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La montée des prix de la nourriture


Au courant des dernières semaines, nous avons vu beaucoup de nouvelles au sujet de la flambée des marchés spéculatifs sur la nourriture, et surtout dans le domaine des céréales. La FAO (Food and Agriculture Organisation – division de l’ONU qui étudie la nourriture) affirme que le prix du riz avait déjà augmenté de 20% de janvier à avril en 2008. En un an, certains riz ont augmenté de prix de presque 70%, comparé aux standards de 2007. Du à ce phénomène, plusieurs pays, notons par exemple Haïti, les Indes et les Philipines, ont connu de graves ennuis.

J’ai entendu plusieurs journalistes nous lancer qu’un des principaux enjeux était la course aux biocarburants. Effectivement, de plus en plus de terres agricoles sont converties à la production d’éthanol, comme en Iowa ou au Québec, avec l’ouverture de l’usine d’Ethanol Greenfield (ce qui n’est pas trop important, car elle utilise des surplus alimentaires de maïs produit au Québec). Il paraîtrait que cela augmente de beaucoup le prix des céréales. J’aimerais donc que l’on m’explique pourquoi, des 3 céréales de base (riz, blé et maïs), le maïs est celui qui a connu la hausse de prix la plus basse, alors que ce devrait être logiquement celui qui connaîtrait, dans ces conditions, la hausse la plus haute.

Une seconde explication importante à demander: le riz est une culture qui a besoin de conditions de sols bien particulières, si bien que des terres à riz (car le riz n’est pas toujours cultivé dans les classiques rizières auxquelles l’on pense) ne peuvent être converties facilement en sources produisant de l’éthanol. Si cela est bien le cas, comment se fait-il que le prix du riz ait augmenté bien plus que celui du maïs (74% en un an comparativement à 38%)?

La réponse à ces questions est bien simple: la production de l’éthanol est une cause de cette hausse de prix de la nourriture, mais n’en est pas la seule cause, ni même une cause relativement importante. En 2007, alors que les prix avaient augmenté de 4%,  on avait imputé de 0.2 à 0.3% de hausse à l’emploi de biocarburants (maintenant appelés « agrocarburants », mais ils demeurent toujours aussi biologiques qu’avant). Pour le mettre en contexte, de cette hausse de 4%, de 0.8% à 1% de cette hausse était causée par la hausse du prix de l’essence. Dans une économie mondialisée, le coût du transport a un effet sur la valeur de la nourriture, si bien que je crois que la hausse du prix du pétrole est un facteur bien plus important que l’emploi de l’éthanol. Le prix du pétrole influence le transport, mais peut aussi avoir un effet sur le prix du gaz naturel, qui est utilisé pour enrichir les sols. Un autre facteur d’influence est dans le manque de riz. On sait que la demande est très élevée, et ce manque contribue à en augmenter le prix de l’offre. De rares compagnies malhonnêtes se sont même mises à entreposer du riz dans des lieux secrets, afin de diminuer cette offre et d’augmenter le prix du riz sur le marché. Cette action est, bien entendu, illégale.

Un autre point d’importance dans cette hausse des prix est de l’importance des produits. Par exemple, nous savons que le riz est la base de l’alimentation de la majorité des gens dans les pays du Tiers-Monde. Le blé en est un autre, mais est réservé habituellement aux pays du Nord. Ainsi, la hausse des prix du riz est bien plus importante que les autres produits, d’un point de vue humanitaire. Et l’éthanol n’est pas responsable de la hausse du prix du riz.

La FAO, quant à elle, voit dans la hausse de la productivité la solution. Elle invite aussi les gouvernements à limiter au minimum les ententes pouvant nuire à l’exportation, en renforçant les crédits aux agriculteurs et en investissant aussi dans le contrôle et la transformation des produits agricoles en nourriture (la conservation de nourriture sur de longues durées de temps est, par exemple, un enjeu majeur dans plusieurs pays et peut résulter dans la perte nette de 30% de la nourriture). 

Je vous montre un vidéo monté par la BBC sur le Ghanna, qui cherche des manières d’améliorer ses rendements de production de riz. Pour cela, les agronomes font confiance en la création d’hybrides mieux adaptés à leur climat.

http://news.bbc.co.uk/1/hi/business/7342318.stm

Donc, pour mieux comprendre cette crise alimentaire, il faut en connaître les acteurs et les solutions. J’ajouterai toutefois un bon bémol sur l’éthanol: même si ce n’est pas un enjeu important de la crise alimentaire, cela ne signifie pas que l’éthanol est libre de problèmes. Il utilise des terres qui pourraient servir à faire pousser des fruits ou des légumes, par exemple. L’utilisation de terres agricoles et d’engrais chimiques du à l’apauvrissement des sols est donc un fléau environnemental causé par la production de ce biocarburant. Mais l’éthanol que nous connaissons actuellement est un éthanol de première génération et inefficace. Son rendement d’énergie montre que pour chaque unité d’énergie investie dans son procédé, l’éthanol de maïs produit 1.1 unités d’énergie. Au Brésil, où la technologie est plus avancée, c’est environ 2 unités. Un puit de pétrole classique ayant encore des bonnes réserves (ce qui n’est pas le cas, par exemple, des sables bitumineux) aurait un rendement de 3.5, à titre comparatif. Par contre, nous n’utilisons en ce moment que le glucose de ces produits. Le glucose est un sucre complexe, et des recherches se font pour emloyer la cellulose des plantes pour produire de l’éthanol. La cellulose est beaucoup plus présente, allant jusqu’à composer 40 à 50% de la structure des arbres. Des recherches se font aussi pour trouver de meilleures alternatives au maïs. Le Brésil, par exemple, emploie surtout la canne à sucre, et le Canada fait de la recherche sur le « switchgrass », une plante plus résistante pour le maïs, qui apauvrit le sol moins rapidement et pousse plus vite, ce qui lui permettrait d’être récolté plus souvent dans l’année.

Sources:

La BBC – facts and figures

La FAO: FAO expects rice production to rise by 1.8 percent in 2008

La FAO: Poorest countries’ cereal bill continues to soar, governments try to limit impact

TreeHugger: Biodisel Myth (or Fact) #23: Biodiesel is Rising Food Prices

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