Société (archives)

Le microcrédit à l’abri de la crise


Dans un article récent, Muhammad Yunus (qui a gagné, avec la Grameen Bank, le prix Nobel de la Paix en 2006) s’est fait demander si la crise économique actuelle affectait le monde du microcrédit. Sa réponse: « Nous n’avons été touchés en aucun point par la crise économique. » M. Yunus justifie cela en mentionnant que le microcrédit se base sur des actifs existants ayant une valeur et créant de la richesse à long terme, comme des animaux d’élevage.

Le microcrédit est un principe économique qui sert le développement social et communautaire tout d’abord. Son principe est de prêter de l’argent à des groupes coopératifs pour démarrer un projet entrepreneurial à but lucratif dans un domaine où cette communauté a de l’expérience. Cela a permis à plusieurs personnes de se sortir de la pauvreté grâce à des sommes que nous, Occidentaux, pourrions considérer comme étant minimes.  Comme le prêt est alloué à un groupe coopératif composé de plusieurs personnes qui se réunissent et qui gèrent ensemble leur argent, peu de gens sont prêts à laisser derrière eux des dettes et, sous la pression du groupe, la majorité des prêts sont remboursés avec intérêts à la fin d’une période de un à deux ans.

Le but du microcrédit est donc de fournir de l’argent aux gens pour qu’ils puissent le faire fructifier. La Grameen Bank, par exemple, visite souvent les villages où elle prête de l’argent et arrive à bien évaluer la situation des communautés locales. Cela permet à cette banque de développement social d’assister les gens et de les aider à sortir de la pauvreté.

Certaines communautés profitent du prêt pourdémarrer un élevage animal (un élevage laitier ou un poulailler, par exemple), pour irriguer leurs plantations ou pour fabriquer des textiles qu’ils peuvent ensuite vendre pour rembourser l’argent emprunté. Depuis 1978, la Grameen Bank, ainsi que plusieurs groupes de microcrédit, ont réussi à faire sortir de nombreuses communautés de la pauvreté à travers le monde.

Cette banque est surprenante sur plusieurs points. Par exemple, les membres de coopératives doivent réciter 16 engagements avant de recevoir leur prêt; parmi elles, on retrouve l’engagement à faire pousser un jardin afin de subvenir aux besoins de la famille. Par contre, ce qui me frappe le plus est le sixième engagement, qui fait que les gens doivent s’engager à avoir une petite famille.

6.0  We shall plan to keep our families small. We shall minimize our expenditures. We shall look after our health.

La Grameen Bank a d’abord et avant tout un but de développement social, et inciter les familles à avoir moins d’enfants afin de subvenir plus adéquatement à leurs besoins est un de leurs objectifs. Le but du microcrédit n’est donc pas de faire de l’argent; malgré tout, la Grameen Bank n’a cumulé des déficits que durant 2 années depuis 1984. Le but principal du microcrédit est de sortir des gens de la pauvreté en leur donnant des moyens financiers qui leur permettent de s’enrichir. Elle permet aussi d’éduquer la population afin de la rendre plus responsable, par les engagements conditionnels au prêt et par la notion du prêt elle-même. En prêtant de l’argent au lieu de la donner, les entreprises de microcrédit responsabilisent les communautés sur la valeur de l’argent.

Un autre détail très intéressant de la Grameen Bank réside dans leurs indicateurs de la pauvreté. Selon leur évaluation, une famille qui s’est sortie de la pauvreté est une famille qui:

-Vit dans une maison ayant un toit de tôle

-Où aucun membre de la famille ne dort sur le sol

-Où les enfants ont accès à l’école primaire

-Qui utilise des latrines

-Qui mange trois repas par jour

-Dont les lits sont dotés de filets anti-maringouins

-Qui arrive à s’occuper de sa santé (accès aux médicaments, à un médecin en cas de blessures, etc.)

Ces indicateurs, loin de s’approcher de se baser uniquement sur le revenu, traitent de la situation réelle de la famille à partir d’observations faites sur le terrain, ce qui rend une telle entreprise très intéressante. Elles permettent aussi aux Occidentaux de voir quelle est la situation des citoyens du Bangladesh qui sont affectés par la pauvreté.

