Énergie (archives)/Transport

Pourquoi nous utilisons encore le moteur à combustion


Il y a quelques temps, Jimmy s’interrogeait sur son blogue au sujet des motifs pour lesquels on nous offrait si peu d’alternatives au moteur à combustion à l’essence ou au diesel. Il est vrai qu’actuellement, presque tous les véhicules de promenade (pour reprendre les termes de la Société des Transports, car je vais bientôt passer un examen) sont équippés, directement ou indirectement, d’un moteur à combustion. Il y a plusieurs motifs à cela, et je vais tenter d’en expliquer quelques-uns.

Ce que vous voyez, c’est un modèle d’un cycle de Diesel, qui produit du travail à partir de l’énergie émise par la compression d’un gaz. Dans un standard d’air (en assumant que le gaz utilisé se comporte comme de l’air), l’efficacité thermique idéale est de 55% approximativement. C’est un des modèles que l’on a explorés en thermodynamique pour les cycles générant de la puissance à partir de gaz… Je me garde de vous en expliquer plus, vous dormiriez sur votre écran.

Alors, il faut savoir que le moteur est un engin redoutablement efficace. Imaginez qu’avec une poignée de litres d’hydrocarbures liquides, on arrive à faire parcourir une centaine de kilomètres à quelques tonnes d’acier, en plus des passagers du véhicule. La voiture actuelle est un profige impressionnant de mécanique et de thermodynamique, où la friction des roues en contact avec le sol fait avancer un engin extrêmement lourd. Il a fallu plus d’un siècle de recherches pour en arriver au résultat actuel, où presque une personne sur deux en Occident possède une voiture. Là encore, nous assistons à un miracle; non seulement l’automobile est un moyen de transport complexe, mais efficace, mais elle est aussi accessible à un grand nombre de gens.

Mais le problème est qu’en ce début de 21e siècle, l’automobile en est à une période majeure de remise en question de plus en plus sérieuse. Le transport est responsable du tiers des émissions de GES qui pourraient entraîner un réchauffement climatique rapide. L’automobile émet des gaz responsables en partie du smog urbain et de l’accumulations de poussières dans l’air, deux phénomènes responsables de milliers de morts, seulement au Canada. Et plus récemment, la hausse de la demande de pétrole, combinée à une offre relativement stagnante et limitée, a fait augmenter les coûts de transport et l’accessibilité de l’automobile du XXe siècle. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une automobile qui évolue et entre dans le 21 siècle.

Pour l’instant, l’automobile est trop profondément ancrée dans nos vies pour revoir de quelque façon sa légitimité ou son utilisation. Plus le temps avancera et plus cette situation changera; les gens ayant la possibilité de voyager autrement le feront de plus en plus et remettront en question l’utilisation de leur auto. Quand les distances à parcourir sont petites et que les alternatives existent, on les utilisera, que ce soit le vélo, le transport en commun ou peut-être même d’autres véhicules individuelles, comme le scooter électrique.

Ça, c’est ce que je crois. L’automobile est condamnée à faire partie d’un cocktail de moyens de transport aux caractéristiques bien différentes. Ce ne sera plus l’Alternative dans le transport, mais bien l’une des alternatives. L’époque de la ville de l’automobile rêvée par GM a déjà commencé son déclin, cédant de plus en plus de places aux vélos à Montréal, par exemple, ou au tramway en France, à Khansas City ou à Munich, pour ne citer qu’eux.

Maintenant que l’on est mis en contexte, concentrons-nous un peu plus sur la question de Jimmy: pourquoi offre-t-on si peu d’alternatives au moteur à combustion, alors que nous savons que les conséquences de son utilisation deviennent de moins en moins alléchantes?

L’argument classique est de dire que les gros fabricants d’automobiles ont une relation quasi-symbiotique avec les pétrolières tel BP et Royal Dutch Shell. La vérité est que si les manufacturiers automobiles  avaient le moindre doute solide qu’une autre alternative que le pétrole comme moyen de transport leur était rentable, Ford, Toyota et Volkswagen sortiraient demain matin pour nous dire: « Le pétrole, c’est mal, v’voyez. Ça nuit à notre santé et pourrait causer un réchauffement climatique, v’voyez… » Mais tant et aussi longtemps que leur argent viendra de la fabrication de moyens de transport à essence, aucune compagnie d’automobiles ne dira cela, même si elle en est parfaitement consciente. Ce qu’il faut, c’est creuser plus en profondeur et chercher pourquoi cette relation symbiotique existe.

Depuis 20 ans, l’industrie automobile est en piteux état. Presque toutes les petites compagnies automobiles, comme Mustang ou Volvo, ont été achetées par des plus grosses. Les concessionnaires se font la peau pour offrir du financement à outrance à l’achat d’automobiles, car c’est le seul moyen de stimuler les ventes. Détroit, capitale de l’automobile, a connu des milliers de mises à pied à cause de fermetures d’usines de voitures. L’Ontario est prise à financer des compagnies d’automobiles, alors qu’elle n’est même pas garantie que de tels investissements préviendront les mises à pied, et les syndicats doivent accepter que les employés aient des gels de salaire. Ajoutons à cela que les profits des grandes compagnies automobiles sont presque toujours plus petits que l’année précédente. Si ça, c’est pas les symptômes d’un secteur en déclin, je ne sais pas ce que c’est!

