Société (archives)

Quel avenir pour la banlieue?


Comprenons nous bien: je déteste le mode de vie de banlieue Montréalaise actuelle. Les gens sont éloignés les uns des autres, il n’existe pas souvent de sentiment social fort, la représentativité des minorités visibles est presque nulle (la famille classique de banlieue est blanche et francophone), l’urbanisme est horriblement mal conçu et vu la faible densité de population, les services communautaires sont presque absent. Quand il faut prendre l’auto pour aller au dépanneur, c’est tout dire…

Mais justement: le mode de vie actuel de la banlieue est extrêmement dépendant d’un moyen de transport abordable et accessible. Plusieurs personnes de la banlieue doivent aller sur l’île pour travailler ou sortir (qui ici voudrait vraiment sortir à Laval…). On estime que la couronne de Montréal s’étend environ 45 km au-delà des limites de la ville. Et lorsque l’on parle de la couronne, c’est qu’en vérité, dans toutes ces banlieues, Montréal est l’organe central de ces villes; Montréal est roi.

Avec la flambée des prix du pétrole, on espère que le prix continuera de monter drastiquement. Mais cela sera-t-il justement nuisible au mode de vie de la banlieue? Comment peut-on espérer faire 40 km par jour en automobile, lorsque le prix atteindra le 1.50$ ? Et lorsque cela continuera d’augmenter et franchira le cap symbolique de 2$? Les gens voudront-ils toujours habiter à 40 km de leur lieu de travail? Avec une voiture consommant 12 L/100 km (la moyenne), une personne paierait donc environ 5$ par jour de travail en transport, en prenant la voiture. Mais existe-t-il vraiment d’autres alternatives?

Le transport en commun actuel disponible en banlieue est l’autobus. Ces bus doivent souvent parcourir de longues distances, puisqu’il y a peu de métros. Comme ces autobus doivent faire de longues distances pour avoir une bonne fréquentation et que les milieux ont une densité de population plus faible, le service d’autobus est moins régulier et moins rapide. Donc, l’automobile semble être la seule alternative vraiment envisageable, pour l’instant.

On sait que la banlieue offre des avantages; les gens y voient un bon milieu où élever les enfants, offrant les avantages de la ville (voisins proches) et de la campagne (plus grandes maisons et beaucoup moins chères, terrains plus vastes qu’en ville). Mais d’un autre côté, la banlieue actuelle ne devient maintenant qu’une sous-ville, un lieu où les gens habitent avant d’aller travailler dans la VRAIE ville: Montréal.

C’est horrible que je dise cela! Laval, Longueuil, St-Hubert, St-Jérôme sont des villes qui ne sont pas des milieux de travail! Mais la situation est tellement proche de ce que je décris que tous les postes de radio, anglais et français, ont des rapports sur les meilleurs chemins de routes pour entrer sur l’île le matin. Les rapports sont donnés à chaque demi-heure ou moins. Et habituellement, les ponts Jacques-Cartier, Victoria, Champlain et le pont-tunnel Lafontaine (pour ne nommer que ceux de la rive Sud) sont engorgés. Qui plus est, le métro de Laval a eu le double de l’achalandage prévu par l’AMT, avec environ 30 000 utilisateurs par jour au lieu de 15 000. Ça montre bien ce que je dis: Montréal est l’organe économique de la Couronne.

Mais ce n’est pas le cas de toutes les banlieues. Si vous allez, par exemple, à Québec, la ville de Sainte-Foy possède ses propres activités économiques. La rue Laurier est bondée d’entreprises, de centres de recherches, etc. La qualité de vie et les activités à Sainte-Foy sont nombreuses (il faut dire que la présence de l’université Laval aide beaucoup). Même le transport en commun y est efficace! La ville de Lévis, quant à elle, de l’autre côté du fleuve, possède ses propres moteurs économiques. Un de mes amis affirme même qu’ils font la meilleure crème glacée au chocolat du monde ^^, mais je demande à voir!

La situation de St-Hubert n’est pas celle de Sainte-Foy, par contre. C’est la différence entre une banlieue qui n’est que la ramification d’une ville principale, comme c’est le cas de St-Hubert, et une banlieue développée, en santé et qui offre des services, comme les grandes banlieues de Québec. Et c’est ce vers quoi la banlieue doit aspirer.

