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Des projets de société rassembleurs


Alexis St-Gelais demande aux blogueurs politiques de proposer des projets de société pour les Québécois. Cette question est fort difficile, car sur la quasi-totalité des enjeux, le Québec est divisé. Il y a toujours deux camps qui s’opposent dans la majorité des enjeux, mais cela n’a jamais empêché les projets comme le complexe LG.

Tout d’abord, il faut savoir les valeurs des Québécois. En ce moment, il est important de comprendre quelles sont les valeurs des Québécois, pour créer un projet de société vraiment rassembleur.

Les Québécois sont pour le développement durable. Cela signifie qu’un projet rassembleur doit respecter trois critères:

-Il doit être économiquement rentable (rapporter de l’argent)

-Il doit avoir une perspective sociale (création d’emplois, améliorer la qualité de vie des gens, répondre à un besoin)

-Il doit être respectueux de l’environnement (empreinte écologique minimisée, emploi rigoureux des ressources naturelles)

J’ajouterais à ces trois critères un dernier: les Québécois veulent d’un projet innovateur, mais qui aurait prouvé son efficacité. Voilà donc quelques propositions. J’expliquerai un peu d’où elles viennent, mais bon…

Que le Québec devienne le plus grand exportateur d’énergie en Amérique

Non seulement avons-nous le plus grand potentiel éolien et hydroélectrique  en Amérique du Nord, mais nous avons aussi accès à des sources d’électricité extrêmement économiques. En effet, les prix de l’électricité au Québec sont tellement bas que des gens s’en plaignent, affirmant que cela nuit à nos efforts pour favoriser l’efficacité énergétique. Cela nous a par contre attiré des entreprises extrêmement énergivores et employant des technologies avancées, comme les fabriquants d’aluminium, qui importent de la bauxite au Québec pour fabriquer de l’aluminium et l’exportent ensuite vers les États-Unis pour fabriquer des produits à partir de cet aluminium (c’est un peu dommage… mais bon).

Nous avons procédé récemment à un appel d’offres de 2 GW supplémentaires d’éolien, ce qui amènera à 3 GW de production éolienne en 2012 l’énergie produite par le vent, en plus de notre production électrique et de notre centrale nucléaire. Notre puissance en hydroélectricité et en éolien font de nous le plus grand producteur d’énergies renouvelables d’Amérique, en plus d’avoir le plus grand potentiel d’élargissement des activités.

Ajoutons à cela la possibilité de la technologie de la digestion anaérobique qui pourrait gérer encore plus d’énergie, ainsi que l’emploi de la biomasse en général, et nous pourrions produire encore plus d’électricité à partir de sources renouvelables.

Mais le grave problème, et Hydro-Québec l’a compris, est que les Québécois consomment beaucoup d’énergie en hiver, moment où la production électrique de renouvelables est basse. Cette consommation peut être diminuée si l’on améliore le design de notre isolation et en rénovant les murs des maisons plus vieilles. Si vous avez une maison vieille de plus de 20 ans, il serait facile de trouver des failles dans vos murs. Ces failles font perdre d’énormes quantités de chaleur, et fait augmenter votre facture d’électricité. Hydro-Québec aide donc maintenant à financer les rénovations d’isolation, mais la publicité à ce sujet est insuffisante. Il est possible d’effectuer d’énormes progrès en efficacité énergétique en rénovant les maisons.

Donc, je crois que l’on se dirige dans la bonne direction au niveau énergétique, grâce à notre éolien nouvellement développé, au nouveau projet de la Rupert et à l’incitation à l’efficacité énergétique. Ce qu’il faut, c’est poursuivre cet effort.

J’irais plus loin en suggérant aux Québécois de s’inspirer du modèle des coopératives de vents en France, où des communautés investissent elles-mêmes dans les chantiers de construction d’éoliennes et en tirent profit. Cela pourrait aussi contribuer à créer des sociétés d’ingénérie spécialisées dans l’éolien, un des facteurs limitants de notre développement actuel. L’implantation d’une manufacture d’éoliennes pourrait faire de nous un vendeur important en Amérique aussi, car il y a actuellement une pénurie d’éoliennes sur le marché international, et que la demande continue à augmenter.

