Énergie (archives)/Environnement (archives)/Société (archives)/WTF? (archives)

Pourquoi il faut agir


Ça me fait bizarre de devoir écrire un billet à ce sujet, mais c’est probablement en bonne partie à cause du fait que la rigueur scientifique est absente du débat public sur les changements climatiques que je dois en parler. Car oui, ce billet va parler plus ou moins directement de l’effet de serre et de la théorie du « Man-made Global Warming ». J’écris ça après avoir vu un blogueur sur le site de la belette employer des arguments sur une « théorie du complot » au sujet des changements climatiques.

Que l’on comprenne ma position de façon bien simple là-dessus: en l’absence de données entièrement concluantes, en la présence d’un modèle théorique valable pour susciter des inquiétudes et en fonction des conséquences de nos choix, je crois qu’il faut agir pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre à un niveau jugé raisonnable. Ça a l’air compliqué comme ça, alors je vais essayer d’expliquer un peu ma position.

Premièrement, il faut savoir ce que l’on veut dire par le terme de « l’effet de serre ». Ce terme fait bien sur une analogie aux serres, qui utilisent une surface vitrée pour profiter d’un grand ensoleillement et dont la surface de verre « emprisonne » une partie des rayonnements, ainsi que la chaleur. On pourrait simplifier cela en comparant cet effet à la loi physique de la réfraction de la lumière.

La réfraction, c’est la déviation de lumière de son cour normal lorsque les conditions du milieu dans lequel elle circule changent. C’est un effet que l’on peut constater lorsque l’on voit une discontinuité dans un objet qui trempe dans l’eau.

En temps normal, on parle de réfraction lorsque la lumière change de milieu (du vide à l’air, de l’air au verre ou de l’air à l’eau, par exemple). Chaque milieu où circule la lumière a ce que l’on appelle un indice de réfraction, qui détermine à quel point la lumière est déviée. Le vide est le milieu le moins réfringeant, suivi de l’air. Il faut aussi noter que lors d’un changement de milieu, il y a toujours une partie de la lumière qui est réfléchie par la surface (dans le cas où la lumière passe de l’eau à l’air, c’est environ 5%).

Par contre, lorsque la lumière passe d’un milieu plus réfringent (comme de l’eau) à un milieu moins réfringent (comme de l’air), il peut se produire un phénomène. Au-delà d’un certain angle, la lumière ne peut pas entrer dans le second milieu et est réfléchie vers son milieu d’origine. C’est ce que l’on appelle la réflexion totale interne. Si cela vous intéresse de savoir son fonctionnement, je vous conseille Wikipedia.

Voilà un peu ce qu’est la réflection totale interne. Mais revenons à l’effet de serre. Les gaz à effet de serre étant « moins lourds » que l’air à la surface, ceux-ci ont tendance à s’élever dans l’atmosphère jusqu’à ce qu’ils trouvent une couche atmosphérique à peu près équivalente à leur densité, où ils ont tendance à rester. La présence de gaz vient changer la composition de l’atmosphère et donc, ses propriétés (comme la réfringence de cette couche d’air). En modifiant la réfringence de la couche, certains rayons provenant de la Terre, qui en temps normal auraient continué leur périple dans l’atmosphère, sont réfléchis par réflexion totale interne et restent « emprisonnés » dans l’atmosphère. Comme il y a plus de rayons du soleil sur Terre et que le soleil est, directement ou indirectement, la seule source d’énergie et de chaleur sur la planète (les combustibles fossiles, la biomasse, les vents, la formation de gisements sont tous directement ou indirectement de l’énergie solaire), celle-ci se réchauffe.

La réflexion totale interne est un phénomène physique employé dans plusieurs domaines. C’est ce qui est employé en télécommunications par la fibre optique, un des moyens physiques les plus rapides pour transférer des données (et qui coûte extrêmement cher). Les informations, passant par la lumière, sont réfléchis tout le long du câble, si bien que même si la lumière ne circule pas en ligne droite, la transmission d’informations est extrêmement fiable et vite.

L’effet de serre suit des principes physiques indéniables. En vérité, ce que je vous donne là est une explication simplifiée, sans ajouter les 10,000 variables qui en sortent et sans incorporer de thermodynamique avancée dans l’équation, mais c’est une petite explication qui a pour but de montrer la base scientifique derrière les scientifiques qui affirment que les changements climatiques seraient peut-être dus en bonne partie à l’activité humaine.

Mais la vérité est qu’il y a encore bien des inconnus dans l’équation, et des débats sur les modèles à adopter. Les scientifiques ne font pas consensus, même dans le GIEC, sur l’impact qu’a cet « effet de serre » du à des accumulations de GES (le gaz carbonique et le méthane étant les plus connus) dans l’atmosphère. On peut presque indéniablement dire que cela emprisonne des rayons dans l’atmosphère et que cela réchauffe la température de l’air au niveau du sol, mais à quel point? C’est une mesure difficilement quantifiable, auquel aucun modèle actuel ne fait consensus.

Qui plus est, la climatologie est une combinaison de différents facteurs. L’effet de serre n’est qu’un tout petit facteur comparé à d’autres effets. Plusieurs scientifiques décorés voient dans la multiplication des taches solaires au cour des dernières années un autre facteur responsable d’un changement climatique. Une plus forte activité moléculaire dans le soleil peut en effet augmenter la force de son rayonnement. De plus, les réchauffements sont naturels dans une planète qui évolue et connaît des changements. La température de la Terre n’a jamais été une constante.

