Société (archives)

Mon expérience en immersion


Bon, je vais essayer de ne pas faire trop de commentaires sur les propositions des Jeunesses Libérales, qui ont eu leur congrès en fin de semaine. Il y a, disons-le, certaines positions que je trouve pûrement et simplement caves… Merde! Voilà, je l’ai dit ^^. Je me suis juré que je ne le ferais pas…

J’ai décidé que j’allais parler d’une des propositions qui fut apportée, soit celle d’offrir la 6e année obligatoirement en immersion en anglais ou français, afin de parfaire la maîtrise d’une langue seconde. Pourquoi? Parce que j’ai changé d’école en 6e année pour bénéficier d’un de ces programmes. Veuillez noter qu’il a fallu un recomptage pour qu’un amendement visant à avoir tout le primaire enseigné en immersion a été refusé de justesse.

Honnêtement, ce n’est pas présomptueux, mais je ne crois pas qu’un programme, comme celui dont j’ai bénéficié, ne soit à la portée de tout le monde. D’abord, 2 écoles proche de chez moi avaient des places en immersion, soit de la place pour 120 élèves dans l’est de la ville, environ. À Notre-dame-du-Foyer, il fallait avoir un bulletin qui prouvait nos capacités académiques et une recommandation de la part de notre prof. de 5e année, qui attesterait que nous sommes capables de suivre un cour de ce genre.

Car notre programme d’immersion avait une formule particulière; en une demi-année, nous faisions l’équivalent d’un curriculum régulier dans toutes les matières pour un élève du primaire et, pendant l’autre demi-année, nous avions des classes en anglais uniquement qui facilitaient notre apprentissage. On ressortait chaque soir avec une pile de devoirs qui ressemblait à ce que j’avais en secondaire 4… Mais pour des enfants de 10 ans.

C’est d’ailleurs pendant cette période que j’ai échoué mon premier examen à vie (un examen de géométrie – moi qui suis rendu étudiant en génie, j’ai toujours eu une relation amour/haine avec les maths). Au fil de l’année, je me suis repris, mais ça m’a surpris quand même.

L’expérience a tout de même été enrichissante. À la fin de la 6e année, je parlais mieux anglais que mes parents. J’ai vu plus en 6e année dans ces cours d’anglais que presque tout ce que j’ai vu au secondaire. À la fin, d’ailleurs, on a passé l’examen d’anglais uniforme de secondaire 5 de l’année précédente, et j’ai obtenu 75% (la moyenne de la classe était de 70 environ). Et en plus, j’ai coulé plus d’examens (1) dans cette année que pendant 5 ans dans un collège privé au secondaire. Comme quoi on apprend de ses échecs.

Alors pour avoir une bonne maîtrise de l’anglais, l’immersion fonctionne extrêmement bien. Par contre, il est clair que ce n’est pas tout le monde qui pourrait réussir un curriculum d’un an, compacté en une demi-année, d’où l’importance des sélections. Je ne crois pas, non plus, que les Jeunesses Libérales ne s’attendent à ce que ce soit le cas, et doivent probablement penser à une formule d’enseignement où certaines matières se donneraient en anglais (comme les maths, qui sont un ramassis de chiffres plutôt que de mots, par exemple).

Un des problèmes est la terminologie propre au domaine. Par exemple, depuis que j’étudie à McGill, je connais certains termes techniques d’ingénieur bien particuliers que je ne peux pas donner en français (Tensile Strength, Modulus of Elasticity, Brittle Materials, Snow and Wind Loads, Dead and Live loads). Wikipedia m’aide pas mal pour les traductions, je dois l’avouer. De plus, la qualité de mon français a relativement diminué, mais j’essaie d’y faire de plus en plus d’efforts pour éviter mes fautes d’inattention. En portant une attention particulière, je m’y habitue.

Ce que je veux dire, d’abord, c’est que même avec une formule différente, un enseignement par immersion est un choix qui rend plus difficile la réussite académique dans certaines matières, notamment le français, et peut entraîner des conséquences, comme la maîtrise de certaines matières dans une autre langue que le français.

