Société (archives)

Retour sur les élections à Montréal


Bon,  j’ai pris quelques jours pour absorber le choc de la réaction des Montréalais lors des dernières élections, où 62% de la population de la ville a manqué à l’appel. Malgré tout, on peut dire que la campagne électorale ne manquait pas de rebondissements, de déclarations choc et de projets intéressants à voir.

L’administration de la ville a été comparée à celle de Palerme par un quotidien Torontois (la première image que je vois en ce moment est pour l’abonnement à MacLean‘s, titrant: Montreal is a CORRUPT, CRUMBLING city en rouge sur un scellé de sécurité policière). Bon, disons-le comme ça, le Globe & Mail et MacLean’s sont des anti-Québécois notoires et leur donner l’occasion de critiquer la ville en pleine campagne électorale ne les gêne pas le moins du monde. Je ne sais pas comment un journal peut faire pour critiquer une ville occidentale et son administration alors qu’elle est en campagne électorale, et ce plusieurs semaines après les scandales. Ça ne se fait pas, c’est dégueulasse, mais ça aurait du nous faire réagir. Au lieu de ça, 38% de la population Montréalaise a participé aux élections.

38%; ça satisfait le DGE, sauf que… Avec les publicités du DGE, après la suite de scandales de l’administration Tremblay, lors d’une lutte à trois extrêmement serrée dans les sondages, Montréal a à peine franchi le cap où une personne sur 3 est allée voter (en fait, le taux de vote devrait plutôt aller dans le 40%; on a comptabilisé comme le fait de ne pas voter si on ne votait pas dans les travaux de mairie d’arondissement ou autres). En gros, ce sont les prémisces d’une démocratie en deuil; une démocratie non-participative où, au final, ce sont les gens qui ont le plus d’intérêts à gagner qui l’emportent, et non ceux qui ont l’aval de la population. Avant les élections, un sondage plaçait Gérald Tremblay dernier (près de la marge d’erreur) entre les 3 candidats principaux, et il a fini par être élu.

La question qui demeure pour les électeurs est qu’en période de deuil électoral, qu’est-ce que les citoyens de Montréal peuvent faire? Espérer une intervention divine, l’arrivée du Messie dans 4 ans? Il y a mieux. Depuis longtemps, l’intervention directe auprès des élus a fonctionné. L’implication des citoyens dans la ville de Montréal a laissé sa trace, ou a placé des bâtons dans les roues des projets qui ne répondaient pas aux demandes des Montréalais du 21e siècle.

Deux exemples flagrants de projets que les Montréalais n’aiment pas: la rénovation sans imagination de l’échangeur Turcot et la transformation de la rue Notre-Dame en autoroute urbaine. Dans les deux cas, les citoyens des quartiers ont lancé des groupes de pression très solides. À cause de ces gens, la rue Notre-Dame aura d’ailleurs des voies réservées pour le transport en commun.  D’un autre côté, le BAPE a rejetté, il y a 4 jours, le projet de l’échangeur Turcot (en raison d’acquisition de propriétés – ce que dénonçait le groupe « Mobilisation Turcot »). Ces dossiers, bien montés, peuvent convaincre ou forcer les municipalités à changer leurs positions et amènent des résultats. Vous voulez participer aux décisions de votre ville? La bonne nouvelle est qu’il est de plus en plus facile de le faire et que les gens ont de plus en plus d’impact.

Un autre exemple, plus vieux maintenant; le quartier des Shops Angus. Les shops Angus, après leur fermeture, allaient être achetées par des promoteurs immobiliers qui avaient l’intention de faire des condos. L’endroit était intéressant; à proximité du métro Joliette, entre la rue St-Michel et le Jardin Botanique. C’était donc un coin accessible avec beaucoup de potentiel.

Un groupe d’étudiants en architecture et des urbanistes ont par la suite avancé l’idée que les Shops Angus devaient être un modèle de développement résidentiel urbain. On devait bâtir le quartier pour qu’il rencontre les besoins de la ville. Les élus municipaux ont été intéressés par le projet, et une OBNL (organisation à but non-lucratif) a acquis le quartier, administrée par la municipalité et le gouvernement du Québec. Le quartier des Shops Angus a eu des normes de construction particulière: normes de bâtiments rigoureuses, habitations à 3 étages (ce qui permet de densifier la population urbaine), 40% des logements réservés aux loyers abordables, espaces verts, etc. Les HLM ne sont pas « enfermés » dans un coin et sont intégrés au développement. Le fait que le quartier des Shops Angus soit aussi bien bâti est donc grâce au travail de plusieurs citoyens, qui ont fait des demandes aux élus municipaux et les ont aidés à façonner un projet crédible économiquement et socialement.