Diminuer la dépendance au pétrole

Le PQ a raison en proposant cela, et je le pense depuis longtemps. Le Québec ne produit pas de pétrole; il l’importe par cargos. Ironiquement, le Québec est aussi un énorme consommateur de pétrole, du à une grande superficie, une petite densité de population (même dans le Sud) et parce qu’il est le centre d’Amérique du Nord pour l’arrivée de conteneurs, et donc que les camions de cargaison partent de Montréal pour aller de New York à Toronto avec leur stock, et qu’ils détruisent nos rues déjà mal faites.

Pendant ce temps, la ville de Montréal est prise d’un traffic monstre et l’étalement urbain continue à s’accentuer. C’est un peu stupide, car on prévoyait bien depuis un bout que le prix de l’essence monterait, et pourtant la couronne de Montréal s’étend maintenant à un rayon de 45 km.

Le constat est clair: pour le pétrole que l’on paie, on perd de l’argent. Cet argent quitte le Québec et ne profite pas aux Québécois.

Le PLQ a proposé de convertir 5% de la consommation d’essence en éthanol d’ici 2012. Cela pourra lancer économiquement certaines régions. Pour ce faire, il faudra utiliser de l’éthanol de maïs et étudier la faisabilité de l’éthanol cellulosique, par l’utilisation de déchets, de résidus du bois et de récoltes énergétiques (energy crops), comme le panic dressé.

La structure ferroviaire du Québec fait aussi défaut. Via Rail est l’un des seuls fournisseurs de train de transport par passager, et ses prix de 80$ pour Montréal-Québec sont simplement ridicules! Le transport par autobus est déficient et n’offre pas la qualité du transport par train.

Par contre, les pistes cyclables du Québec, chapeau! La route verte est, selon National Geographic, la plus belle piste cyclable du monde! Pas mal, non? Certains ne sont pas d’accord avec ce classement, mais disons que c’est pas mal…

À court terme, l’on verra aussi arriver des voitures à faible consommation d’essence, comme en Europe, et il y a fort à parier que plusieurs se débarasseront de leurs VUS dans un futur proche.

En gros, par la recherche en carburants alternatifs, en favorisant les modes de transport alternatifs à l’automobile, comme le vélo, en améliorant sa structure ferroviaire et les moyens de transport interurbains, le Québec pourrait réduire de beaucoup sa dépendance à une énergie qu’il ne produit pas et qu’il importe de pays éloignés.

8 réflexions sur “Des projets de société rassembleurs

  1. Ce sont de bonnes idées… Qui dit que la gauche ne fait que dénoncer et chiâler! J’ai répondu à l’appel d’Alexis un peu dans le même sens que toi. J’y proposais que le Québec s’implique dans la fabrication de véhicules électriques. Et je ne parle pas spécifiquement des automobiles, mais plutôt de ces véhicules d’appoint qu’on retrouve un peu partout: aéroports, courrier de courte distance, taxis urbains, etc… Nous avons l’expertise (Bombardier, Prévost, Hydro-Québec, etc.), nous comptons sur des gens d’affaires expérimentés et ambitieux (…) et il semble y avoir un marché! Qu’est-ce qui pourrait bien empêcher de tels projets?

  2. J’ajoute votre blogue à ma liste, Manx… et je crois, à la lecture de ce billet, que nous nous entendrons en général bien. Au niveau énergétique et en transport, je constate que nous avons les mêmes préoccupations.

    Le transport ferroviaire, peu populaire pour le moment, risque fort, dans un avenir rapproché, de retenir à nouveau l’attention. Il est complètement absurde de favoriser le transport sur route, puisqu’un train peut aisément transporter de grandes quantités de marchandises sans pour autant détruire la chaussée à petit feu. Idem pour le transport collectif: un réseau ferroviaire performant pour le Québec sera nécessaire un jour ou l’autre.

    L’éthanol, je ne suis pas contre, à une exception très notable près: pas de maïs! On a déjà pu démontrer que cette culture faisait non seulement grimper le prix des céréales, mais polluait peut-être même plus que l’utilisation du pétrole lui-même à cause des méthodes de culture… L’éthanol produit à partir de plantes non-alimentaires est une voie déjà plus intéressante. Pour ma part, dans l’idéal, je préférerais que nous nous consacrions au développement de l’hydrogène, d’autant plus que nous disposons, comme vous le dites si bien, de ressources énergétiques phénoménales.

