WTF?

Montréal: une culture de l’échec


C’est drôle, mais à chaque fois que j’entends parler de Montréal, ce n’est jamais en termes éloquants ou sur des choses qui stimuleraient notre fierté. Des gens viennent des quatres coins du monde critiquer nos réseaux routiers, on s’inquiète de la chute du tourisme, il faut se battre pour garder un Grand Prix dans la métropole, la ville est bruyante, sale, polluée, allouette. J’ai l’impression que les Montréalais adorent ça, croire qu’ils vivent dans la boue et que le monde n’a rien à s’attendre d’eux.

La plus récente frustration que j’ai est au niveau des BIXI et de la société des vélos en libre-service. La Presse, particulièrement, s’acharne sur la société en vélos, y dépêchant des journalistes qui n’ont aucune idée de ce qu’est une fibre entrepreunariale (des fibres, comme dans les Corn Flakes?). On critique un modèle de gestion de vélos si bien rodé qu’il remporte des appels d’offre à travers le Canada et à travers le monde pour sa gestion exemplaire, son organisation et (à la fin de la journée) sa rentabilité concurrentielle. Pourtant, on vient nous dire que le BIXI, ce n’est pas rentable à Montréal. Les propriétaires de BIXI avaient prévu un déficit les deux premières années, mais on y reviendra plus tard.

Il a fallu que le président de la SVLS (les propriétaires de BIXI) rectifie les faits pour expliquer comment BIXI est géré, d’où elle tire son argent et quel est leur plan d’action. Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui étalent leur plan d’action corporatif sur la place publique? En attendant, BIXI confirme qu’elle se porte bien et souligne qu’elle a, pour l’année 2011, plus d’abonnés qu’elle ne l’avait prévu lors de son lancement. En vérité, BIXI ne prévoyait pas être rentable les deux premières années. Nommez-moi un produit nouvellement développé qui a été rentable en 2 ans. Il faut rembourser une partie de sa dette, nécessaire pour partir une entreprise, en plus de convaincre des utilisateurs à adopter un produit qui n’a pas encore de réputation.  Après deux ans, Apple recevait un recour collectif contre son iPod et se préparait à lancer iTunes. Ils venaient tout juste de lancer un lecteur mp3 utilisable adéquatement sur Windows. Malgré tout, ils ont eu le support de leur industrie et de leur fans; regardez où ils sont maintenant.

J’aimerais voir les gens d’ici fiers d’habiter à Montréal et se réjouir de nos projets. On a un vélo libre-service qui s’exporte dans certaines des plus grandes villes du monde, des studios Ubisoft qui co-développent les prochaines générations de jeux vidéos, un été rempli de festivals et d’événement pour tous, un Vieux-Port magnifique, un tournoi international de feux d’artifices, un patrimoine architectural reconnu et on compétitionne avec Paris pour le titre de métropole du design. Arrêtons de secrètement espérer que tout aille mal à Montréal et encourageons les gens lorsqu’ils ont des projets ambitieux.

On ressort d’ailleurs d’un concert de U2 qui a réuni 160,000 personnes. En 1976, 300,000 personnes se sont rencontrées à la Saint-Jean-Baptiste sur le Mont-Royal; c’est là que Gilles Vigneault a écrit « Gens du pays ». Du spectacle U2, les journalistes ont préféré nous dire que Montréal n’était pas équippé pour recevoir ce genre de spectacles, comme si c’était trop bien pour nous. Parlez-moi de ça, une belle culture de l’échec!

2 réflexions sur “Montréal: une culture de l’échec

  1. Je suis plutôt d’accord avec toi. Je dis « plutôt » car il y a un point qui mérite plus d’attention: la définition de succès.

    Ubisoft, à mon avis, ne cause pas de gros problème. C’est une compagnie privée pour laquelle on peut définir le succès assez facilement. Mais une salle de spectacle de grande qualité pour l’OSM, est-ce un succès? Utiliser des millions de dollars pour favoriser une clientèle, admettons-le, en général plutôt bien nantie… est-ce un succès?

    Si on avait construit des logements sociaux avec ce même argent, aurait-ce été un succès? Le grand prix de Montréal, est-ce un succès? Aurait-on pu aider davantage la population avec le même montant d’argent?

    Le futur amphithéâtre de Québec sera-t-il un succès?

    À chacune des questions précédentes il est possible de répondre tant par oui que par non et ce pour une raison bien précise: on peut changer la définition de succès lorsque ce sont des fonds publics. Pour une compagnie l’objectif est clair. Mais pas pour un gouvernement. Cela permet à la fois de tout justifier ET tout critiquer.

    Évidemment il y a des cas exceptionnels d’échec indéfendable (comme les compteurs d’eau). Mais c’est assez rare.

    Le BIXI est-il un succès? Je ne le sais pas. Mais selon le président de la SVLS la dette de BIXI s’élève actuellement à 37 M$ et il y a actuellement 40 000 abonnés. Pour arriver à rembourser la dette il faut donc que chaque abonné paie pour la totalité des frais annuels plus 900$ échelonnés dans le temps. Ou encore que les contrats à l’étranger soient très rentables. C’est possible.

    U2 est-il un succès? Rappelons-nous que Bono s’est installé en Hollande pour éviter de payer ses impôts. L’encourager, c’est faire la promotion de l’évasion fiscale. C’est aussi promouvoir la supériorité de l’anglais sur le français et c’est donc une atteinte à notre culture que de le tolérer sur notre territoire.

    Qu’est-ce qu’un succès? Là est la question.

  2. J’ai fait partie de plusieurs CA et je sais que la taille des projets change totalement la façon dont les personnes y réagissent; quand on joue avec de plus gros montants, on a tendance à être très prudent et à soulever plus d’inquiétudes. C’est normal que le public soit plus critique quand on joue avec leurs sous.

    Je crois que le jugement du succès dépend des valeurs des gens, dont les retombées/coûts économiques. Plusieurs personnes s’opposent à des projets privés à cause de leurs valeurs (exemple: l’intervention des groupes à la boutique du marcheur).

    Pour les événements culturels, moi je vois un succès par le nombre de personnes attirées et les coûts. U2, c’est un succès pour moi à cause du nombre de gens et de la popularité du groupe. Les Rolling Stones auraient eu cette audience et ça me ferait très peu de différences.

    Moi aussi, je crois que l’échec et la réussite, c’est une question de point de vue. Par contre, je suis énervé que l’on accorde une note « d’échec » à la majorité des projets que l’on entreprend à Montréal.

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