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L’éolien: profitable au Québec


Je suis tombé sur un commentaire qui traitait de la non-profitabilité des éoliennes et des panneaux solaires au Québec. Ça tombe par hasard sur une question à laquelle j’ai du répondre l’an dernier dans un de mes cours. J’ai donc retrouvé ma méthodologie et mes calculs.

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Avec mes calculs, j’arrive à un profit (après taxes et impôts) d’environ 80,000$ pour une éolienne qui a tenu pendant 20 ans. Pour ce faire, il faut compter quelques trucs.

Modèle de turbine: J’ai choisi la EWT 750 kW DirectWind. Ce n’est pas la meilleure turbine pour la situation. Les vents moyens de Bromont sont de 6 m/s. La vitesse optimale de cette turbine est de 13m/s, mais son avantage est qu’elle peut générer de l’énergie à partir de 2.5m/s. Il serait possible d’en trouver une mieux adaptée à la région.

Le coût de la turbine: Habituellement, on dit que l’éolienne coûte 1000$ par kW de puissance. Une éolienne de 750 kW coûte donc 750,000$. J’ai ajouté quelques sous de plus.

Entretien: Pour entretenir l’éolienne, il faut construire une route qui y mène, ainsi que passer des patrouilles. 10% de la valeur de l’éolienne par année semble être une bonne estimation du coût d’entretien, surtout vu qu’elle demandera possiblement des réparations mineures à la fin de sa vie. J’ai bien entendu augmenté le coût un peu.

Coût du terrain: Il faut un espacement entre les éoliennes équivalent à 3 fois le diamètre de la rotation les affectant. Pour EWT 750, il faut donc environ 9.5-10 hectares de terrain pour placer une éolienne. Il faut aussi qu’elle respecte les zones de distance des maisons et des voisins. Comme la région des Cantons de l’est vend des terrains à environ 0.35$/pi², une conversion m’a permis de calculer le prix d’un terrain vacant pour y placer une éolienne.

Énergie générée: Cette valeur a été obtenue à partir du Canadian Wind Energy Atlas. Il démontre que l’éolienne est utilisée à 35% de ses capacités.

Coût de l’électricité: C’est le prix à laquelle la Régie de l’Énergie achète de l’énergie éolienne, en vertu du dernier appel d’offres d’énergie éolienne. Le coût est un peu plus élevé que ce que les Québécois paient en électricité, mais l’économie se fait sur le principe que cette énergie économisée permettra de vendre de l’électricité aux États-Unis, et compte aussi sur le fait que le prix de l’électricité augmentera (le gouvernement du Québec n’achètera de l’électricité de cet appel d’offres que vers 2012).

Au total, on conclut que chaque éolienne rapportera 7.20% de la valeur de l’éolienne initiale et de son terrain en profits (c’est-à-dire après avoir remboursé le coût de l’éolienne et du terrain). La marge de profits est très légèrte, parce que la turbine employée n’est pas très bonne et que j’ai exagéré les dépenses. Une turbine mieux adaptée et l’emploi de plusieurs éoliennes à la fois permettra de diminuer ces coûts et donc, d’augmenter la marge de profits.

Mais ce qu’on voit est que c’est possible de faire des profits avec des projets éoliens au Québec. Bromont est une région particulière en Estrie, car il y vente plus qu’ailleurs, mais il y a d’autres régions au Québec qui ont un meilleur potentiel éolien que Bromont et qui sont proches d’un bassin de population. Veuillez aussi noter que le calcul que j’ai effectué ne concerne qu’une seule éolienne; afin d’avoir une entreprise profitable, un parc éolien devrait compter plus d’une seule éolienne, bien entendu.

9 réflexions sur “L’éolien: profitable au Québec

  1. Pour te donner une référence, la centrale de Beauharnois a, depuis qu’elle a remboursé le coût de construction de sa centrale, un coût de production de 0.01$/kWh. Il faudrait voir un peu les études au sujet des centrales, mais cela dépend d’autres facteurs bien particuliers. Le transport de l’électricité, pour les complexes du Nord, par example, augmente de beaucoup le coût de l’électricité.

  2. Il est évident que l’exploitation des « gisements éoliens » les plus éloignés, i.e. dans le Nord, augmente les coûts. C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre, à mon avis, à ce que le secteur privé veuille ou puisse même se lancer dans l’aventure de tels développements. Cependant, Hydro-Québec, de par ses moyens techniques et financiers importants, pourrait très certainement envisager de se lancer dans l’exploitation éolienne à grande échelle.

    L’Estrie est une région intéressante pour des exploitations éoliennes gérées par des entreprises d’économie sociale, des PME ou des municipalités. En fait, toutes les régions relativement peuplées du Québec se prêteraient bien à un tel modèle d’affaires. Cependant, c’est dans le Nord que se situe notre réel potentiel. De mémoire, les régions du Nord-du-Québec, du Saguenay-Lac-St-Jean, de la Côte-Nord, de la Gaspésie et du Bas-St-Laurent comptent tout près de 4000 GW de potentiel éolien techniquement exploitable. À titre comparatif, Hydro-Québec gère une puissance installée située autour de 33 GW.

    Quand réalisera-t-on l’ampleur de la richesse qui souffle dans notre cours?

  3. Le problème est, comme je l’ai mentionné auparavant, que Hydro-Québec n’a pas envie de gérer de l’éolien. Leurs employés, dans tous les secteurs, sont formés pour faire fonctionner de façon impressionnante l’énergie hydroélectrique, mais ils ont de la difficulté à gérer d’autres formes d’énergie renouvelable, comme l’éolien, qui souffle particulièrement.