C’est ce qui fait que beaucoup de gens sont sceptiques face à la question climatique. On se demande quel est notre impact dans un cycle naturel. Nous, qui jouons aux Dieux en voulant contrôler notre environnement, doutons de notre capacité à le modifier à grande échelle. Personnellement, je trouve cela un peu irréaliste, mais c’est possible que l’on n’ait qu’un petit impact sur les changements climatiques. Le GIEC lui-même affirme qu’il y a 66% des chances que l’Homme ait une influence sur les changements qui affectent en ce moment notre monde. Cela laisse croire qu’il est possible, effectivement, que nous ne soyons pas si importants qu’on ne le prétende.

Mais trève de bavardage là-dessus, je crois que l’important est de savoir que les gens qui parlent du changement climatique ne sont pas que des environnementaleux qui cherchent à saborder le monde économique en imposant des balises trop restrictives pour rien (même la CCM suggérait de placer une bourse du carbone, d’ailleurs). Le tout repose sur des connaissances scientifiques qui, au mieux de nos connaissances actuelles, montrent qu’il y a un danger potentiel.

Pourquoi il faut agir

Je dois remettre le titre ici, car je vais maintenant expliquer ma position; au mieux de notre connaissance actuelle, les changements climatiques pourraient être l’effet d’un cycle, mais la notion de précaution nous impose d’agir pour faire comme si l’Homme était la cause du changement climatique et de prendre des mesures concrètes.

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article, car je suis un ingénieur et que je me rapproche beaucoup plus des sciences de la vie que des sciences politiques. Car le débat sur les changements climatiques est, au cour des 15 dernières années, passé de la sphère scientifique, rigoureuse et expérimentale, à la sphère publique, devenant un enjeu politique employé pour culpabiliser les gens. Il a d’ailleurs envenimé les débats entre des idéologistes (les négationnistes et les éco-fascistes étant les deux extrêmes) au point où la population elle-même en oublie la science derrière le phénomène, qui prend parfois des dimensions religieuses dans les deux camps. Et moi, je dois vous l’avouer, je n’aime pas m’adresser à des gens qui ne m’écoutent pas, alors j’ai longuement boudé le sujet et j’ai préféré ne pas en parler. Plus on s’éloigne de la science, plus on s’éloigne de la recherche de la vérité et moins on cherche à donner l’heure juste.

Mais somme toute, je crois que je vais me ranger du côté de ceux qui croient que l’issue est inquiétante et qu’il faut agir. Comprenons-nous bien; même s’il est possible que notre impact soit négligeable sur la hausse de la température, il est dangereux pour nous d’émettre des GES au niveau actuel. Pourquoi? Parce que les changements climatiques sont des changements et que nos structures ne sont pas toutes faites pour s’adapter si facilement à de grands changements dans un intervalle de temps trop court.

Il faut comprendre que le choix va dans nos agissements. Si on me demandait s’il fallait tout mettre en oeuvre pour arrêter d’émettre du dioxyde de carbone, je m’y opposerais. Mais comme tout le monde, je crois qu’il est important de prendre conscience qu’il est possible de diminuer nos émissions de GES, que cela est souhaitable pour des raisons de sécurité (car nous savons que ces émissions pourraient être la cause de changements climatiques majeurs) et que les questions de réchauffement climatique sont inquiétantes, mais qu’il est très dur de blâmer quoi que ce soit en climatologie à ces changements, sur une base scientifique solide.

Il faut aussi se préparer à des changements dans nos façons de faire. En construction de routes, par exemple, les systèmes de drainage des routes peuvent être conçus pour résister à une pluie de 24h qui arrive une fois aux 10 ans, par exemple (je ne sais pas si c’est la norme, 10 ans, mais cela m’a l’air d’être le cas). Or, dans la région du Québec, très humide (il y a plus de précipitations que d’évapotranspiration), les spécialistes des eaux ont remarqué que les pluies deviennent plus fortes depuis un peu plus de 5 ans. Une pluie qui survenait auparavant une fois aux 10 ans pourrait maintenant apparaître une fois aux 8 ans, ce qui nuit à la durabilité de nos routes et de nos constructions. Dans certains cas, cela peut donner lieu à des affaisements de route plus fréquents. Cela montre qu’au-delà de seulement prévenir les changements climatiques, il faudra trouver des manières de concevoir certaines choses pour qu’elles s’adaptent adéquatement à ces changements. Mais encore là, pas de panique; ces changements sont peut-être dus à d’autres facteurs, à un cycle, et il faut faire preuve de prudence avant de changer les normes sans que le besoin ne soit présent. C’est un peu contradictoire, mais tout est une question de gestion adéquate.

Alors il faut bien comprendre une chose sur les changements climatiques: peu de gens dans le monde scientifique contredisent le fait qu’il fait plus chaud qu’au début du XXe siècle. La Terre est un système changeant, mais il est possible qu’en ce moment, nous ayons beaucoup à voir avec ce changement. L’important, c’est d’arriver à diminuer nos manières d’influencer cela, tout en trouvant des moyens de mieux vivre, c’est-à-dire en trouvant des façons de nous adapter aux changements qui sont provoqués par les forces naturelles et artificielles de la Terre.

2 réflexions sur “Pourquoi il faut agir

  1. Merci Manx pour ces explications. Une analyse bien nuancée et claire.

    Dans le monde actuel, nous sommes environ 20% de la population planétaire à adopter un mode de vie d’hyperconsommation. Si ce monstre s’étend à tous, est-ce que notre impact deviendra majeur? Et comment refuser notre confort de privilégier aux autres? Sauf en créant des humains de deuxième classe.

  2. Tout ça porte un nom plus simple: le principe de précaution.😉

    Merci pour cet exposé scientifique et technique, je n’aurais personnellement pas eu le courage ou la limpidité requis pour l’expliquer aussi clairement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s