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Un commerce écologique


Mis à part dans l’esprit des plus obtus, les gens sont arrivés à accepter que l’économie et le commerce peuvent se mêler grâce à des mesures gouvernementales qui exigent que les entreprises adoptent des comportements jugés acceptables par la population. Comme une entreprise n’a, pour base, que le but de générer des profits, il faut donc qu’il soit profitable d’avoir des comportements plus écologiques. Le protocole de Kyoto avait d’ailleurs inclus un point important qui était de diminuer progressivement les investissements dans les secteurs émettant beaucoup de GES (le gouvernement Canadien continue encore à financer le pétrole, un secteur très rentable).

Les moyens pour transformer cette économie en écologie ne font toutefois pas toujours l’unanimité. Malgré tout, le Québec fait finalement partie d’une bourse du carbone, qui n’a pas attendu après le gouvernement Canadien pour se former.  D’ici 2012, le système devrait être implanté. Le governator lui-même a d’ailleurs raillé un peu les institutions fédérales du Canada et des États-Unis, plus lentes à agir que les 4 provinces et les 7 états pionniers d’Amérique du Nord qui travaillent à l’implantation de ce système, ouvertement appuyé par la CCM (Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain) et autres chambres de commerce du Québec.

En vérité, les entreprises, comme les gouvernements, ont une entropie majeure au niveau de l’environnement. Malgré le Colorado Institute et les entreprises qui, chiffres à l’appui, ont prouvé qu’il était rentable de prévenir le gaspillage et de construire pour économiser les ressources et limiter les produits sortants, peu d’entreprises ont pris ce virage à moins d’y être forcées. La bourse du carbone sera-t-elle le moyen de les faire réagir? Wal-Mart, 3M (qui innove dans le domaine depuis 30 ans), Interface et plusieurs autres n’en ont pas eu besoin pour agir et sauver de l’argent, mais si c’est ce que ça prend pour innover…

Une autre solution existe aussi, et c’est celle d’aider les consommateurs (citoyens et corporatifs) à adopter les bons comportements en émettant une taxe sur le carbone. Le concept est relativement simple; pour qu’une telle action soit acceptable, il ne faut pas que cette taxe soit une nouvelle dépense pour un ménage. Il faut que ce soit une taxe neutre, c’est-à-dire que l’argent que le gouvernement empoche en taxes doit être économisé ailleurs dans la poche du citoyen (en impôt, c’est la façon la plus logique de faire). En mettant un prix sur les émissions de carbone via des taxes sur les produits qui en émettent traditionnellement le plus (les combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole, par exemple), on donne un coût aux dommages environnementaux.

Pour l’instant, une bonne partie des revenus gouvernementaux vient de l’imposition aux entreprises et aux particuliers. La taxation, c’est une façon de faire payer les gens pour un comportement. Pour l’instant, on taxe, via l’impôt progressif, les gens pour s’enrichir. C’est logique, car ces personnes ont plus d’argent à leur disposition, mais d’un autre côté, dans un monde où l’on prétend que la création de richesse passe par l’enrichissement, cela paraît étrange de pénaliser les gens financièrement parce qu’ils s’enrichissent.

Au lieu de cela, utilisons notre système de taxation pour inciter les gens à avoir un comportement préférable, comme l’action de moins polluer. Pour cela, il suffit de retirer une partie de notre imposition et de le transférer sur une taxe sur le carbone. Au lieu de pénaliser les gens qui s’enrichissent et ont les moyens de payer (il faut le faire malgré tout, à mon avis, et je crois que cela est un service social), pénalisons aussi les personnes qui ont un comportement qui fait qu’ils émettent plus de gaz à effet de serre nuisant à la qualité de l’air, ou qui utilisent des sources d’énergie non-renouvelables. En temps normal, une règle de pouce dit que les gens plus riches émettent plus de GES, et cela ne devrait pas changer de beaucoup les revenus des gens. Par contre, cela conscientisera les gens que de savoir qu’une partie de l’argent qu’ils donnent au gouvernement est due à leur empreinte écologique et qu’une manière d’économiser de l’argent en impôt, c’est de polluer moins.

C’est pour cela que durant la campagne, 230 économistes ont donné leur appui à un système de taxes sur le carbone, comme le proposait le PLC. Selon eux, une économie saine passe par un environnement sain. Il faut dire que le système de taxe sur le carbone est une idée lancée depuis longtemps et qui obtient de plus en plus d’appuis. Paul Hawken a révolutionné le monde corporatif dans les années 1990 en montrant, dans son livre The Ecology of Commerce, que les environnementalistes, à ce moment les ennemis jurés des entreprises, avaient raison de protester et qu’il existait des façons (comme la taxe sur le carbone) pour repenser l’économie mondiale et réussir à rallier les mots « écologie » et « économie » sans avoir recour au greenwashing.