Montréal a un problème majeur de communications

Je voudrais aussi ajouter un dernier point sur la ville de Montréal: Bon Dieu, il vous faut un commissaire aux communications compétent! C’est grave! Je vais vous montrer un exemple de communications qui fonctionnent et de communications qui ne fonctionnent pas, en comparant le Quartier des Spectacles de Montréal au Moulin à Images de Québec.

Le Musée d'arts contemporains illuminé la nuit. C'est beau, n'est-ce pas?

Le Quartier des Spectacles, c’est un gros morceau de notre budget. Il est beau, nouveau, flamboyant; rien que de passer dans le centre-ville la nuit et on voit les changements. On a aussi refaçonné les rues Ste-Catherine et Jeanne-Mance pour qu’elles accueillent mieux les Festivals de Jazz et les Francofolies en été (deux de nos 3 plus gros festivals). Facture: 150 millions. Et ça en vaut la peine! Mais regardez le coup de publicité que Tourisme Montréal fait avec ça. Pas de discrimination; on investit 150 millions dans un projet, mais on ne lui donnera pas un espace réservé sur le serveur de l’office du tourisme. On va lui laisser une présentation sobre, sans photo, sans itinéraire, avec un petit paragraphe pour expliquer c’est quoi. Le site de tourisme Montréal, la vitrine touristique de la ville, n’a rien sur ce qui devrait être le plus important élément de Montréal cette année! J’ai vu des annonces de suppositoires mieux présentées que cela.

Au moins, le site du Quartier des Spectacles lui-même, a le don d’être bien fait. On lui donne directement une ambiance de Nightlife, les événements sont bien marqués et à jour. Chaque fin de semaine, on a une liste d’événements qui se passent au centre-ville de Montréal. Ça, c’est beau! Selon moi, il manque de vidéos sur la première page, mais le site est très bien fait. On a compris que quand on investit 150 millions dans un projet, on peut placer quelques dollars dans l’interface graphique du site web. Mais s’il vous plaît, remettez Tourisme Montréal sur la bonne route. C’est le site qui a pour but d’attirer les touristes ici.

Je vais comparer le Quartier des Spectacles au Moulin à Images, d’Ex-Machina et de Robert Lepage. D’abord, le Moulin à Images a eu plus d’attention médiatique que le Quartier des Spectacles. C’est un peu étonnant. L’événement est extrêmement beau, mais le synopsis est totalement différent; à Montréal, on reconstruit le centre-ville, on fait des jeux de lumières pour actualiser la ville au XXIe siècle, on retravaille l’aménagement des rues pour rendre les shows en public plus accessibles et plus intéressant. Et par-dessus tout: on n’en parle pas. À Québec, on fait une entente avec des artistes, on projette des dessins sur des silos à grain abandonnés et on cartonne! Il faut admettre que le résultat est beau, mais on doit beaucoup au fait que la ville et les gens de Québec ont mis leur projet de l’avant. Regardez le site officiel de Tourisme Québec sur le Moulin à Images et comparez-le à celui de Tourisme Montréal. C,est le jour et la nuit!  Le Moulin à Images a aussi son propre site, super bien bâti.

C’est ça que l’on voit en ce moment à Montréal. On a des projets, on les met de l’avant, on invesit de grosses sommes et on chiâle sur l’investissement, au lieu d’en profiter et de s’en servir. Montréal a de beaux projets à offrir et ils ne sont pas mis de l’avant adéquatement, ni par la municipalité, ni par l’office du tourisme. De son côté, le maire Labeaume et la ville de Québec cartonne avec ses événements de qualité. Québec est dynamique et Montréal coule son navirre en ce moment. C’est le temps pour que les citoyens démontrent qu’ils aiment leur ville, qu’ils aiment Montréal. Que l’on mette l’emphase sur nos accomplissements et que la ville en fasse de même. On a une belle ville, il s’y passe de grandes choses, et il serait temps de les reconnaître.

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