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Vers une économie de services


C’est une méthode que de plus en plus de designers imaginent, pour limiter l’impact environnemental des produits que l’on fait dans le monde. C’est un mode de gestion bénéfique, contrairement à l’approche de Lawrence Summers (mon dernier article), qui fut tant apprécié par le Contracteur Destructif. Il faut noter que c’est un mode de gestion qui peut s’étendre bien plus longtemps que mon article, William McDonough et Mike Braungart ayant effectué une analyse bien plus poussée que moi dans le livre Craddle to Craddle (très intéressant, si vous aimez le design des produits et très lourd dans le cas contraire).

L’économie de services se base sur un concept simple: Déchet = Nourriture. Un déchet, c’est un produit qui peut avoir une utilité importante, pourvu que l’on arrive à le ramener dans la chaîne de la consommation. Le problème est qu’en ce moment, il est plus bénéfique de jetter nos ressources  à la poubelle et d’utiliser de la nouvelle matière pour refaire le même produit (matière organique, résidus domestiques dangereux et tous les produits que vous jettez). Pourtant, dans une économie ou l’on reconnaît les possibilités d’un déchet, il est possible de l’utiliser pour refaire le produit de départ. L’économie de services est un des moyens d’arriver à cet objectif.

L’économie de services, c’est qu’au lieu d’offrir un produit, une entreprise offre le service que ce produit fournit. Prenons un exemple: au lieu d’acheter une télévision, vous louez la télévision à la compagnie Vide-étron, afin de bénéficier du service que la télévision offre, soit de regarder les chaînes. Vous payez un montant mensuel équivalent au prix d’une télé, amorti sur 10 ans (en estimant qu’une télé chez vous a une durée de vie de 10 ans). Après les 10 ans, votre télé retourne à son propriétaire, soit l’entreprise.

Cela semble assez chiant pour le consommateur. Il n’est pas propriétaire de sa propre télé, quelle honte! Mais continuons plus loin. La télé revient donc à l’entreprise. Disons que vous êtes satisfaits de votre service; vous renouvelez votre abonnement mensuel avec le fournisseur, qui vous amène une nouvelle télé de l’année, disons un peu plus high-tech (un bouton rouge clignote quand vous appuyez sur la télécommande… je pense que c’est le plus high-tech que j’aie remarqué comme innovation avec la HD, à part d’un écran moins large et un écran plus gros). Vous êtes content, votre télé est nouvelle, toute belle, ses composantes sont en parfait état.

Votre vieille télé, par contre, retourne à l’entreprise. Et c’est là que les emmerdes commencent; l’entreprise en question est encore propriétaire de cette télé, ainsi que de millions d’autres télés qu’elle a louées il y a 10 ans. En 1994, il fallait théoriquement un permis de transport de matières dangereuses pour transporter 20 télés dans son pick-up, à cause de la concentration de plomb et de mercure, d’ailleurs…

Vous êtes une entreprise avec, disons, 1 million de télés usées (vous avez une modeste part du marché américain). Qu’est-ce que vous faites avec ces merdes? Vous pouvez les enfouir, mais cela coûterait une fortune! En plus, l’Environmental Protection Agency (EPA) estime que ces produits sont des RDD (Résidus domestiques dangereux) et qu’ils doivent être traités avant d’être enfouis, une action qui coûte habituellement 600$ la tonne. Dans ce cas, jetter à la poubelle des télévisions ne devient plus une alternative intéressante.

Allons encore plus loin et présumons que le propriétaire de l’entreprise ait un cerveau plus gros qu’une peanut dans la tête, ce qui est arrivé parfois dans l’histoire du corporatisme des 150 dernières années à quelques rares occasions. Celui-ci se dit: « Bon, j’ai 1 millions de télés en réserve qui ne sont plus utilisées. Bien sur, plusieurs de ces composantes sont encore en état de marche, et la technologie des télévisions a très peu changé au niveau des conduits… Pourquoi ne pas récupérer ces machines pour servir à fabriquer d’autres machines? » Ainsi, une usine de désassemblage est aussi lancée, où l’on récupère les parties importantes de la télévision, pour les ré-insérer dans les modèles prochains, au lieu d’envoyer des produits technologiques importants à la décharge et d’en extraire d’autres à gros prix.