Le climat économique actuel nous montre que ce n’est pas l’implantation d’une perspective écologique à l’économie que nous devons craindre. Ce que nous devons craindre, c’est l’imprudence démesurée et la mauvaise gestion économique. Plusieurs personnes voient, dans cette crise actuelle, une occasion de transformer l’économie, de « repenser le capitalisme actuel ». Lui permettre de mieux répondre aux perspectives environnementales d’avenir, via un système de taxe sur le carbone, devrait aussi être envisagée.

7 réflexions sur “Un commerce écologique

  1. Peut-être suis-je complètement dans le champ mais je ne vois pas comment la réduction de la pollution de l’air, de l’eau et du sol peut se faire sérieusement et convenablement sans provoquer des changements drastiques au niveau économique. Je n’arrive pas à acheter le concept que la lutte aux gaz à effet de serre DOIT se faire en respect de la sacro-sainte stabilité économique.

    Si l’on adhère au principe que la terre est dans un bien mauvais état, ce que je crois personnellement, on ne peut jouer à l’autruche et espérer que des mesures environnementales soient mises en application sans bouleverser nos habitudes de consommation et la sphère économique dans son entier.

    Décourager les gens à polluer est une bonne mesure en soi. Promouvoir un changement de nos habitudes de consommation est louable. Rechercher des technologies qui nous permettront de diminuer notre empreinte écologique est souhaitable. Mais s’obstiner à protéger la croissance économique est une grave entrave à ces objectifs.

    Je suis un peu pessimiste mais je n’arrive pas à croire que nous sauverons la planète tout en poursuivant des rêves matérialistes…

  2. Lutopium,

    moi, le seul problème que je vois au rêve matérialiste, c’est qu’il génère de la pollution et du gaspillage de ressource. Sans ça, le rêve matérialiste me semble acceptable. Pourquoi pas?

  3. Le problème du matérialisme est la création de besoin et l’idée erronnée que le bonheur passe par le matérialisme. Mais à la base, je ne viens pas faire une apologie du matérialisme; je crois plutôt que la taxe sur le carbone est une des façons de repenser nos manières de créer et d’acheter pour que la situation mondiale aille « mieux ». Pour les dommages que l’on fait aux écosystèmes, ils sont notables, mais tout dépend dans quelle direction l’on s’en va. Ça aura pris 200 ans et 5 milliards de personnes et demie en plus pour qu’on en arrive là. Ça ne s’arrangera pas dans les 20 prochaines années, mais ça peut se faire progressivement à partir du système que l’on a créé.

  4. « l’idée erronnée que le bonheur passe par le matérialisme. »

    Je suis d’accord, mais si notre système qui encourage la consommation était quasi nul au niveau de la pollution et du gaspillage, cette question du matérialisme serait futile. C’est tout ce que je dis. C’est le contexte qui rend substantiel cet argumentaire.

  5. Encore et toujours une question d’argent!

    Je trouve absurde que sans cette taxe, les entreprises (et les gens) continueraient de polluer sans remords. Merde! On vit tous sur la même planète, non? Quelque part, à moins de se foutre de notre propre future et celui de nos enfants, je crois que le gouvernement doit être beaucoup plus sévère.

    Si tous les pays adoptent les mêmes principes environnementaux, il n’y aura plus la hantise de voir partir nos entreprises pour d’autres pays moins sévère. Qu’est-ce qu’on attend?

  6. « Si tous les pays adoptent les mêmes principes environnementaux, il n’y aura plus la hantise de voir partir nos entreprises pour d’autres pays moins sévère. »

    C’est certain que ce serait l’idéal. Mais nous en sommes loin, trop de pays pauvres seraient perdants…

  7. « C’est certain que ce serait l’idéal. Mais nous en sommes loin, trop de pays pauvres seraient perdants… »

    Ou gagnants à ne pas embarquer… Couper dans les mesures de protection de l’environnement, des employés et dans la rémunération, ce sont les meilleurs moyens que certains pays ont trouvé pour attirer du capital chez eux. Le jour où l’on pourra faire cela sera le jour où Wal-Mart aura des sous-traitants en Chine syndiqués qui gagneront plus de 10,000$/an.

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