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L’innovation contre la régulation


Il y a de gros débats que je considère comme de la foutaise. L’un d’entre eux est le vieil adage qui dit que trop de lois sont un frein à l’innovation. Voilà bien un avis stupide! Un exemple vient de ce blogueur, qui croit que les régulations de l’EPA ont mis un frein à l’innovation d’une petite compagnie qui vendait une sorte de porte-clé qui nous permet de manipuler des objets sans s’infecter des germes que la surface contient.

Bon, alors là, je suis désolé, mais je trouve d’abord cette invention ridicule. Si le fait de toucher une poignée de porte est une source de crainte pour vous et que vous n’en dormez pas de la nuit, apportez-vous un gant de latex.

L’exemple que j’ai donné est un peu ridicule, avouons-le, mais il représente l’opinion de plusieurs personnes, de milieux très différents, qui braillent sur les lois gouvernementales en disant que celles-ci mettent un frein à l’innovation et peuvent même « mettre en danger des secteurs clés ». Pourtant, malgré des nouvelles régulations dans le monde agricole année après année, on arrive toujours à produire plus de nourriture sur un même territoire ET à répondre aux demandes de nouvelles régulations. L’augmentation des bandes riverraines est un exemple; devant de nouvelles régulations pour protéger nos cours d’eau, il est interdit depuis un bon bout de temps d’utiliser des produits chimiques à une certaine distance des cours d’eau. Qui plus est, il faut même y planter des espèces qui seront capable de prévenir l’érosion, afin de s’assurer qu’un minimum d’eau contaminée par les pesticides ne se rende dans les rivières. Cela mène actuellement le Québec à plusieurs recherches sur la valorisation de ces bandes riverraines, dont l’utilisation de plantations de saules pour prévenir l’érosion et servir de récolte de biomasse utilisable comme source d’énergie. Notez bien que le saule est l’arbre qui donne la plus grande quantité de matière par acre au Canada. Il peut se récolter à tous les 3 ans, et plusieurs personnes dans mon département font des recherches sur l’adaptation de machinerie lourde à la récolte de cet arbre.

Donc, contrairement à ce que l’on prétend, l’étendue des bandes riveraines au Québec, une nouvelle loi qui coupe sur la quantité de territoire où l’on peut répendre des pesticides, devient une source d’innovation, car elle ouvre aux agriculteurs la possibilité de cultiver de nouvelles sources de revenus, en plus de prévenir la pollution des cours d’eau. C’est un peu ce que je veux dire: les régulations sont un moyen de guider l’innovation vers des idées qui nous intéressent, et de chasser de la tête des ingénieurs des idées qui pourraient être « indésirables ».

Il faut avouer que dans l’histoire des bandes riveraines, il y a de quoi être fier. En fait, les agronomes et les ingénieurs agricoles sont probablement les personnes vivantes qui sont les plus responsables de la croissance de notre espérance de vie. Grâce à des études poussées sur la façon de nous nourir, il est possible d’augmenter nos rendements de production de nourriture via l’irrigation, l’utilisation d’engrais chimiques et naturels ainsi qu’une meilleure compréhension des conditions environnementales en agriculture. Un autre truc est que, de tous les ingénieurs, nous sommes probablement ceux qui peuvent affirmer avoir trouvé les solutions les plus efficaces pour résoudre les problèmes dans notre domaine. Chaque fois qu’une nouvelle législation entre en vigueur dans le domaine agricole, la recherche s’active pour réussir à trouver de nouvelles et meilleures façons de faire, afin de profiter aux agriculteurs et aux acheteurs en général. En ce moment, par exemple, la recherche sur l’épandage et le contenu de phosphore dans les champs (un composant qui enrichit le sol dans certaines quantités et le contamine lorsqu’il y en a trop – ce qui est le cas de plusieurs régions au Québec) battent leur plein dans la province. L’épandage est un défi de grande taille, si on considère que chaque vache produit environ 65 kg de fumier par jour et que l’on utilise 15L d’eau par vache par jour pour nettoyer les étables.

Mais bon, je m’égare. Ce que je veux dire, c’est que là où il y a des régulations, il y a de l’adaptation. Cette adaptation attire l’innovation, le besoin de faire quelque chose de bien dans les limites fixées par le gouvernement ou la municipalité. Cela permet de faire évoluer la société dans une direction plus « durable », comme en prévenant la pollution des lacs (et donc, directement, la prolifération des algues bleues qui réclament de bonnes quantités de phosphore).

D’un autre côté, il faut aussi se demander si une innovation qui sort des cadres « légaux » que l’on émet est souhaitable. Lorsque les gens disent que l’innovation est freinée par des régulations trop lourdes, en vérité, cela signifie que l’on aimerait pouvoir innover en dehors des législations qui nous sont données. Dans certains cas, certaines contraintes sont parfois ridicules. Toutefois, dans la quasi-totalité des cas, les lois ont une raison d’être et sont nées de concertations et de consultations qui ont montré qu’il était plus souhaitable d’interdire de faire quelque chose que de le permettre. Dans un tel cas, pourquoi vouloir innover dans des directions que la population ne trouve pas « souhaitable »?

Il faut faire attention, par contre: certaines lois sont vraiment idiotes. Les municipalités ont parfois sorti des régulations idiotes qui ressortent d’une querelle entre deux voisins plutôt que d’une réflexion poussée. Ce sont des cas relativement communs (il y a toujours 2 ou 3 lois dans ce genre dans les municipalités et MRC du Québec), mais il faut savoir s’y adapter et protester contre des lois stupides et inutiles. Cela ne veut pas dire que toute les lois ne sont pas importantes ou n’ont pas un but important derrière celles-ci.

Mon avis sur l’innovation est simple: il faut être capable de créer un produit qui est, non seulement, économiquement viable, mais qui répond aux attentes des clients et des régulations. Si vous n’êtes pas capable d’innover en respectant les cadres légaux de la région dans laquelle vous vendez votre produit, c’est que ce produit ne devrait pas être commercialisé. Point final.

2 réflexions sur “L’innovation contre la régulation

  1. Ce n’est pas que je veux faire de la pub pour mon blog, mais j’ai écrit un texte sur le sujet. En fait, mon point était que c’est les brevets qui, bien souvent, freinent l’innovation.

  2. Bon billet Manx. Ça boucherait un gros coin aux néoconservateurs et aux libertariens qui prônent la dérèglementation à outrance et ce, par principe de liberté individuelle et d’un marché libre.

    Dans un autre ordre d’idée, le Devoir rapportait ce matin: « Le ministre (des Finances, Jim Flaherty) qui doit rencontrer demain à Washington ses homologues des pays membres du G7 afin de coordonner les efforts visant à faire face à la crise économique mondiale, a indiqué que les banques canadiennes ont été soutenues par la surveillance de leurs capitaux exercée par le gouvernement… Si la réglementation gouvernementale a contribué à rendre l’industrie bancaire canadienne plus sûre que les secteurs financiers des États-Unis et de plusieurs autres pays, comme l’a souligné M. Flaherty, le Canada a aussi tiré profit d’un solide marché immobilier et de pratiques de prêt plus conservatrices. »

    Dérèglementation et liberté vous dites?

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