Énergie (archives)/bouffe (archives)/Environnement (archives)/WTF? (archives)

Les OGM: plus que de l’alimentation


J’ai des sentiments partagés sur la présence des OGM dans l’alimentation. Après plus de 10 ans dans notre alimentation, on n’a pas trouvé beaucoup d’études très concluentes sur les risques pour la santé, ce qui pourrait laisser croire que ces produits sont généralement considérés comme sécuritaires (GRAF, en anglais pour Generally Recognized As Safe). Même là, je ne peux pas dire en être certain.

Ce dont je suis certain, par contre, c’est que les OGMs nous ont été placés dans notre bouche comme on gave une oie: avec un entonnoir et sans nous demander notre opinion ou nous donner la chance de ne pas en manger. Le déficit est clair: aucun étiquettage obligatoire des produits contenant des OGMs. Pire encore, en 2000, l’ACIA (Agence Canadienne d’Inspection des Aliments) retirait même à Unibroue sa certification « sans OGM », qui aurait pu lancer une percée dans le marché éthique. À défaut d’étiquetter les produits contenant des OGM, on aurait pu acheter des produits qui garantissaient qu’il n’y en avait pas (par-dessus un niveau de 0.5%, du à la contamination – ce qui est une norme pour le bio en Europe). En refusant de nous informer sur les aliments que l’on mange, le gouvernement du Canada a fait preuve d’un mépris clair sur la facilité des gens à s’informer sur leur alimentation.

Au final, je ne sais pas pour vous, mais lorsque les OGM ont été lancés, on nous faisait de nombreuses promesses. Les manipulations génétiques allaient permettre de créer des fraises résistant mieux au froid (avec des gênes de poisson), de faire des tomates plus rouges et plus grosses. Cela nous permettrait d’adapter la biosphère à nos besoins, quoi. Je ne suis pas contre une biosphère mieux adaptée, tant qu’il reste un bon degré de résilience (j’en parlerai dans un autre billet). Au lieu de ça, la seule innovation que les OGM ont amené au monde de l’agriculture est de créer des « cash crops » (du maïs et du soya) résistants à un herbicide. Très peu d’OGM vendus de façon commerciale sont en fait autre chose que des graines de « Round-Up Ready ». Ces plantes rendent l’entretien plus facile et peuvent améliorer le rendement des pousses, mais lorsque l’on nous a vendu les bienfaits de cette technologie, on pouvait s’attendre à avoir plus de résultats. Pis encore, on aurait pu au moins s’attendre à ce que les produits contenant un certain niveau d’OGMs soient étiquettés, histoire de nous avertir.

Il ne faut pas oublier que les OGM nous ont été vendus comme une prouesse technologique qui changerait notre monde et notre façon de produire des matières biologiques. Au niveau alimentaire, on peut dire grosso-modo que ce n’est pas promesse tenue.  Mais ce qui est intéressant, c’est de voir les bienfaits que les OGM ont eu sur d’autres domaines de la biologie: en pharmaceutique et en bioénergie, par exemple! Voilà donc quelques progrès faits dans le génie génétique et qui ont été bénéfiques ou qui ont un certain avenir:

La Escherechia coli et le diabète

En microbiologie, rien ne bat la E. coli. Indicateur en qualité de l'eau et des aliments, elle est aussi utilisée comme principale matière première en génie génétique. Son code génétique est connu et très bien maîtrisé en plus de sa simplicité. Comme E. coli est un eucaryote, c'est une bactérie "simple" à comprendre. Ici, vous voyez une E. coli en peluche. Les livres que l'on voit en arrière-plan laissent entendre que cette bactérie pourrait être lettrée.


