Énergie (archives)/Environnement (archives)

L’eau courante: un cocktail explosif?!


Il y a quelques mois, quand mes études en génie des bioressources ont commencé, je suis tombé sur un article dans le Coopérateur agricole qui traitait de problèmes en Alberta au niveau des citoyens des régions rurales. L’article a d’ailleurs gagné certains prix au Canada, pour la qualité de son sujet et de sa recherche. Je vous conseille fortement de le lire!

L’Alberta tire une grande partie de ses revenus d’exploitations de gaz naturel, qu’elle consomme ou importe ensuite aux États-Unis. En fait, cette activité est plus rentable pour le gouvernement (8.34 milliards $) que l’exploitation pétrolière (1.46 milliards). Or, ses réserves de gaz naturel conventionnel ont commencé, il y a quelques années, à décroître et à ne plus pouvoir combler une demande croissante. Des entreprises, dont EnCana en tête, ont donc commencé à exploiter le charbon comme source de gaz naturel. On appelle cela du GNC: le gaz naturel de charbon, appelé Coalbed Methane en anglais. Lorsque le charbon se forme sous le sol, la décomposition de la matière organique qui a mené à sa formation produit aussi du méthane (par digestion anaérobique), qui est lui-même emprisonné dans le charbon. Le gaz naturel, presque sous forme liquide, est contenu dans des orifices poreux du charbon et peut en être extrait en diminuant la pression dans le charbon pour le faire relâcher le gaz. Ce mode d’extraction est considéré comme « plus propre » que l’extraction conventionnelle de gaz naturel, car il ne relâche pas de sulfure d’hydrogène. Si vous avez déjà senti des vapeurs de ce gaz, ça s’apparente à une ôdeur d’oeufs pourris… Et bien entendu, c’est un gaz hautement toxique et inflammable.

Par contre, le GNC (gaz naturel de charbon) est une source de faible volume de gaz naturel. Ces sources sont relativement abondantes, mais elles n’ont pas de grosses réserves. Donc, ces sources nécessitent un investissement élevé, qui est maintenant devenu rentable en Alberta à cause d’un prix du gaz naturel qui atteind, comme le pétrole, des sommets inégalés ces derniers temps. En 2006, il y avait 10,723 puits d’extraction de GNC en Alberta, localisés surtout dans le centre de la province, proche d’Edmonton et de Calgary. D’ici 10 ans, la province prévoit qu’il y aura 50,000 puits sur son territoire.

Le plus grave problème des GNC, par contre, est leur source. Comme ce gaz naturel est extrait de sources de charbon, la source n’est pas trouvée à la même profondeur que le gaz naturel classique.  Les sources de GNC se trouvent de 100 à 150 mètres dans le sol, à une profondeur très faible et proche de la profondeur des réserves souterraines d’eau des régions rurales d’Alberta.

Récemment, des citoyens se sont plaints de mauvaise qualité de l’eau provenant de leurs acquifères. C’est le cas, par exemple, de Dale Zimmerman, un fermier qui affirme que 12 de ses vaches sont mortes au cour des dernières années, après que leur estomac ait littéralement pris en feu. La consommation d’une eau riche en méthane, ajoutée aux bactéries anaérobiques contenues dans les estomacs de la vache, pourraient en être la cause, selon lui. Un laboratoire a disséqué une de ses vaches et aurait plutôt affirmé que cette mort serait du à un empoisonnement alimentaire du à une bactérie contenue dans son fourrage. Étrangement, le laboratoire aurait disséqué une vache à tête rouge et blanche, alors que la vache de M. Zimmerman avait la tête noire et blanche…

Un autre cas est celui de Jessica Ernst, une technicienne en environnement, dont l’eau courante produit une flamme bleue lorsqu’elle entre en contact avec le feu. J’ai testé avec une allumette, et quand je la mets dans l’eau du robinet de Montréal, le feu s’éteint. Donc l’eau de la ville n’est pas SI mauvaise que cela.

 

L’eau du robinet de Mme Ernst contient 44,800 ppm de méthane (ou, si vous préférez, 29.4 mg/L). Le gouvernement américain estime qu’une concentration de plus de 28 mg/L peut engendrer de sérieux problèmes de santé. Il y a quelques années, Jessica Ernst n’avait pas de problème d’eau, mais l’exploitation de GNC semble être pour elle l’explication la plus logique de ce changement dans son eau courante. Depuis, elle est devenue une sorte de doyenne pour de nombreux citoyens qui se plaignent à l’Energy and Utilities Board (EUB) d’Alberta.