Je parie que d’ici 10 à 15 ans, avec la hausse du prix des carburants, la banlieue de Montréal va se transformer en prenant pour modèle des banlieues en santé. Les gens travaillant à Montréal vont vivre à Montréal. D’autres entreprises, pour aider leurs employés, vont déménager dans les banlieues lorsque c’est possible. C’est déjà le cas avec la Fédération de Patinage Artistique du Québec, qui a déménagé du Stade Olympique pour aller s’installer en banlieue, ou de BCE Emergis, qui est parti du centre-ville il y a quelques années pour louer un bureau à Longueuil, tout près du métro. Les architectes nous ont prévenu, par exemple, que le 21e siècle sera à propos de « living locally ». Il faut donc que les banlieues de Montréal, par exemple, arrivent à développer leur propre indépendance économique en attirant des entreprises afin d’attirer des travailleurs qui habiteront les maisons environnantes. Sans quoi, je crois que les banlieues deviendront des lieux d’habitation de seconde classe, plus grandes que les maisons dans la ville, mais moins accueillantes, vu les coûts de transport.

D’ailleurs, voici une conférence de James Howard Kunstler, architecte, au sujet de la banlieue, de l’horreur du design, et conclut avec la nécessité de l’évolution de la banlieue.

4 réflexions sur “Quel avenir pour la banlieue?

  1. « la famille classique de banlieue est blanche et francophone » LOL! Vous n’êtes jamais allé à Brossard vous, c’est le china-town du 450! Pour vrai, il y a de plus en plus d’immigrants en banlieue, pas au point d’en faire des ghettos, mais pas loin… C’est un aspect que vous n’avez pas beaucoup développé dans votre article. Il n’y a pas que Montréal qui soit multiculturelle! Et pour ce qui est de « Laval, Longueuil, St-Hubert, St-Jérôme sont des villes qui ne sont pas des milieux de travail! » Je ne suis pas tellement d’accord. Longueuil compte plusieurs grandes entreprises, je pense à Pratt&Wittney par exemple… Peut-être êtes-vous trop sévère envers les pauvrs petites banlieues???
    Bises d’une banlieusarde,
    Mía

  2. Je suis très sévère avec la banlieue, mais selon ce que j’y vois, c’est une chenille comparativement au papillon que la banlieue devra devenir. Il y a des entreprises qui vont s’installer en banlieue, mais avec le temps, il devrait y en avoir de plus en plus. Je me fie plutôt au fait que pour l’instant, les ponts vers Montréal prennent encore 30 minutes à traverser à l’heure de pointe ^^. Quand ce ne sera plus le cas, alors les travailleurs bosseront proche de chez eux, et c’est ce que j’espère qui arrivera.

    D’ailleurs, l’implantation de Pratt & Wittney, la FPAQ ou de BCE Emergis (une division de Bell Canada Entertainment, les créateurs de Sympatico, c’est pas une petite entreprise), cela montre que les entreprises veulent aller s’implanter en banlieue aussi et que cela peut devenir un organe qui ne dépend plus de Montréal pour respirer, car à mon avis, c’est cela qui y nuit.

    Hehehe, et j’ai un pote chinois qui habite Brossard ^^. Mais je me fie aux statistiques. Plus de 90% de la banlieue est blanche francophone (en 2001, Richard Bergeron montrait d’ailleurs à quel point c’était étrange). Montréal, de l’autre côté, qui est encore l’organe central métropolitain, est à 40-50% multi-ethnique. Dès que l’on traverse un pont, ça change de monde, et c’est cette différence qui doit être diminuée si l’on veut voir un avenir dans la banlieue montréalaise.

    Par contre, c’est vrai que la banlieue commence à être habitée par des immigrants installés depuis longtemps au Québec. Mais j’espère juste qu’un jour aussi, la banlieue sera attrayante pour d’autres gens.

  3. Bon billet… J’ajouterais un petit élément: les entreprises devraient se montrer plus « ouvertes » au télétravail. Avec les réseaux informatiques qu’on connaît aujourd’hui, la téléphonie IP et autres commodités technologiques, il n’y a aucun avantage à se présenter au bureau (à l’exception des contacts « humains »). Cela permettrait de désengager le trafic vers le centre-ville, d’améliorer la qualité de vie des citoyens tout en encourageant l’équilibre entre le travail et la vie familiale.

    Petite correction: Emergis n’est plus une filiale de BCE (Bell Canada Entrerprises); elle s’est départi de ses intérêts dans l’entreprise en 2004.

  4. Mouep, en fait, je ne voulais pas aller trop en détails pour BCE Emergis, mais leur filiale finances a aussi été achetée par Telus et une coupe de petits détails du genre ^^. Mais Emergis est encre une entreprise fort prometteuse. Emergis demeure aussi l’entreprise ayant créé Sympatico, mais tu as raison.

    Le télé-travail est une bonne alternative pour plusieurs domaines. Évidemment, tout ne peut être assujetti au télé-travail et certains employeurs préfèrent avoir l’oeil sur les employés, mais tant que le travail est bien fait, c’est une bonne alternative.

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