Or, quand les choses vont mal, on n’investit pas dans des technologies à risque ou que l’on sait déficitaires, comme l’auto électrique ou le moteur à hydrogène. On investit là où on a de l’expérience et dans ce sur quoi on a bâti la fortune de la compagnie: l’automobile à essence! N’allez pas croire que Ford n’aimerait pas produire d’autres types de voitures; c’est simplement ce qui leur rapporterait, à court terme, le plus d’argent. Et c’est ce qu’ils savent faire de mieux.

N’oublions pas aussi les problèmes reliés aux technologies alternatives. Les batteries de voitures hybrides perdent de leur potentiel avec le temps et sont coûteuses. L’expérience pratique a montré en Islande et ailleurs que le moteur à hydrogène n’est pas encore une technologie rentable (même si on le savait déjà et que cela a contribué à la recherche dans le domaine). La voiture électrique a une autonomie limitée par sa capacité à stocker de l’énergie. Devant tout cela, une industrie automobile ancienne ayant fait sa fortune sur l’essence ne voit sa source de profits à court terme que dans la voiture à essence. Traitez-moi de pessimiste si vous le voulez, mais c’est pour cela que l’on n’a pas d’alternatives valables au moteur à combustion sur le marché en ce moment.

Tout cela semble montrer le portrait de producteurs en difficulté et qui n’arrivent pas à répondre aux demandes des clients pour un meilleur produit, mais ne vous inquiétez pas trop, car il y a toujours de la lumière au bout du tunnel.

Le premier point positif est que malgré une demande croissante, l’offre actuelle du pétrole est plus ou moins au plus haut point qu’elle n’atteindra jamais, au niveau mondial. En clair: on ne produira probablement plus jamais autant de pétrole que maintenant. Pas mal comme incitatif pour toute alternative au pétrole et donc, au moteur à combustion.

Cela a incité l’arrivée de nouveaux développeurs automobiles, plus petits, comme Tesla Motors, qui offre déjà une alternative de qualité avec sa voiture électrique. Cela force les plus gros fabricants à les concurrencer en faisant leurs propres voitures électriques, ou en achetant la compagnie et en continuant à produire des automobiles électriques de qualité. L’arrivée de petits concessionnaires stimule aussi l’innovation dans les moteurs alternatifs, alors que la présence uniquement de gros fabricants dans l’arène stimule plutôt une innovation « conservatrice » dans le moteur à essence.

Il ne faut pas non plus négliger l’arrivée de la Chine sur le marché automobile. Cela augmente la demande de pétrole et accélère le pic pétrolier. Mais en plus, les Chinois créent un nouveau marché où des fabricants de voitures cherchent à innover.

Finalement, il y a la présence d’incitatifs gouvernementaux qui visent à favoriser les alternatives. Parfois, cela prend la forme d’un rabais au consommateur pour l’achat d’un véhicule plus économe d’essence. D’autres fois, le gouvernement aide à la recherche sur 3 bus à hydrogènes, comme en Islande. L’Israël a aussi lancé un appel d’offres (relevé par Renault-Nissan) pour fabriquer des voitures électriques à batteries facilement installables, afin de pouvoir les changer dans les stations services pour des batteries pleines, lorsque celles-ci sont vides. Ainsi, au lieu d’acheter une batterie avec votre auto, vous louez le service que les batteries fournissent pour faire avancer votre voiture. Un autre exemple fonctionnel d’économie de services ^^.

Bien que les libertarien crasses croient que les consommateurs doivent prendre l’initiative seuls, moi, je suis content que le gouvernement finance à partir de mes taxes (pour le peu que je fournis, étant étudiant…), à trouver des alternatives au moteur à combustion.

En conclusion, on voit des signes avant-coureurs de possibilités d’alternatives au moteur à combustion. Je crois, personnellement, que l’on assiste à une nouvelle génération de fabricants automobiles qui tentent de mieux répondre aux demandes de l’époque. Ce n’est pas la fin du moteur à combustion, mais celui-ci devra apprendre à pallier à d’autres alternatives.

Publicités

4 réflexions sur “Pourquoi nous utilisons encore le moteur à combustion

  1. Merci pour encore parfaire mon éducation! Je suis entièrement d’accord avec toi lorsque tu dis que « le gouvernement peut financer la recherche pour trouver des alternatives au moteur à combustion. » On devrait peut-être se fixer des limites de déplacement annuelles. Par exemple, chaque famille pourrait se limiter à 2,000 kilomètres de déplacement en automobile par année et à un voyage en avion aux 5 ans… Je ne parle pas d’un règlement, mais plutôt d’un choix personnel axé sur la simplicité volontaire et une décroissance conviviale. Nous avons commencé à appliquer cette approche et on s’habitue rapidement à modifier les habitudes… surtout en banlieue!

  2. Mmh… 2000 kilomètres, je dois t’avouer, c’est un chiffre excessivement bas ^^. Certains peuvent faire ça en un mois simplement pour se rendre au bureau. De mon bord, même en covoiturage avec Allo-Stop, mes potes et en incluant mes voyages en autobus interurbains, je dois arriver tout juste à 2000km… Mais je suis un étudiant, et donc par définition fauché en permanence.

    Mais se fixer de tels objectifs, sur une base volontaire, pourrait être une façon de s’éduquer à limiter notre consommation d’essence.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s