Énergie (archives)/Environnement (archives)

Golfe du Mexique: Seriously, guys?!


Bon, en voyant la fuite de pétrole dans le Golfe du Mexique, je grogne. Le site IfItWasMyHome montre une image de la taille du déversement pétrolier. Si vous tappez « Put it back in the Gulf », vous aurez un aperçu assez bon de la fuite de pétrole et des points chauds. On peut voir que le déversement a atteint les baillou de Nouvelle-Orléans, avant d’aller prendre des vacances à Pensacola, comme le faisaient plusieurs Québécois dans le passé.

Des gens vous mentent, d’autres vous cachent ce qu’ils savent
Initialement, BP disait que 1,000 barrils de pétrole par jour fuyaient des fissures dans le conduit. L’administration nationale estimait plutôt une fuite d’environ 5,000 barrils par jour. Quand maintenant, on nous dit que le coffre de recouvrement actuel prévoit retirer 20,000 barrils de pétrole par jour, il faut que la fuite laisse couler, au minimum, 20,000 barrils de pétrole par jour.

Afin de ne pas endommager les efforts de rémédiation, un porte-parole de BP a dit que les scientifiques ne pourront pas utiliser d’instruments en profondeur pour mesurer le flot sortant du conduit. Les scientifiques estiment, en se basant sur les observations visuelles, que la fuite dans le conduit laissait couler 25,000 à 85,000 barrils de pétrole par jour.

D’abord, le 1,000 barrils par jour semble être, en regardant l’expertise de BP, un manque de connaissances, au mieux ou un mensonge à la population, au pire. Le fait de ne pas vouloir mesurer le flot de la fuite est une mesure pour cacher les résultats et ça ne permet pas d’évaluer la force des mesures d’urgence. BP ne peut pas évaluer l’efficacité de ses projets sans cela, et elle le sait. Si BP pompe 20,000 barrils de pétrole par jour sur une fuite de 25,000 barrils de pétrole, c’est un bon résultat. Si BP pompe 20,000 barrils de pétrole par jour sur une fuite de 85,000 barrils de pétrole, le résultat est médiocre! BP a besoin d’évaluer le flot de la fuite pour constater l’efficacité de ses méthodes.

Finalement, je me fie à quelque chose: le 22 avril dernier, on a commencé à constater la fuite de pétrole. Le coffre a été déposé vendredi dernier. On a donc eu une fuite de pétrole totale pendant 43 jours. Si on estime que l’on a (scénario optimiste et pessimiste) possiblement laissé une fuite de 20,000 à 85,000 barrils de pétrole, voilà l’étendue de la fuite, comparativement au nauffrage de l’Exxon Valdez. Même en étant optimiste, la fuite de BP est 3 fois plus grosse que l’Exxon Valdez. En étant, pessimiste, c’est possiblement 14 fois pire.

Cour d’initiation à la redondance
Je vais faire ça simple: la redondance, c’est le système d’urgence qui fait que la faille d’un élément dans un système ne causera pas la faille du système. Par exemple, sur un pont, si un pilier venait à s’écrouler pour une cause x, les ponts sont bâtis pour que le poids restant soit positionné de sorte que le pont ne s’écroule pas malgré tout. Pour faire une histoire courte, la redondance signifie cela:

L’échec d’un élément ne cause pas l’échec de toute une structure

Pour BP, la redondance en cas d’urgence était simple; on avait une valve d’urgence qui devait se fermer automatiquement, 1500 mètres sous la mer. On n’avait donc qu’un seul dispositif d’urgence. Comme on ne s’attendait pas à ce que la base pétrolière s’écroule, ce n’est pas trop grave. Mais dans un cas aussi inconnu que le forage en eaux profondes, on peut juger maintenant qu’il serait sage de compter sur plus qu’une seule valve de secour. Comme on le voit, il en coûte cher pour les entreprises de payer une facture supplémentaire de presque un milliard de dollars parce qu’on n’a mis qu’une valve dans le fond marin et que cette valve était déficiente.

Je tiens à ajouter aussi que comme la base de Deep Water Horizon n’avait qu’un élément de redondance en cas de bris, mon sac à dos a probablement plus d’éléments de redondance. Un sac à dos a 2 couroies et une sangle. Donc, si une couroie devait se briser, il me reste encore deux éléments utilisables (la couroie et la sangle). Quand on n’a qu’un dispositif de sécurité, il faut s’assurer à 100% que ce système de sécurité soit sans faille.

Le plan d’action: un échec évident
L’échec cuisant est de voir le nombre de solutions qui ont été testées avant que l’on ne trouve une solution dont on ne peut même pas évaluer l’ampleur. Je présume que la solution actuelle est efficace, mais sans données sur le flot d’écoulement, on ne peut en être certain. Il aura fallu 43 jours pour arriver à cette solution et plusieurs techniques testées. On comprend qu’il coûte cher de simuler des situations d’urgence ou de financer des expériences à une pression de 1.5 MPa (la pression approximative à cette profondeur – la pression atmosphérique au niveau de la mer est de 0.101 MPa). Mais de bonnes recherches et une bonne préparation à ces mesures d’urgence aurait permis de rendre le forage en eaux profondes une technologie moins risquée.