La bactérie E. coli contient 4288 gènes et est considérée comme la matière première du génie génétique en microbiologie. On a réussi à lui faire faire n’importe quoi, de la fermentation (produire de l’alcool) à la production de produits pharmaceutiques. Selon moi, la plus grande application du génie génétique a été de modifier l’ADN recombinante de la E. coli pour créer de l’insuline humain. Avec la hausse du nombre de diabètes de type II (le diabète de type I est un diabète de naissance, le diabète de type II se développe avec le temps) et du au fait qu’auparavant, l’insuline provenait du porc (le plus proche cousin de la version « humaine » de l’insuline) et pouvait être rejetée par le corps humain, l’apparition de l’insuline à partie de E. coli a permis d’améliorer la situation des diabétiques dans le monde.

La bactérie E. coli sert aussi au développement de certains vaccins.

Saccharomyces cerevisiae: la levure du brasseur et du boulanger

La levure sert, entre autres, à faire lever le pain lors de la cuisson et à fermenter les sucres en alcool, comme dans la bière, le vin ou le cidre.

La S. cerevisiae est au monde des levures ce que la E. coli est au monde des microbes. Elle est appliquée, en version non-modifiée, dans les principales commodités alimentaires qui demandent de la fermentation. C’est pourquoi, en anglais, on la surnomme « Baker’s yeast » (levure du boulanger) ou « Brewer’s yeast » (levure du brasseur). Cet eucaryote contient environ 5,700 gènes. La recherche a lieu dans le domaine des levures modifiées pour changer les arômes des vins et des spiritueux, mais la qualité des levures ne s’arrête pas là. Lallemand offre, par exemple, des levures enrichies en vitamine D afin d’améliorer la qualité de leurs levures de boulanger. De plus, la possibilité de faire des modifications génétiques à S. cerevisiae la rend particulièrement utile dans l’industrie de l’éthanol. Il est déjà possible de modifier génétiquement cette levure pour qu’elle digère de la cellulose et puisse produire de l’éthanol cellulosique. Le seul défi restant pour produire de l’éthanol à partir de n’importe quelle plante est de trouver une façon efficace de briser les chaînes de lignine qui entourent la cellulose (pensez à la lignine comme une forme de colle).

Les algues

Fermenteur expérimental pour les algues.

Une attention particulière est aussi portée aux algues en bioénergie, puisqu’elles contiennent beaucoup d’huiles (qui peuvent donc être converties en biodiésel), parce qu’elles demandent peu de place pour avoir une croissance et parce qu’il serait facile de contrôler leur environnement et de leur envoyer des nutriments. Même si pour l’instant, le biodiésel à partir d’algues n’est pas une pratique rentable, les avancées technologiques pourraient permettre de pouvoir remplacer une partie notable du diésel consommé dans le monde par un biodiésel d’huiles de micro-algues. Ces avancées seraient faites dans le domaine de la science des nutriments, de la conception des photobioréacteurs et dans le domaine du génie génétique. Une fois toute l’eau retirée, certaines algues ont même actuellement 77% de leur poids en huile.

Ce potentiel pourrait être amélioré en créant des algues qui contiennent plus d’huiles, qui poussent plus rapidement ou ont besoin de moins d’énergie (i.e. du soleil et des nutriments) ou qui peuvent mieux s’adapter aux stress. Plusieurs scientifiques ont déjà souligné que pour que les carburants à base d’algues fonctionnent et soient rentables, des modifications génétiques seront nécessaires.

Publicités

2 réflexions sur “Les OGM: plus que de l’alimentation

  1. Demande de Radio-Canada

    Je m’appelle Marie-Claude Pednault. Je travaille comme journaliste à la recherche à Radio-Canada.

    Je suis tombée sur le travail que vous avez fait avec Team nine concernant le projet de gazoduc de la Vallée du MacKenzie. J’aimerais bien en savoir plus sur vos conclusions et vos réflexions autour de ce projet.

    Si vous avez un peu de temps, donnez-moi un coup de fil : 514-597-4998

    Marie-Claude Pednault
    Journaliste à la recherche – Projets transculturels
    Radio-Canada

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s