Le dernier problème est bien plus grave. Comment est-ce qu’on obtient une main d’oeuvre qualifiée pour enseigner adéquatement ces cours d’anglais? Montréal a d’excellents professeurs d’anglais, mais je doute que les professeurs de Gatineau n’aient l’occasion de pratiquer fréquemment cette seconde langue. Donner des cours entièrement en anglais, ça demande d’être très à l’aise avec cette langue, et je ne suis pas sûr qu’une telle mesure ne soit bien accueillie par tous les enseignants de la province.

Devant cette proposition, on voit que non seulement y aurait-il des conséquences graves sur la façon dont les jeunes apprennent (et pourrait même leur compliquer la tâche), mais aussi que cela pourrait présager des défis d’une complexité majeure.

Cette idée est un peu comme l’idée farfelue de hausser et imposer les frais de scolarité ou d’inclure des mesures de recours contre les syndicats aux normes du travail (alors que ces mesures y figurent déjà), je crois que les Jeunesses Libérales ont donné un coup d’épée dans l’eau avec ces idées qui, à mon avis, étaient déconnectées de la réalité Québécoise. En fait, pour le cas de l’éducation en immersion, je me demande presque si cette mesure n’est pas un peu « Montréaliste », et je ne dis pas cela souvent. Je crois que Montréal est une des seules régions où, au niveau logistique, il serait possible d’effectuer un tel type d’enseignement. Ailleurs au Québec, je crois que ce serait un peu irréaliste de penser que tout le monde peut donner son cour en anglais comme en français, et je dis cela avec un grand respect pour les professeurs en région. C’est plutôt qu’il n’était pas écrit dans leur tâche de travail qu’ils auraient à donner un cour de maths ou un cour de sciences en anglais.

12 réflexions sur “Mon expérience en immersion

  1. Tu veux peut-être changer Gatineau par Saguenay… parce qu’à Gatineau, tout le monde est bilingue. Ben, non, pas parfaitement, mais nos profs d’anglais sont principalement des anglophones d’Ottawa… Je ne me souviens pas avoir eu un prof d’anglais au primaire et au secondaire qui n’était pas anglophone – certains avaient même du mal à se faire comprendre en français tellement ils le parlaient mal…

  2. Très bon billet Manx. Effectivement, il est difficile d’être contre le concept d’apprendre une autre langue (l’anglais, si vous croyez que ça vous aidera à trouver une job…) dès le jeune âge. Ça dépend dans quel sens l’idée est amenée. Les jeunes libéraux résonnent plutôt comme des analystes de chambres de commerce… Rendre la vie dure aux syndicats, hausser les frais de scolarité, avoir accès rapidement à l’anglais pour être plus compétitifs… Oh boy!

  3. L’accès à l’anglais n’est pas un problème. C’est un atout majeur ^^. Le seul problème, c’est que son apprentissage ne doit pas se faire au détriment de toutes les autres matières, ou détruire la qualité du curiculum académique. C’est déjà beaucoup de suivre un cour de maths; c’est encore plus dur pour un enfant de 10 ans quand ledit cour se donne en anglais.

    P.S. Effectivement, Gatineau a de bons profs d’anglais pour la majorité ^^. Mais je ne sais pas pour la capacité d’un prof de maths à donner son cour comme il faut en anglais. Même à Montréal, ce n’est pas possible dans certains cas.

  4. @ Lutopium: « Rendre la vie dure aux syndicats »… Je ne comprends toujours pas pourquoi c’est perçu de cette façon. Si les syndicats font si bien leur travail, les mesures que nous proposons ne devraient faire réagir personne de leur côté, car elles ne représentent aucun danger. Le vote secret, la transparence financière… Où est le problème? Y aurait-il quelque chose à cacher? Pour ce qui est des griefs, comme je l’ai déjà dit, même si c’est déjà possible il est très difficile pour le travailleur de se faire entendre face aux syndicats immenses d’aujourd’hui. Quant aux frais de scolarité, si quelqu’un connaît une recette miracle pour ne pas les augmenter (même les baisser) sans augmenter les impôts ou les taxes, qu’il me le fasse savoir, je serais bien curieux de la connaître!