    Dans le domaine éolien, voici ma vision des choses: à l’heure actuelle, des producteurs privés défrichent le terrain, en quelques sortes. D’ici une vingtaine d’année, Hydro-Québec peut décider de ne pas renouveller les contrats. On aura donc, à ce moment, à renégocier l’ensemble du parc éolien. Ce sera l’occasion de lancer la conquête éolienne du Nord québécois, et d’ouvrir grande la porte aux projets coopératifs dans le vent, tout comme à des entrepreneurs québécois qui désirent profiter de la filiale éolienne. Les entreprises coopératives me sourient beaucoup, et je pense que l’on serait en mesure de développer un modèle énergétique basé sur ce système dans le sud de la province, tandis que le Nord serait régi par l’État (du fait des coûts et de la gestion colossaux requis).

    Seul petit commentaire: vous parlez de 2 MW et de 3 MW d’énergie éolienne… Votre M ne serait-il pas plutôt un G? Je crois savoir qu’il existe désormais des éoliennes d’une capacité de… 1,5 MW!

  3. « Seul petit commentaire: vous parlez de 2 MW et de 3 MW d’énergie éolienne… Votre M ne serait-il pas plutôt un G? Je crois savoir qu’il existe désormais des éoliennes d’une capacité de… 1,5 MW! »

    En effet, c’est bien 2 GW et 3 GW, mon erreur -_-. Les ingénieurs font souvent ds erreurs de chiffres dans ce genre-là ^^.

    Au fait, un watt est en fait une unité de mesure d’un flot énergétique (un Joule/seconde, le joule étant la mesure d’énergie). En fait, les éoliennes à capacité de 1.5 MW existent, mais le problème est qu’une éolienne ne fonctionne jamais à plein potentiel, car elle est calibrée pour avoir une vitesse de vent optimale. Si je me rappelle, une éolienne fonctionne habituellement à 30-35%. Donc disons qu’on a une éolienne de 1.5 MW, on peut présumer qu’elle fournit 500 kW en moyenne et qu’elle marchera 5 heures par jour. On peut donc s’attendre qu’une éolienne de ce genre produirait 2500 kWh (qui est, comme le joule, une mesure d’énergie) par jour dans le réseau, et que si on veut un débit plus régulier, il faudrait la stocker (ce qui implique des pertes). On peut donc se dire qu’avec une éolienne de 1.5 MW, on peut produire peut-être 2.25 MWh par jour. C’est un peu comment l’éolien fonctionne.

    « L’éthanol, je ne suis pas contre, à une exception très notable près: pas de maïs! On a déjà pu démontrer que cette culture faisait non seulement grimper le prix des céréales, mais polluait peut-être même plus que l’utilisation du pétrole lui-même à cause des méthodes de culture… L’éthanol produit à partir de plantes non-alimentaires est une voie déjà plus intéressante. Pour ma part, dans l’idéal, je préférerais que nous nous consacrions au développement de l’hydrogène, d’autant plus que nous disposons, comme vous le dites si bien, de ressources énergétiques phénoménales. »

    L’éthanol de maïs deviendra bientôt plus utile. Pour l’instant, son efficacité de retour énergétique est de 1.1-1.2, ce qui est bas, car la technologie fait que l’on n’a recour qu’au glucose du maïs, et non à la plante au complet, pour produire de l’éthanol. En utilisant aussi la cellulose, il sera possible d’augmenter grandement ce rendement. Mais le virage du Québec se situe plutôt vers les déchets agricoles et forestiers, ce qui est pas mal, car on valorise des déchets relativement inutiles (en agriculture, la notion de « déchet » est presque inexistante) pour diminuer notre dépendance au pétrole.

    D’ailleurs, j’attends qu’on me montre comment ça se fait que le prix du riz et du blé augmentent beaucoup beaucoup plus que le maïs. Je suis d’accord que l’éthanol de maïs a haussé le prix du maïs et à un très faible taux, des céréales, mais je crois que cette incidence est extrêmement mineure, comparativement à d’autres facteurs bien plus important. De toute façon, la base alimentaire mondiale est le riz, et on ne cultive pas du riz dans les mêmes terres que le blé.

