Environnement (archives)

La séquestration du carbone


Le protocole de Kyoto, signé en 1992, est un des documents qui a été à l’étude cette année. J’ai lu la version écourtée, et je suggère à tous ceux qui sont intéressés par l’environnement de lire la version abrégée (12 pages), et ce même si c’est un processus douloureux. Ça empêchera les détracteurs de l’environnement et les environnementalistes de ne pas dire de conneries. J’ai vu plusieurs personnes dans le passé dire que la séquestration du carbone n’est pas une bonne chose ou que les environnementalistes ne font que tenter de réduire notre qualité de vie; pourtant, le protocole qui est LA référence au niveau des émissions de GES (et ce malgré le protocole de Bali) cite cette alternative comme une des pistes à envisager pour régler le problème du changement climatique. J’ai déjà traité d’une de ces alternatives, qui est la plus prometteuse à mon avis, car elle a prouvé son efficacité: le biochar. Bien entendu, comme dans tous les domaines biologiques, l’important est toujours de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Comme vous le savez, la majorité du carbone présent est contenu dans les océans. Il existe beaucoup d’autres gaz à effet de serre, le plus connu étant le méthane (21 fois plus dommageable à l’effet de serre que le gaz carbonique, et largement émis par les industries et naturellement via les milieux humides). La séquestration, par contre, est majoritairement employée pour absorber du carbone, composante du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane (CH4). Donc, absorber du carbone diminue la quantité de méthane et de dioxyde de carbone dans l’air, deux des plus importants GES.

La séquestration, en une phrase, c’est d’employer une source qui va absorber du carbone dans l’atmosphère et la conserver sous une autre forme. Nous sommes une forme de stockage de carbone, le sol en est une, l’océan aussi, etc.

Mais pour avoir une séquestration efficace, il existe certains critères. Ceux-ci viennent d’eux-mêmes, mais voyons-les:

La solution doit absorber du carbone à court terme

Cela est très important. Même si on demande toujours de voir les émissions de GES sur un portrait à long terme, avoir une idée de l’absorbtion et de notre effet à court terme au niveau de la séquestration est primordial. Si la séquestration n’offre pas de résultats mesurables dès le début, comment peut-on expliquer aux gens, payeurs de taxes ou actionnaires, qui ont payé pour réduire la quantité de carbone dans l’atmosphère, qu’ils n’en verront les résultats que d’ici 20 ans? Avoir un effet à court terme sur les émissions de GES est donc important, pour l’image publique et pour être sur que du carbone sera absorbé par la solution suggérée.

À mon avis, des résultats doivent donc être mesurables dans les 5 premières années.

La solution doit absorber du carbone à long terme

Cette condition est la plus importante. Absorber du carbone à court terme et le séquestrer est important pour l’image publique et être plus certain de l’exactitude des résultats, mais l’objectif aussi est d’avoir un effet à long terme. Plusieurs solutions, notamment de planter des forêts, tendent à démontrer qu’à long terme, certaines sources peuvent relâcher du gaz carbonique. Les territoires de coupe forestière ne peuvent donc pas être considérés comme une source de séquestration de carbone, car à long terme, les arbres commencent à respirer (absorber moins d’oxygène que le CO2 relâché) et parce que le carbone relâché par la matière organique devient à nouveau du carbone atmosphérique.

Donc, au bout de 50 ans, la solution employée doit avoir absorbé plus de carbone qu’elle n’en a relâché.

Une personne doit être responsable de la séquestration

C’est simple, mais il faut qu’il y ait une personne à blâmer si la séquestration finit, à long terme, par ne pas avoir l’effet escompté. Il doit y avoir des coupables, soit des compagnies ou des gouvernements. Des gens paient pour que le carbone soit séquestré; si la solution impliquée n’a pas d’effet, il faut une personne responsable. Habituellement, ce serait une compagnie ou une OSBL. La TD plante par example des arbres pour séquestrer du carbone. Si elle recevait des fonds pour le faire et que dans 10 ans, une analyse montrait que les arbres plantés avaient relâché 10 tonnes de CO2 par acre au lieu d’en absorber, les gens qui ont payé pour l’initiative devraient pouvoir prendre des actions légales pour punir cette inefficacité.

Cela semble simple aussi, mais le marché de la séquestration du carbone est nouveau, et il est encore dur de concevoir que l’on puisse mettre un prix sur la tonne d’équivalent CO2. Il faut que l’on traite ce domaine comme n’importe quel autre domaine créateur de richesse, et ce même si cette richesse est surtout environnementale (environnemental: qui a trait du milieu de vie de l’être humain).

La séquestration doit être mesurable

C’est ce qui est le plus compliqué. On ne se concentre pas depuis longtemps sur la modification du cycle du carbone.  C’est un cycle de l’eau, en version encore plus compliquée. La séquestration du carbone est donc quelque chose de génial! L’être humain modifie un cycle planétaire important pour contribuer à régler un changement climatique planétaire. Planter des arbres, ça ne semble pas être le genre de solution « high-tech » à laquelle on pourrait songer pour régler un problème d’écosystème, mais en fait, elle fait partie d’une des missions les plus complexes dans lesquelles l’être humain s’est embarqué. À mon avis, c’est un défi plus grand que d’envoyer un homme sur la lune.