Finalement, un autre point qui est fascinant sur le micro-crédit est qu’il se rapproche, par sa forme, aux sub-primes. Les personnes qui ont eu droit aux sub-primes (que je traduirais en français par « hypothèques de seconde classe ») avaient à peu près le même profil que les gens qui ont accès au micro-crédit: on ne leur demande aucune preuve de revenus, de garantie d’emploi, etc. En gros, la banque qui offre une hypothèque ou un prêt de microcrédit n’a pas d’autre garantie que la parole de la personne qui encaisse le prêt. Dans un cas, les sub-primes ont mené à une crise économique sur papier qui nous a fait perdre des millions d’emplois; dans l’autre, le microcrédit a permis à des banques de faire des profits et a aidé à faire sortir des millions de personnes de la pauvreté!

Cela est du au fait que le micro-crédit se base sur la confiance des gens et en l’esprit de communauté. Le microcrédit investit aussi dans le but de créer de la richesse et de sortir de la pauvreté. Dans le cas des sub-primes, le tout a été un peu plus compliqué. Quelques explications s’imposent donc afin d’expliquer pourquoi le cas des sub-primes a eu lieu, et ce qui est particulier à propos de celui-ci.

Les sub-primes ont été alloués en bonne partie parce que les entreprises financières et des investisseurs pouvaient acheter les hypothèques à partir de CDO (Collateralised Debt Obligations – cela signifie qu’un investisseur achète les droits sur une dette à long terme à une banque,  comme l’hypothèque sur une maison, afin de pouvoir en collecter les paiements mensuels) et encaisser les paiements d’hypothèque. Comme il n’y avait pas assez d’hypothèques sur le marché, on a créé une bulle en demandant à des agents immobiliers de prêter de l’argent à des gens qui étaient plus à risque de ne pas avoir les moyens de payer leur maison. Dans certains cas, plusieurs agents ne demandaient même pas de preuve d’emploi avant d’octroyer une hypothèque. Cela permettait de vendre plus de CDO sur le marché. Si les gens étaient incapables de payer, comme c’est arrivé à plusieurs reprises, les investisseurs ne perdaient rien, car ils saisissaient la maison des mauvais payeurs et la revendaient. Comme le prix des maisons ne cesse d’augmenter, d’un point de vue financier, investir dans les CDO semblait un bon investissement, ce qui explique pourquoi plusieurs paquets de CDO ont obtenu une cote AAA (très bonne) ou BBB (assez bonne) dans les évaluations sur la sécurité de l’investissement. En d’autres mots, les gens qui achetaient les hypothèques de type sub-prime croyaient qu’ils détenaient un investissement sécuritaire et qu’ils ne couraient aucun risque. Le problème est que beaucoup trop de personnes ont été incapables d’effectuer leurs paiements d’hypothèque, ce qui a provoqué un effondrement du marché immobilier américain et donc, des banques et des institutions qui avaient investi de l’argent dans les obligations de crédit. Comme les investissements étaient souvent considérés comme « sécuritaires », cela a aussi nui à des entreprises qui ne prenaient pas souvent de risques.

Alors ce que l’on voit est que d’un côté, les banques de microcrédit font preuve d’altruisme en voulant investir dans des entreprises plus risquées et limitées en moyen. Cela leur a permis de sortir un grand nombre de personnes de la pauvreté et de faire un profit. De l’autre côté, les banques Occidentales ont prêté de l’argent à des gens dans le but égoïste de faire plus d’argent en vendant plus de CDO et, en cas d’impossibilité de paiement, de saisir la maison des personnes à qui elles ont octroyé un prêt. Cette vision réductrice de la micro-économie est ce qui a mené à la crise des sub-primes et joue un rôle majeur dans la crise économique actuelle. En tenant compte des impacts sociaux de leur rôle, les banques sont donc capables d’aider la population à s’enrichir et à se sortir de la pauvreté, alors que si elles n’en tiennent pas compte, elles peuvent parfois commettre des erreurs qui causent un effondrement boursier majeur.

Une réflexion sur “Le microcrédit à l’abri de la crise

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