    J’ai également fait l’anglais intensif. J’avais relativement peu de devoirs et je n’ai pas pu m’empêcher de considérer que la 6e année ne semblait même pas être utile en soi. On ne fait qu’y réviser ce qu’on a vu en 4e et 5e année… Je n’ai donc pas vu de problème à effectuer le curriculum en cinq mois plutôt que dix. Il m’est toutefois impossible de présumer pour d’autres étudiants de ce que cela donnerait. Pour ce débat, j’ai surtout hâte de voir ce que les membres seniors du parti en penseront, puisque ma pensée n’est pas entièrement arrêtée. Et j’ai été comme beaucoup d’entre vous passablement horrifié de l’amendement voulant étendre la mesure pour tout le primaire😉 .

    Montréaliste? Nous avons plus ou moins le choix de passer par là. Une vaste portion des jeunes libéraux vient de là-bas.

  5. Celle des frais de scolarité est mal amenée, à mon avis et les mesures envers les syndicats qui ont été acceptées et figurent déjà dans les normes du travail.

  6. Le problème n’est pas vraiment que cela ait été adopté… C’est plutôt le professionalisme de la recherche, si des propositions ont été faites, alors que celles-ci existaient déjà.

  7. @Alexis: les syndicats sont des organisations démocratiques. Si les membres croient que leurs droits sont bafoués, il existe des règles qui permettent d’en arriver à une entente. A ce que je sache, le code de procédures de toute assemblée peut forcer le vote secret en tout temps. Et pourquoi le Parti Libéral et l’ADQ s’intéressent-ils à l’existence même des syndicats? N’est-ce pas là une forme de démagogie? Est-ce que les conseils nationaux et congrès de ces deux partis sont des modèles de la démocratie? Rappelons-nous les pirouettes de Simon-Pierre Diamond pour court-circuiter les débats…

  8. @ lutopium: On peut en effet demander le vote secret… Sauf que, du moins lorsque j’ai été dans une situation où j’aurais pu demander de le faire, je ne sais pas si les conséquences à vivre pour le demandeur auraient été très agréables. Le simple fait d’exiger un vote secret attire souvent la grogne des autres membres, notamment ceux qui désirent que le vote passe…

    Quant au PLQ, à ma connaissance, il ne se préoccupe pas de l’existence des syndicats. Certains jeunes libéraux le font sans doute, mais ce n’est pas mon cas. Avec les réformes proposée, mon apétit de discuter de syndicats est satisfait pour très, très longtemps.

    Quant aux stratégies de plancher, occasionnelles dans tous les partis (n’excluez aucune formation politique que vous connaissez de cette dynamique, nul n’est absolument vertueux), je suis résolument contre. La simple mention de celles-ci me hérisse…

  9. Pour moi, un vote de grève, c’est une mesure sérieuse qui demande une mûre réflexion. Pour des raisons de logistique, mais aussi pour des motifs de maintien de la liberté de choix, on ne vote pas à main levée pour élire son député. Je crois que pour une grave décision comme un vote de grève, on devrait en faire pareil.

    Et par expérience en AG étudiante, j’ai vu des gens se faire huer parce qu’ils demandaient un vote secret. Je n’ai pas toujours été en faveur du vote secret (par moments, on savait juste que le vote allait passer et ça prendrait 2h à compter des ballots), mais je crois que c’est sage. Je n’ai d’ailleurs jamais hué une personne en AG; c’est la démocratie qui parle.

    Mais avec le recul, j’appuie cette mesure de vote secret.

    P.S. Simon-Pierre Diamond est simplement pas à sa place comme député dans une organisation démocratique.

  10. Coucou Manx,
    J’ai un certain point à ajouter à cela…. Je cite ici Antoine Robitaille, un journaliste respecté de Radio-Cane: « Comment voulez vous que nos écoles enseignent bien l’anglais si elles ont déjà de la difficulté à bien enseigner le français? Car à voir la qualité de la langue parlée au congrès des jeunes libéraux, nul doute qu’il y a une défficience quelque part! »
    Rions tous en choeur!
    Mía

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