Mais comme la séquestration est une partie du domaine de la biologie dont on ne se soucie pas depuis longtemps. Les papiers commencent à abonder et plusieurs personnes ont des idées farfelues en cour d’expérimentation, pour absorber du carbone. J’ai parlé du biochar, une autre serait de semer du fer dans les océans pour stimuler la croissance d’algues qui absorberaient du carbone en augmentant la biodiversité et par photosynthèse (phénomène qui absorbe plus de CO2 qu’il n’en relâche, afin de former des molécules de glucose, un sucre dont chaque molécule contient 6 atomes de carbone – C6H12O6). Par contre, cette idée n’est pas appuyée par la communauté scientifique entièrement et plusieurs questionnements ont besoin d’être répondus avant que ce procédé ne soit considéré « acceptable ».

Avant que la communauté scientifique n’ait fermé ce débat de façon crédible, une entreprise a voulu vendre de la séquestration de carbone à 5$ la tonne et de fertiliser une partie de l’océan atlantique. Devant les pressions de Greenpeace et d’autres organismes qui affirmaient que la science n’avait pas évalué les conséquences du phénomène suffisament, le voyage a été annulé de force et l’entreprise en question, Planktos, a été menacée de faillite et s’est rétractée de son projet dans la honte (cela sera le sujet d’un de mes articles à venir). Les environnementalistes ont donc prouvé que la biologie est une science contenant beaucoup d’inconnues, et qu’il faut donc l’évaluer adéquatement avant de proposer des changements majeurs, comme la fertilisation des océans avec des particules de fer. On ne veut pas d’un autre kudzu.

La séquestration doit avoir des conséquences positives ou neutres

Une des solutions pour réduire le CO2 dans l’air serait de respirer moins souvent. Comme l’on relâche plus de CO2 dans l’air que l’on n’en absorbe, nous sommes des émetteurs de CO2. On relâche environ 4 à 5% des gaz de la respiration en forme de dioxyde de carbone. On estime que l’on relâche 5-8 litres par minute en air. Cela représente donc des émissions de CO2 de 0.2925 g/minute dans l’atmosphère par personne. 6 milliards de personnes, au cour d’une minute, émettent donc 1755 tonnes de CO2, simplement en respirant.

Ce serait ridicule, par contre, de dire aux gens de respirer moins pour sauver l’environnement. C’est la même chose pour la séquestration; pour effectuer une séquestration acceptable, elle ne doit surtout pas avoir des conséquences négatives.

La séquestration a des avantages. Elle stimule la recherche, elle crée de l’emploi, elle peut ajouter d’autres valeurs (comme le biochar, qui aide à la fertilisation des sols), elle peut améliorer l’environnement des gens, etc. Par contre, une séquestration mal gérée peut avoir des conséquences négatives. Elle peut déplacer des populations, réprimer certaines parties de l’économie, etc. Il faut donc adéquatement évaluer les conséquences sociales d’une séquestration.

À ne pas confondre

La séquestration et la réduction à la source sont deux choses différentes. La séquestration, c’est d’absorber du carbone contenu dans l’air pour le stocker ailleurs dans le cycle du carbone. Les principales absorbeurs de carbone sont les sols et les océans, mais aussi la biodiversité.

La réduction à la source est l’action de réduire l’impact des émissions de carbone dans l’air. Capter des biogaz et effectuer de la digestion anaérobique est pour l’instant considéré comme une forme de réduction à la source. En brûlant du méthane, par example, on relâche du dioxyde de carbone, qui est un GES moins nocif. On ne retire pas du carbone de l’air, mais on en réduit les émissions.

Pour que l’environnement se porte mieux, il faut donc utiliser les deux options; si on ne fait qu’absorber plus de carbone de l’air, le problème n’est pas entièrement réglé, et si l’on réduit les émissions de GES sans trouver de moyen pour stimuler le cycle du carbone, je ne crois pas que le plan de gestion des GES ne soit acceptable. En fin de compte, les gens qui ont créé le protocole de Kyoto tenaient compte de ces deux façons d’adresser le problème du changement climatique anthropogénique (causé par l’Homme).

3 réflexions sur “La séquestration du carbone

  1. la séquestration du carbone est une bonne idée, en association avec la réduction à la source, pour ramenr le taux du CO2 dans l’atmosphére à son seuil normal.
    Reste la pratique!

  2. Le compostage par les « EM »(effectives migrorganismes) me semble une digestion en anaérobie et participerait dans ce cas à la réduction à la source des émissions de gaz à effet de serre?

  3. À ma connaissance, la majorité des cas de digestion anaérobique relâchent plus de GES (à cause du méthane) que le compostage aérobique ou la dégradation naturelle. Je peux me tromper, mais je ne crois pas que cela soit une réduction à la source.

    Les réductions à la source sont des réductions dans les émissions quantifiables d’un procédé conventionnel. Dit en une phrase, ça a l’air compliqué, mais une réduction à la source d’émissions de GES, ce n’est que de réduire ses émissions en consommant moins ou en adoptant des méthodes qui émettent moins de GES pour accomplir le même but.

    Le biochar, par exemple n’est pas une réduction à la source, mais bien une séquestration. On enferme le carbone dans des molécules de matière s’apparentant à un sol et on enferme ledit carbone dans le sol pour qu’il n’aille pas dans l’atmosphère former des liens avec le dioxigène (CO2) ou d’hydrogène pour faire du méthane (CH4).

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