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Jardinage en ville


Bon, ça fait un bout que je voulais en parler, mais aujourd’hui, je crois que c’est l’occasion. Je suis très heureux de ma journée de travail, car je viens de finir deux bacs à fines herbes et à laitues. Voilà mes beautés:

Voilà une photo de ma cour chez mes parents. Pour l’instant, j’ai dans mon bac de la sariette d’été, du romarin, du persil italien (un persil plat qui pousse vraiment n’importe comment), du thym citronné et des salades (de la verte bien normale, et de la roquette, qui a un goût plus amer et est encore meilleure fraîche). D’ici samedi, j’ajouterai à ma collection de l’origan, et je ferai un pot à côté avec de la menthe sauvage, car une fois que tu as planté de la menthe quelque part, tu ne peux pas la sortir de là et elle revient à chaque année, même si tu enlèves les racines.

Bon, c’est bien amusant tout ça, mais ça m’a pris environ 4 jours de finir ces deux bacs. 4 jours, parce que ce bac contient certains éléments d’ingénérie.

Quoi, de l’ingénérie dans un bac à fines herbes et à laitues? Ouep, plutôt par plaisir que par utilité, mais bon, je crois que je dois expliquer quelques trucs. Si vous remarquez bien, de l’extérieur, vous remarquerez que les bacs ont chacun un tuyau de PVC sur le côté. Contrairement à ce que l’on peut croire aussi, la jutte n’est pas uniquement là pour décorer le bac. Elle tient le sol relativement en place dans le bac, car celui-ci contient un double-fond.

Le design du bac est inspiré du projet « Les jardins sur les toits« , lancé par Alternatives, le Santropol Roulant (mieux connu pour la popotte roulante) et d’autres groupes sociaux de Montréal. Les buts du projet sont multiples: en premier, favoriser l’agriculture à l’intérieur de la ville de Montréal, par l’éducation du public et en aidant à implanter des bacs dans les habitations des gens. En second lieu, le Santropol fait aussi pousser dans des lieux universitaires, comme à McGill (près du Burnside Hall, à l’entrée) ou à l’UQAM (au dernier étage du pavillon de design et des arts, sur la terrasse), des légumes comme des plants de tomates, des choux-fleurs, de la bonne vieille ciboulette et quelques autres trucs qui sembleraient incongrus à voir pousser dans un bac à Montréal. Ces légumes servent ensuite à répondre à environ 1/3 des besoins en légumes du Santropol pour faire les repas de la popotte roulante, qui sont livrés aux personnes âgées de la région.

Les contenants pour faire pousser les légumes sont relativement variés. On passe d’un bac à ciment aux barrils pour récupérer les eaux de goutières, en pasant par les « piscines » qui servent en aménagement paysager pour créer un bassin artificiel. On emploie même des tuyaux de drainage sur les escaliers en colimaçon de Montréal pour y faire pousser des plantes. Mais le bac classique est un bac ressemblant à un bac de récupération (si je me rappelle bien, c’est d’ailleurs la compagnie qui fabrique les bacs de recyclage de la ville qui les a fabriqués pour le projet), avec un double-fond.

Expliquons donc un peu le fonctionnement du bac. Celui-ci contient un double-fond, comme mentionné plus haut, qui sert de réserve d’eau. Sur les côtés de ce double-fond, une partie de terre est retenue par une structure, mais est capable d’absorber l’eau contenue dans le double-fond avec un rythme régulier et lent. L’eau peut ensuite remonter par capilarité vers le haut du sol, jusqu’à la zone des racines de la plante, par infiltration.

Mais qu’est-ce que l’infiltration par capilarité? Je vais essayer de l’expliquer de façon simple et de faire semblant de mettre à profit mon cour de génie des bioressources en hydrologie. Lors d’une infiltration classique (prenons un exemple: l’eau de pluie tombe sur le sol), il existe deux types d’infiltration: l’infiltration par gravité et l’infiltration par capilarité. Une infiltration par gravité est due au poids de l’eau, qui est plus fort que la force exercée par le sol. À cause de cela, l’eau a tendance à s’infiltrer dans le sol plus profondément. L’infiltration par capilarité, quant à elle, est légèrement plus complexe. Dans le sol, il y a des particules diverses: des nutriments, le sol lui-même, mais aussi de l’air, de l’eau et des espaces vides. Un sol avec de l’eau est plus lourd qu’un sol avec de l’air, qui lui est légèrement plus lourd qu’un sol avec des espaces vides. Mais lorsque l’on place ces trois sols ensemble, celui-ci a tendance à chercher un état d’harmonie, où la densité de chaque parcelle de sol est plus ou moins équivalente. Donc, il s’effectuera des échanges dans le sol qui feront que la partie contenant moins d’eau « aspirera » (comme un aspirateur, mais à un rythme plus lent) des particules d’eau, jusqu’à ce que l’état du sol soit harmonisé.

