IEDM est le fait qu’ils soient biaisés, et n’osent pas l’affirmer. La chaire d’études socio-économiques de l’UQAM (de M. Lauzon) affiche clairement sa position, que ses idées ont pour but de favoriser le bien-être des gens. Le gros défaut de l’IEDM est que l’on commence à vouloir la présenter comme une source neutre, sans intérêt partisan (alors que ses études sont financées par plusieurs entreprises, qu’elle promeut l’assurance-santé privée alors que plusieurs de ses membres sont des acteurs influents du domaine, etc.). Un moyen facile pour une entreprise de faire publier un rapport favorable à sa situation en donnant une impression d’impartialité, quoi.

Voilà un de ces arguments dans une étude sur le programme de gestion de l’offre (les quotas de lait) sur l’industrie laitière au Québec, datant de février 2005. Veuillez noter qu’en février 2005, le prix du lait venait d’augmenter, mesure très impopulaire. L’IEDM a utilisé ce que l’on appelle la « shock doctrine » (pour reprendre le nom du livre de Naomi Klein) pour, dans une période où le consommateur se trouve temporairement défavoriser, tenter de lui vendre sa salade.
http://www.iedm.org/uploaded/pdf/fev05_fr.pdf

Voilà la réponse de la fédération des producteurs de lait:
agrecon.mcgill.ca/courses/430/doc/reponse.doc

La conclusion de la fédération est extrêmement agressive envers l’IEDM, d’ailleurs:

Seuls les économistes néo-libéraux tels ceux de l’IEDM croient encore que la main invisible du libre marché convient au secteur agricole. Les faits démontrent le contraire. La transmission au détail des économies réalisées sur le dos des producteurs par les intermédiaires ne se réalise pas. Les transformateurs et les distributeurs augmentent leurs marges plutôt que de réduire les prix.

Devant cette charge non fondée, qui ne résiste pas à l’analyse, on peut se demander en toute légitimité quels intérêts sert l’Institut économique de Montréal en s’attaquant à la gestion de l’offre, un modèle de mise en marché qui a fait la preuve qu’il profite autant aux producteurs, qu’aux consommateurs et à l’ensemble de la société?

Selon l’IEDM, la gestion de l’offre coûterait aux contribuables canadiens 2,7 milliards dollars en « impôts ». Il faut savoir que cela fait 87$ par personne vivant sur le sol Canadien. Comme nous consommons en moyenne 84 litres par an, il faudrait que l’on paie notre lait 1.03$/L de plus. Cela est du au fait que la gestion de l’offre laitière implique que les agriculteurs laitiers n’ont pas droit à aucun financement agricole, et que le seul financement qu’on leur offre vient du prix du lait. Pour ceux qui le savent en faisant leur épicerie, le lait revient environ à moins de 1.50$/L, au maximum. Et l’on n’a pas entendu parler de pays dans le monde où le litre de lait se vend à moins de 50 cents canadiens. Aux États-Unis, où les producteurs laitiers reçoivent de très grande subventions agricoles, le prix revient à peu près au même (sauf qu’il fluctue beaucoup, vu les règles du marché, que les vaches sont traitées avec des hormones de Monsanto pour favoriser leur productivité – ce qui est illégal au Canada, suite à des études prouvant que cela pourrait comporter des risques de santé humaine). Le prix du lait à Paris revient à 1$/L, et dans les grandes villes, seul le Caire et New Dehli ont un prix au litre du lait pouvant aller à 0.50 cents.
Notre prix du lait finance effectivement nos agriculteurs et fait que l’on exige des standards de qualité supérieurs aux pays ci-haut. Cela fait aussi que nous ne finançons pas, par nos impôts, le prix du lait, contrairement à l’UE et aux États-Unis.

Mais maintenant, pour en revenir aux soins de santé, l’IEDM a choisi de présenter en consultation, il y a quelques années, des solutions au système. Favoriser les assurances et la présence du privé dans le système était bien entendu une priorité. M. Couillard, qui est selon moi un des meilleurs ministres de la santé (et experts dans le domaine) que le Québec connaisse, rebiffait du revers de la main l’étude de l’IEDM. Chez les représentants de l’Assemblée Nationale, l’on retourne du revers de la main ces propositions partisanes.

http://www.youtube.com/watch?v=EtS__DujANA

Voilà un vidéo des alarmistes (P.S. Je déteste leur présentation, mais le contenu est bon).