    Aller dans le Nord est aussi un risque, car il faut concevoir des éoliennes résistantes au froid. Mais cela a du potentiel.

    Finalement, pour avoir une bonne idée de la situation éolienne au Québec, l’atlas du vent Canadien est très utile. En regardant dans l’onglet « map », on peut voir très bien quelles régions sont les plus propices à l’éolien. La MRC de Brome-Mississquoi est la région avec le meilleur potentiel éolien des régions de Montérégie-Estrie-Montréal. Ils sont au courant, et c’est pourquoi la MRC a émis des règlements de zonage bien particuliers concernant les éoliennes commerciales.

  4. Cette réticence d’Hydro-Québec explique pourquoi la filière éolienne ne se développera jamais à grande échelle tant qu’un gouvernement ne prendra pas une orientation ferme en ce sens. Et pour l’instant, hélas, rien de tel ne pointe à l’horizon pour quelque parti que ce soit.

    Quant aux éoliennes résistantes au froid, des progrès intéressants ont déjà été réalisés à l’UQAC, où l’on conduit des recherches sur le givrage des matériaux. La possibilité de fabriquer des éoliennes résistantes au gel est de moins en moins hors de portée.

  5. Effectivement, la réticence d’Hydro explique l’absence de grands projets éoliens tant que le gouvernement choisira de ne pas mettre ses culottes dans le dossier éolien. Hydro-Québec a déjà eu des projets éoliens en Gaspésie et s’est planté pour plusieurs raisons, incluant le manque d’expertise et la surspécialisation en hydroélectricité.

    En étant honnête, si on veut d’une production d’énergie éolienne à grande échelle, il faudra passer par un autre chemin que l’Hydro. Un privé profondément encadré par la régie de l’énergie, des projets coopératifs ou une seconde société d’état seraient des alternatives possibles pour développer la filière éolienne au Québec. Le problème des coopératives est que souvent, un trop petit nombre d’éoliennes sont commandées, ce qui augmente les délais chez le manufacturier (dans un marché en manque d’éoliennes – la demande augmente de 30% par année et l’offre ne suit pas facilement). Certains manufacturiers, comme Vestas, refusent maintenant les petites commandes, car ils ne peuvent pas fournir. Si nous voulons des systèmes d’éolien coopératif au Québec, il faudra donc y ajouter une structure centrale pour la coordonner suffisament (mais pas trop non plus).

    Pour les éoliennes résistantes au froid, je crois que la technologie est prête depuis 5 ans environ. Le défaut est la demande. À part dans le Nord de l’Europe, je ne sais pas s’il y a des fabricants qui font des éoliennes pour ces conditions. La technologie est là, mais je ne sais pas si l’implantation est faite en Amérique, ou faisable à court et moyen terme. Si d’autres projets similaires en éolien (Alberta, Manitoba, Nord de l’Ontario) venaient à prendre forme, là ce serait autre chose.

  6. J’ai réellement l’impression que nous sommes en train de passer à côté de quelque chose d’extrêmement intéressant pour le Québec et ce à tous les plans. Nous pourrions nous lancer tant dans la production éolectrique (tiens donc, je me mets à inventer des néologismes) que dans la fabrication d’éoliennes à proprement parler, le tout à relativement court terme, et devenir un véritable eldorado du vent. Nous avons les ressources, le potentiel, la clientèle… Quel gaspillage que personne n’y travaille activement.

    Reste que je ne suis pas convaincu qu’Hydro-Québec se montrerait incapable de développer l’éolien si on le lui demandait. Une expertise, ça se développe et ça s’importe. Avec le potentiel ahurissant de notre territoire, nous pourrions très certainement attirer des ingénieurs et techniciens spécialisés d’Europe pour travailler sur nos projets et former notre monde. Je penche plus personnellement pour une nouvelle division d’Hydro-Québec que pour une société d’État séparée.

  7. Si je me rappelle, l’UQAR a une chaire d’études en énergie éolienne et la polytechnique est un pôle de recherche important.

    Je suis convaincu que Hydro-Québec ne fera plus d’éolien. Il faut comprendre que ce ne sont pas seulement les ingénieurs et les techniciens de H-Q qui sont spécialisés en hydroélectricité; les gestionnaires et les nombreux comptables spécialisés à l’hydro savent extrêmement bien gérer l’hydroélectricité, qui a ses propres particularités (coût du barrage, amortissement, réserves, achat d’électricité étrangère en cas de pics, etc.).

    Une spécialisation, ça se développe, mais l’expérience nous montre que c’est toujours risqué pour une entreprise de tomber hors de son mandat initial. Regardons Québécor, par example, dont le mandat initial était d’être une maison d’édition. Hormis dans TVA, le JdM et le JdQ, elle se plante avec Vidéotron et ses services d’installations parce que c’est hors de son mandat initial. Elle a de la difficulté, et ce malgré la rationalisation des coûts (sous-traitance des installateurs de cablodistribution, etc.)

  8. @ Manx: Je ne parlais pas de recherche (bien sûr toujours importante), mais bien de se lancer dans la production et la construction. J’ai en tête ici quelque chose de bien plus vaste que les quelques milliers de mégawatts qui ont été attribués jusqu’ici, de l’ordre de la dizaine de gigawatts et plus.

    En outre, à l’un des moments les plus fertiles de son histoire, l’État québécois a osé s’impliquer dans une panoplie de domaines où il n’avait aucune expertise, que ce soit en terme de connaissances techniques, de gestion, de prévision ou de structure. Tout cela, nous avons réussi à l’acquérir au fil du temps et sans trop de heurts. Mais, comme on dit, tout cela c’est de la poutine😉 … L’important reste que, peu importe la manière de s’y prendre, notre approche en matière d’éolienne est trop timide.

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