Car il faut dire que Mme Ernst n’est pas la seule dans une situation cocasse de ce genre. Sa voisine et sa famille auraient souffert d’irritations à la peau après avoir pris une douche. Leur eau aurait un effet pétillant, un peu comme du 7UP. Des analyses ont montré une présence allant jusqu’à 66 mg/L de méthane dans leur eau de robinet, soit environ 101,500 ppm. Rendu là, son puits d’eau courante pourrait presque devenir une source envisageable de gaz naturel pour chauffer sa maison… D’autres cas ont montré qu’en plus de contamination au méthane, les puits pouvaient contenir des niveaux anormaux de propane et de buthane.

Le problème, pour les citoyens, est qu’il est difficile de prouver que les GNC sont réellement en cause dans ces changements dans l’eau de leurs maisons. Pour plusieurs, il ne fait aucun doute que les exploitations voisines de gaz naturel de charbons sont une cause importante, mais encore faut-il le prouver! Sans analyse préalable des eaux, il est difficile de démontrer que le problème est apparu après l’installation (et bien entendu, rares sont les personnes qui analysent leur eau avant que des problèmes ne surviennent). Le second problème vient des causes possibles de ces contaminatios au méthane. Certaines études prétendent que des puits auraient pu être contaminés par des bactéries naturelles. De plus, les puits artésiens souterrains d’Alberta ne sont pas toujours entièrement étanches, et les fuites de méthane peuvent avoir été causées par des défauts dans les puits, qui auraient laissé le méthane s’infiltrer du sol jusqu’à l’eau courante, ce qui ne serait donc pas le fait des exploitations des GNC, mais d’une mauvaise conception des réserves d’eau.

Ce que l’on sait, par contre, c’est que depuis l’implantation des 10,000 puits GNC dans les régions d’Alberta, il y a eu de nombreuses plaintes de citoyens sur la contamination des eaux. Le problème est que comme il est presque impossible d’incomber le blâme de la piètre qualité des eaux aux compagnies qui exploitent le gaz naturel, ce sont les citoyens qui doivent payer la facture de décontamination de leur eau, parfois avec une petite aide gouvernementale. Dans certains cas, il est peut-être même moins cher de creuser un nouveau puit. Dépendant des lieux, la décontamination peut coûter entre 5000 et 15,000$.

En Alberta, 650,000 personnes dépendent de sources souterraines d’eau pour combler leurs besoins. 

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5 réflexions sur “L’eau courante: un cocktail explosif?!

  1. Une analyse plus poussée serait nécessaire, mais habituellement une ôdeur de souffre dans de l’eau potable, ça n’est pas bon signe. Certaines régions ont des gisements de souffre au Québec et je crois qu’il pourrait y avoir certains risques de contamination, si les puits artésiens sont mal faits.

    Mais encore là, je ne suis pas encore expert dans le domaine ^^.

  2. Étonnante, tout de même, cette image d’eau produisant une flamme! Bien sûr, littéralement, ce n’est pas l’eau qui brûle…

    Je me demande s’il n’existe pas certaines façons de traiter ces eaux pour en retirer une bonne partie du méthane? Bien sûr, il s’agit d’un gaz dissout, et non d’un ion; il faudrait se pencher sur la question… C’est sans doute un réflexe qui me vient de mon projet de dessalement chimique de l’eau!

  3. À QUI DE DROIT
    ÇA FAIT PLUS DE 12 ANS QUE J’AI UN PUITS ARTÉSIEN, ET DEPUIS LA RÉPARATION DES MATÉRIAUX DANS LE PUITS ,J’AI UNE FORTE ODEUR DE SOUFFRE .
    J’AIMERAIS SAVOIR DE QUOI CELA PEUT DÉPENDRE ET QU’ELLES SONT LES SOLUTIONS .
    MERCI

  4. Il y a peu de produits qui produisent une odeur de souffre dans l’eau. Dépendant des lieux, cela peut être une réaction chimique qui a lieu naturellement dans le sol et qui se ramasse peut-être dans l’eau courante, par des fuites (à noter: même le matériau le plus imperméable a des fuites). Mon conseil est d’appeler un ingénieur spécialisé en eaux ou un expert en traitement des eaux qui fera des analyses de qualité de l’eau et étudierait les sols, histoire de savoir s’il y a problème et si oui, d’en évaluer la cause et d’y trouver une solution. Par contre, ils ne seront pas gratuits.

    En attendant, vous pourriez peut-être essayer de trouver la source du problème, qui est possiblement un phénomène ayant lieu naturellement dans le sol ou une activité humaine dans le coin.

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