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Le compost domestique


Je suis en ce moment dans les recherches sur un design de composteur domestique, alors je me suis dit que je parlerais un peu du sujet. C’est un domaine relaivement vaste, mais peu recherché, vu sa complexité d’exécution par rapport aux autres méthodes de compostage (le compostage en andain, utilisé en agriculture, et le compostage municipal à échelle industrielle).

Le compostage domestique, c’est celui qui est pratiqué à la maison, le plus souvent avec des déchets de tables, et qui est laissé dehors dans un bac noir pendant un an avant qu’on le ressorte, histoire de l’étaler sur nos fleurs. À la base, c’est une manière de réduire la grosseur de son sac-poubelles en utilisant la matière organique biodégradable et créer une matière qui enrichit les sols. Il a en effet été prouvé par le passé que le compost fait un excellent travail pour cela; il réduit la densité du sol, permettant plus de circulation, et lui apporte quelques nutriments au cour des premiers jours. Il permet aussi de faciliter la rétention de l’eau dans les sols, chose que les plantes apprécient beaucoup. Si vous arrivez à commencer votre compost en été, l’élévation de température par les activités microbiennes permettra même de tuer les graines de mauvaises herbes présentes dans le compost, mais ce n’est pas quelque chose de garanti. Tout dépendra si vous savez bien gérer votre compost, ce qui est une science fort complexe, surtout quand on joue avec des petits volumes de moins de 1 mètre cube.

Le compost domestique est moins efficace que les autres composts à cause de son volume. À cause du volume, du fait que l’on y ajoute constamment de la matière organique (des détritus) et des connaissances limitées des gens qui le pratiquent (disons que contrairement aux composteurs urbains, vous ne contrôlez pas la température, le pH, l’humidité relative et le taux d’oxygénation du compost), les modèles de compostage sont parfois très compliqués.

Tout d’abord, on a du vous dire que le compost produisait sa propre chaleur à cause des bactéries qui, en ce nourissant, en dégagent. C’est effectivement vrai. Or, pour un compost de moins d’un mètre cube (environ 400 à 500 kilos – ce que vous aurez de la difficulté à atteindre), l’isolation que fait le compost est très petite, et cette élévation de température est à peine remarquée, sauf si vous commencez à composter en été, dans une période où il fait déjà très chaud. Cela est du au fait que le compost n’est pas assez épais pour bien isoler et conserver sa chaleur et que les premières bactéries du compost deviennent très actives à des températures qui atteindraient le 35 degré Celsius, environ. Un des problèmes du compostage est donc que c’est une activité saisonnière, dans le cas du compost domestique. On a un volume limité pour faire du compost (le composteur), sa dégradation est très lente (elle peut prendre environ 6 mois) et le compost est saisonnier, car la température ambiante est trop peu élevée.

On demande aussi aux gens de tourner leur compost assez souvent, pour l’aérer. Effectivement, il faut aérer son compost, afin de lui offrir de l’oxygène et de détruire les structures un peu trop grosses que les bactéries ont de la difficulté à digérer. Si un compost n’est pas aéré, les bactéries qui entreront en jeu seront anaérobiques (bactéries qui vivent dans des milieux sans oxygène). C’est bactéries relâchent, comme sous-produit de la digestion, du méthane et des hydroxides de souffre, ce qui donne une belle ôdeur d’oeufs pourris. Dehors, ça ne paraîtra pas, car l’ôdeur se dissipera toute seule. Par contre, la qualité du compost en sera moindre. Tourner son compost une fois par mois est un minimum, si vous en avez de larges quantités, mais certains experts suggèrent de le faire « aussi souvent que vous le pouvez ».

Je travaille en ce moment sur un projet de composteur urbain qui aurait un volume d’environ 600L (.6 mètres cubes) et pourrait servir pour un logis assez grand. Le vermicompost est une option possible aussi, mais elle pose certains problèmes de gestion et ce n’est pas tout le monde qui aime élever des vers de terre dans sa cuisine. Si le design fonctionne, je vais possiblement le publier ici, mais en attendant, il restera relativement secret. Le composteur auquel on songe offre quand même des défis de taille.

En attendant, si vous voulez un composteur domestique pour votre maison, suivez ces quelques conseils:

-NOIR! Votre composteur doit être noir. Le noir absorbe les rayons solaires et permet de hausser la température du compost. Tenez en compte que théoriquement, plus la température du composteur est élevée, plus les bactéries seront actives. En vérité, ce n’est pas vrai dans tous les cas, car il y a une phase mésophile et thermophile (j’expliquerai plus tard, mais cela a à voir avec la température à laquelle opèrent les microorganismes), mais c’est pour un compost domestique, cela demeure l’idéal.

-Ayez une structure rotative et utilisez-la. Les meilleurs composteurs devraient vous permettre de les « brasser » sans y aller à la fourche, ce qui use les matériaux et n’est pas aussi efficace. Un composteur cylindrique ou sphérique qui vous permet de le tourner sur lui-même, c’est l’idéal. En fait, au niveau des activités microbiologiques, tourner votre compost efficacement est probablement plus important que d’avoir un composteur noir.

-Si vous voulez avoir un bon compost, remplissez le composteur jusqu’au bout et ne le videz pas tout d’un seul coup. Cela permettra de profiter un peu mieux des capacités isolantes du compost.

-Si vous pouvez vous le permettre, compostez le plus longtemps possible. Après 6 mois, le compost aura perdu quelques nutriments, mais vous serez sûrs qu’il sera presque inactif. Si votre compost est encore en train d’être digéré quand vous l’étendez sur le sol, les bactéries réduiront l’apport d’oxygène fourni dans votre sol.

En gros, c’est pas mal ce qu’il y a à savoir si vous voulez lancer du compostage dans la cour d’un milieu urbain. À Montréal, il y a quelques écocentres qui ont des centres de compostage plus efficaces, mais ça ne bat pas le composteur d’Edmonton… Mais celui-là, on en parlera une autre fois.

4 réflexions sur “Le compost domestique

  1. Très intéressant Manx!

    Nous on en a acheté un 2è l’an passé. Le premier se remplissait en 9 mois environ, ce qui ne laissait pas le temps à tout ce qu’on y mettait de bien composter. Comme tu dis, ça ne sent pas, et ça diminue de BEAUCOUP la quantité de déchets domestiques.

  2. En 9 mois, le compost devrait être assez bien fait. Le défaut du compost domestique, c’est qu’on y rajoute constamment des trucs, au fur et à mesure qu’ils viennent. En industrie, on commence à composter une grosse « batch » d’un seul coup, ce qui donne un résultat uniforme, mais coûte énormément plus cher. Pour les ôdeurs; il faut savoir que si ça sent, c’est souvent un signe que l’on ne fait pas son compost comme il faut. C’est habituellement du au ratio Carbone-azote ou au fait que le compost n’est pas tourné assez fréquemment. Un vrai compost bien fait ne sent pas et perd 40% de son volume.

  3. hello

    alors ça donne quoi ce composteur design ? je vais emménager dans une maison avec jardin et suis preneur d’infos !!

    merci et @ bientôt.

  4. Je vais faire des calculs sous peu, mais mon composteur a été modifié et j’ai l’intention d’utiliser de l’énergie solaire passive pour créer un mouvement d’air dans le compost. Dès que le tout sera terminé, j’enverrai des plans sur mon site et les bénéfices du composteur.

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