  4. Les problèmes se situent notamment aux États-Unis et au Brésil, où les surfaces cultivables sont de plus en plus consacrées à la production de maïs « éthanolisable ». Si les prix du blé augmentent, c’est fort probablement dû, en bonne partie, à la mauvaise récolte australienne et, dans une certaine mesure, à la diminution, petit à petit, des surfaces cultivées pour le blé et remplacées par du maïs. Quant au riz, les causes sont une pure spéculation dans mon cas… Quoiqu’il s’agisse peut-être, justement, de spéculation!

  5. Ajoute à ça les prix du pétrole qui se situent en ce moment à 125$/barril. Comme les fertilisants chimiques sont faits de gaz naturel (qui suit le cour du barril), ça fait mal à l’agriculture.

    En 2006, les spécialistes affirmaient que la hausse du prix du brut était quatre fois plus responsable de la hausse des coûts de nourriture que l’utilisation d’éthanol. C’est clair que la production de maïs pour faire de l’éthanol (ou la canne à sucre du Brésil) a un impact, mais cet impact est, à mon avis, très petit. On ne m’a pas encore expliqué pourquoi le maïs est, des trois céréales les plus consommées (et la céréale la moins consommée entre le blé, le riz et le maïs), celle qui a augmenté le moins en coût si l’éthanol joue un rôle important.

    En vérité, les autres facteurs sont plus importants. La spéculation d’économistes qui ne savent pas c’est quoi l’agriculture, la demande croissante dans la viande qui fait grimper la consommation de céréales, le prix du pétrole, etc. Ironiquement, plus le prix du pétrole monte, plus il y aura d’éthanol…

  6. @Alexis… plus je lis tes billets et tes commentaires, plus je me demande pourquoi tu tiens à défendre les idées du PLQ! Peut-être es-tu un type extrêmement optimiste qui désire ébranler ce parti? Comment réagis-tu à l’entente survenue hier entre le groupe Rabaska et Gazprom?

  7. J’ai déjà pondu un billet là-dessus, vous pourriez toujours aller le lire. (http://amonhumbleavis.blogspot.com/2008/02/do-viens-je.html)

    Si je suis au PLQ, c’est aussi:
    -Pour le soutien actif à la recherche sur l’hydrogène (voir le dernier Congrès et les résolutions adoptées)
    -Pour ses actions environnementales qui sont tout aussi bonnes que celles promises par les autres partis
    -Pour le développement des PME et des grappes industrielles
    -Pour la préoccupation envers l’économie
    -Pour le passé du parti, qui a souvent été le déclencheur de grands changements
    -Pour l’esprit et la mentalité qui règnent au PLQ, beaucoup plus vivable que celle que je perçois ailleurs
    -Parce qu’on y écoute mes idées, et je puis vous assurer que je dispose à l’heure actuelle de beaucoup de marge de manoeuvre à cet égard
    -Parce que ce parti est celui du fédéralisme décentralisé
    -Pour la recherche et le développement, valorisés avec Raymond Bachand
    -Parce qu’on va enfin s’attaquer de front aux problèmes de nos infrastructures
    -Pour le libre-échange avec l’Europe, la valorisation du bois de construction, la fin du règne des gels des tarifs de l’État à des fins partisanes…
    -Enfin, pour la grande place qui y est laissée aux jeunes, même si je crois parfois ne pas être de ma génération.

    Certes, ce n’est pas pour les baisses d’impôts, pour le Mont Orford ou pour le Suroît. Quant à Rabaska, je connais peu le dossier; il me semble qu’il est loin d’être aussi choquant que d’autres avant lui.

    Un type extrêmement optimiste? Je le suis certainement. Sinon, à quoi bon faire de la politique? Quelqu’un qui croit en la théorie du pendule, et que le PLQ reviendra plus tard vers le centre-gauche? Très certainement. Enfin, quelqu’un qui veut ébranler le parti de l’intérieur? Tout dépend de ce que vous entendez par là…

  8. Pingback: Des projets de société rassembleurs « Progressistes

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