Qu’est-ce que cela change? Premièrement, les matières sont ré-utilisées et les gens ont avantage à les ré-utiliser à pleine capacité, contrairement au recyclage. En recyclant, très peu de produits sont utilisés pour fabriquer un produit à valeur égale. En second lieu, cela amène une toute nouvelle approche au design des produits; au lieu de créer un produit pour 10 ans, on le conçoit pour qu’il soit de meilleure qualité, afin qu’on puisse le ré-utiliser théoriquement à l’infini. Les clients qui louent votre service ont donc accès à un produit plus performant. En plus, le désassemblage est un procédé qui demande une plus grande main d’oeuvre que l’assemblage, et crée donc beaucoup d’emplois (même si on perd des emplois en matières premières). Finalement, vous utilisez moins de matière première et restez plus en contrôle de vos propres ressources, car vous ré-utilisez les mêmes.

Source: Flickr Moment of inertia

C’est ce que l’entreprise Interface fait avec ses tapis, dans la forme du « Bail Evergreen« . Au lieu de vous vendre le tapis, elle le loue pour un prix mensuel.  Interface demeure responsable et propriétaire du tapis. S’il y a un dégât ou une brisure, grâce au design de leurs tapis, Interface est capable d’en remplacer un morceau par un autre sans que cela ne semble faire une différence. Et si vous regardez l’image d’en haut, elle n’est pas laide non plus…

La location du tapis Evergreen fait que vous n’êtes pas responsables de l’entretien du tapis et que celui-ci a été conçu pour être recyclé et ré-utilisé pour faire un autre tapis, lorsque vous voudrez céder votre bail et faire poser du bois-franc ou autre chose sur le sol. Note: Interface offre surtout ce service de tapis par bail pour les bureaux d’entreprises…

Donc, ce genre d’économie de services rend une entreprise responsable de son produit qu’elle offre. Elle en reste propriétaire et a intérêt à en faire un produit de qualité qu’elle peut ré-utiliser au meilleur de ce potentiel. Cela peut aussi être économique, en limitant la quantité de matière première nécessaire. C’est pourquoi cette philosophie de services commence à voir naissance de plus en plus dans les entreprises, surtout depuis qu’Interface a connu tellement de succès.

Pour plus d’informations, l’encyclopédie de l’Agora offre de bons exemples de possibilités pour l’économie de services.

4 réflexions sur “Vers une économie de services

  1. J’ai vraiment dévoré ce billet. Est-ce que cette entreprise oeuvre à Montréal?

    Super intéressant, comme toujours.
    Hey Manx, connais-tu un peu le Marché Climatique de Montréal?

    J’ai entendu cela aux nouvelles ce matin, mais je ne comprends absolument pas le fonctionnement de ce truc. En fait, je ne vois pas pourquoi une entreprise qui est fermée envers l’environnement se lancerait là dedans. Enfin, j’y pige que dalle en économie😉 Mais je me suis dit que tu as certainement entendu parler de ça.

    Faudra rejaser de tout ça devant une bière!

  2. J’aime bien le concept de louer, ou s’abonner à un service, contrairement à l’habitude que nous avons tous d’acheter, de posséder quelque chose. Cette surconsommation est en train de nous conduire vers une catastrophe! Il me semble avoir lu quelque part que certains pays d’Europe « obligent » les manufacturiers à reprendre leur produit lorsqu’ils sont désuets… les gros électro-ménagers par exemple. Une espèce de « consignation », comme les bouteilles vides. T’as entendu parler de ça Manx?

  3. Whaou beaucoup de nouvelles ^^.

    « J’ai vraiment dévoré ce billet. Est-ce que cette entreprise oeuvre à Montréal? »

    Oui, Interface oeuvre à Montréal et au Québec, via InterfaceFLOR. Mais ils font surtout dans le tapis commercial.

    « Hey Manx, connais-tu un peu le Marché Climatique de Montréal? »

    Bah en gros, si je me trompe pas, c’est le nom donné à la « bourse du carbone » du Nord-Est de l’Amérique du Nord. Ça m’a pris de cour, moi aussi ^^. Mais cela fait un bout que je trouve que c’est une bonne idée, car les crédits favoriseront économiquement les entreprises avec un meilleur comportement environnemental. Selon le domaine, chaque entreprise reçoit x crédits d’émissions de GES. À la fin de l’année, si elle a des surplus, elle peut vendre ses crédits. Si, par contre, elle a émis plus de GES qu’elle n’a de tonnes de crédits, elle doit, soit acheter des crédits de la bourse, soit en acheter d’une entreprise qui a des crédits en plus. Enfin, ça c’est si ce que j’ai compris est bon ^^.

    Pour la « consignation » des produits manufacturiers désuets… Je ne sais pas, j’en ai jamais entendu parler.

  4. Pingback: Un commerce écologique « Le blog de Manx

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