En attendant que l’on trouve des moyens de rémédiation efficaces et en attendant des données fiables sur les mesures d’urgence, ce serait mal vu de ne pas placer un contrôle très intense sur tout nouveau plan de forage en eaux profondes. Certains pourraient encourager les gens à lancer un moratoire, et je ne suis pas sur que ces personnes aient entièrement tord. Ce que l’on veut éviter, c’est un autre accident qui prendra 43 jours avant de trouver une solution fonctionnelle.

7 réflexions sur “Golfe du Mexique: Seriously, guys?!

  1. Bon là là, je vous harcèle jusqu’à ce que votre texte soit publié dans Idées dans Le Devoir…

    Toute cette histoire est absolument horrible et e ne comprends pas qu’après cela on trouve encore des gens pour critiquer la nécessité d’avoir de véritable politiques environnementales contraignantes.

    On a clairement un combat local au Québec avec Old Harry que Terre-Neuve peut forer et avec les gaz de shistes dont l’exploitation est prétendument sans risques.

  2. Les nouveaux contrats à Terre-Neuve m’inquiètent pas mal, personnellement. Avec les failles que l’on a constaté chez BP (remarquez que ça aurait pu arriver chez n’importe quelle entreprise qui fait du forage en profondeur), j’espère que leur protocole de mesures d’urgence contient au moins 3 redondances et un bon plan en cas de sinistres. Le gros problème est que Terre-Neuve a une politique énergétique déficiente et qu’ils comptent sur le pétrole off-shore près de leurs côtes pour s’enrichir.

    Pour le gaz schiste, c’est un peu un autre débat. Le Bas-Saint-Laurent est assis sur une nappe de gaz naturel. J’espère qu’éventuellement, on pourra l’exploiter de façon plus propre qu’en y injectant un cocktail de produits chimiques.

  3. D’abord je ne mords pas. Mais des indications plus complètes me paraissent souhaitables pour éviter ce qui peut engendrer des contradictions.
    Je propose de consulter le site Suisse :

    http://www.swissinfo.ch/fre/societe/La_pollution_s_aggrave_dans_le_Golfe_du_Mexique.html?cid=8793622

    RÉSUMÉ :
    Selon cet article, on constate que c’est lors d’un essai de production de pétrole (7000 barils par jour) que se serait produite la fuite et non lors d’un forage dont la profondeur est de l’ordre de 5000 mètres.
    Les quantités dont parle votre article ne me paraissent pas du tout les mêmes . . . 20000 à 85000 barils . . . 43 jours . . .
    S’agit-il de 20000 barils par jour ?
    S’agit-il de 85000 barils par jour ?
    S’agit-il de 7000 barils par jour pendant 43 jours ? (= 301000 barils).
    Dans cette zone, il y a des forages qui ont atteint des profondeurs de 9000 mètres.
    La question du pétrole dit : « ABIOTIQUE » et parfois prétendue pour ce puits, n’est ni en question, ni soulevée, ni résolue.
    Est-ce qu’actuellement, au jour de ce dimanche 4 juillet 2010, la fuite est arrêtée ?

  4. L’article que tu cites date de mai. Depuis, la fuite a été revue à la hausse 3 ou 4 fois. En date d’hier, les chiffres officiels sont une fuite de 30,000 barrils à 80,000 par jour, malgré le coffre de soutènement de BP (qui pompe 20,000 barrils par jour). Comme j’ai dit, puisque BP refuse d’évaluer la taille de la fuite ou que quiconque ne le fasse (pour se concentrer sur la rémédiation), on ne peut connaître l’ampleur réelle du problème. Comme on ignore l’ampleur de la fuite, on ne peut pas non plus évaluer l’efficacité des solutions que BP implante.

    D’ailleurs, la profondeur du gisement de pétrole est de 1500m.

    Actuellement, la fuite est partiellement arrêtée par un coffre de soutènement et des navirres, qui en pompent du pétrole. On pompe dans les environs de 20,000 barrils par jour, mais on ignore quelle quantité de pétrole s’échappe du puits. En gros, on pompe entre 20 et 40% de la fuite.

    Au sujet du pétrole abiotique: je n’en parle pas parce que je ne cherche pas les causes de l’accident. Un accident, ça arrive, mais il faut y être prêt. Ce que je tends à montrer, c’est que la plate-forme Deep Water Horizon avait un mécanisme de secour déficient et que ça a mis en danger l’intégrité du golfe du Mexique. À savoir à qui revient la faute: je dirais au superviseur et aux personnes en charge de concevoir les plans d’urgence.

  5. Manx, comme d’habitude, vous avez réussi à nous éclairer sur un enjeux primordial. Votre texte est très bien écrit et regorge d’informations pertinentes. Votre critique est limpide et me parait plutôt impartiale, merci. Nous reviendrons régulièrement visiter votre blog.

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