J’espère que ça n’a pas été trop compliqué ou ennuyant à expliquer, mais je trouvais que c’était une anecdote liée à mon domaine et que ce serait une perte de ne pas aller plus en profondeur.

Le double-fond sert de réserve d’eau. Cela permet de rendre la distribution d’eau plus égale, d’irriguer la zone des racines plutôt que le deçu du sol et d’arroser les plants environ 2 fois moins. Afin de remplir le double-fond, j’ai placé un tuyau de PVC beige pour pouvoir vider de l’eau à l’intérieur.

La jutte, c’est un ajout personnel de ma part. Premièrement, cela permet de réduire la quantité de terre qui se ramasse dans le double-fond qui sert de réserve d’eau. Qui plus est, cela donne aussi la forme appropriée au bac. Si je veux transplanter mes trucs dans un autre bac, je n’ai aussi qu’à soulever la jutte, et toute la terre et les plantes suivront. Finalement, cela fait qu’il est plus facile de me débarasser du sol à la fin de la saison, si c’est ce que je veux. Je vais voir les résultats que j’obtiens avec cette technique de la jutte, et si elle marche bien, je la donnerai au projet « Les jardins sur les toits », mais je pense que j’obtiendrai de bons résultats. Pour l’instant, le projet des jardins utilise des sols particuliers dans les coins, comme le paillis de coco (cher!) ou un sol très enrichi de perlite (les sortes de billes blanches que vous voyez dans les engrais de sols), pour que le moins de terre possible n’entre dans la réserve d’eau.

Un dernier point demeure à savoir: pourquoi devrait-on faire pousser des trucs dans des bacs, plutôt que dans le sol? Premièrement, pour la santé de la plante et votre santé, si vous mangez ce qui en ressort. Des études faites dans le département de Soil Science de mon campus (campus MacDonald de McGill) ont démontré que les sols de Montréal contenaient une plus grande concentration de métaux lourds que le sol classique des basses terres du Saint-Laurent. Si vous voulez manger quelque chose qui pousse dans un sol partiellement ou officiellement contaminé, c’est votre affaire, mais moi j’en mangerai pas. Si vous passez dans les jardins communautaires, vous verrez aussi que le sol employé est légèrement surélevé et tient grâce à de petites structures de bois. On appelle cela, dans le jargon, du « jardinage de carré de sable ». On ajoute une couche de top soil sur la terre contenue dans le jardin communautaire, car la majorité d’entre eux sont installés dans des sols contaminés (ce sont les terrains de la ville qui se vendent le moins cher, alors aussi bien en faire des jardins où les gens pourront planter des fleurs).

Le second argument est que ce n’est pas tout le monde qui a accès à un jardin. Une famille dans un 5½ au 3e étage d’un bloc appartement peut difficilement négocier avec le propriétaire pour avoir accès à une partie de sa cour pour planter des légumes, par exemple. Avec les moyens de sécurité appropriés, par contre, la famille peut s’installer un bac sur le balcon (une « trousse prête à pousser », comme ils disent aux jardins sur les toits). Cela rend le jardinage accessible à plus de gens dans la ville. Et de rendre le jardinage plus accessible permet aussi d’embellir le milieu de vie des gens, mais ça c’est un avis plutôt personnel.

Finalement, je suis bien content de mes deux bacs. Ils vont me permettre d’avoir des aliments à cuisiner, à défaut d’avoir un quelconque talent en cuisine. En plus, ça m’a permis de travailler quelques concepts de génie des bioressources, même si j’ai surtout survolé mes apprentissages dans cette application. Mais après tout, l’agriculture est surtout un domaine pratique, plus que théorique. Un fermier apprend beaucoup de choses d’une vie passée sur la ferme qu’un ingénieur ou un agronome apprend à sa dernière année de formation… Donc, des petits projets comme celui-là me permettent d’améliorer un peu mes connaissances et de les mettre en application.

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2 réflexions sur “Jardinage en ville

  1. Qui aurait cru pouvoir s’amuser autant avec des bacs? LOL… Vous me donnez le goût: Un autre sujet sur lequel je devrai éventuellement énerver mes parents! Joyeux jardinage cher Manx!
    Mía

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