Suite à la publication du rapport Castonguay, je vais donner mon opinion sur le système de santé. La problématique du problème de santé n’est pas, en ce moment, dans les coûts, mais dans la disponibilité du service. Des études prouvent que le système américain est moins efficace et plus coûteux que le nôtre, mais que nous faisons très très pâle figure face aux pays Européens. Notre gros problème depuis 10 ans est la pénurie de main d’oeuvre. Et malgré cela, les médecins et infirmiers font des miracles au Québec chaque jour, vu leur charge actuelle et le personnel disponible. Toute proposition qui ne favorisera pas d’abord l’embauche de médecins et de personnel de la santé est donc, en ce moment, accessoire. Le débat public/privé est accessoire, la question d’assurances-santé privées est accessoire, TANT QU’IL NE S’ATTAQUE PAS AU PROBLÈME CLÉ À RÉGLER EN TOUT PREMIER LIEU. Personnellement, je ne crois pas que de favoriser un système plus ouvert vers l’entreprise favoriserait de former plus de médecins. La formation de médecins, la formation d’infirmières spécialisées capables de poser certaines actions et la valorisation des emplois dans le domaine de la santé chez les jeunes sont les trois meilleures méthodes à ce niveau. Et c’est ce que le gouvernement actuel fait.

Une fois ce problème clé réglé, nous devrions voir ensuite si un système plus axé vers le privé est préférable aux Québécois. Pas avant! En ce moment, nous voyons que le système privé est plus coûteux et que le personnel infirmier y fait moins d’heures et a un salaire horaire plus intéressant. Au nom de la productivité, on devrait inciter le personnel infirmier à faire moins d’heures et les payer plus cher en échange? Je ne crois pas que cela réglera le problème.

J’aime la voix de M. Venne dans le rapport Castonguay. N’oublions pas que M. Castonguay a été ouvertement critiqué par plusieurs pour sa volonté dès le départ d’effectuer un rapport favorisant le privé et que la seconde vice-présidente, Joanne Marcotte, avance dans son résumé de rapport des trucs qui sont totalement déconnectés de la situation Québécoise (comme quoi les employés travailleraient plus d’heures et que cela nous reviendrait moins cher s’ils travaillaient au privé, ce que les constatations au Québec contredisent). N’oublions pas non plus que Mme Marcotte est co-auteure de l’Illusion Tranquille, et qu’il y a donc, dès le départ, une certaine prise de position. M. Venne, par contre, tente de rappeler que la priorité actuelle doit aller au secteur publique et que l’universalité des soins de santé est prioritaire. Je ne crois pas que personne ici ne souhaite que certains n’aient plus accès à des soins de santé, mais que l’on veuille en rehausser la qualité, ce qui est louable. Et pour cela, je ne crois pas que nous ayons besoin de l’entreprise privée.

Il est vrai que notre système de santé est lourd. Les quotas d’opération pour certains chirurgiens sont contraignants et augmentent les délais d’attente, par exemple. Ces problématiques ne résultent pas du fait que le système de soins de santé soit public, mais bien purement et simplement que cette limitation est lourde. En l’assouplissant (et je m’avance dans un territoire inconnu en disant cela, et plusieurs facteurs seraient à tenir en compte), les délais de chirurgie seraient plus courts. Le problème est donc parfois dans la lourdeur de l’appareil gouvernemental, plutôt que dans le fait que l’institution ne soit publique.

Mais bon… Je parie que d’ici quelques jours, un membre de la « boîte à idée » économique de Montréal va venir vous dire le contraire, que le privé coûte moins cher à votre poche, comme elle l’a fait dans le passé, en profitant d’une controverse pour publier son étude qui raconte la moitié la plus ennuyeuse d’une histoire. Il est facile de profiter des préjugés de la population.

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4 réflexions sur “IEDM et soins de santé

  1. Je me disais que je m’étais trompé quelque part en fouillant dans les autres blogues pour tirer le nom de M. Venne, car google ne me donnait pas d’informations. Merci du tuyau, je le change ti suite.

  2. Excellent billet! T’as vu le président de l’IEDM à « Y va y’avoir du sport » vendredi dernier? Faible argumentaire… Il était tellement fier de lui-même lorsqu’il a lancé: « qu’on laisse la place au privé, qu’il y ait une compétition entre le privé et le public et que le meilleur gange! ».

    Incroyable ce mec. Amir Khadir, un peu mieux préparé que la dernière fois et portant la cravate (…), n’en a fait qu’une bouchée.

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