Alimentation/Ingénierie/WTF?

Les fromages d’ici produisent l’électricité d’ici


L’industrie alimentaire est excellente dans l’élimination le concept de « déchet ». Pour les transformateurs alimentaires, chaque élément qui sort de l’usine est un produit utile avec une valeur, à l’exception de l’eau. On en est rendus au point où des produits ont maintenant plusieurs utilisations, comme le lactosérum, qui peut maintenant nous servir à produire de l’électricité.

Dans l’industrie du fromage, on estime qu’environ 90% du volume produit est du lactosérum (whey, pour prendre le terme anglais), aussi référé comme le plasma du lait. L’industrie laitière en produit aussi une quantité respectable dans ses usines. Ce produit est faible en protéines avec environ la moitié de la valeur nutritionnelle du lait normal. Malgré tout, c’est un supplément alimentaire reconnu utilisé dans la fabrication industrielle du pain et utilisé pour faire des fromages de plus petite qualité (ricotta, etc.). C’est aussi une des substances laitières modifiées que l’on utiliserait pour économiser sur les coûts en fromage des aliments préparés. Finalement, on peut aussi l’utiliser pour nourir les animaux, majoritairement les porcs. Il y a quelque chose d’un peu morbide à servir aux vaches un sous-produit de leur propre lait, un peu comme si on mettait des protéines de lait maternel dans nos hamburgers.

Le problème est que dans les petites installations, le volume de lactosérum produit n’est pas assez important pour intéresser les grands industriels, qui ne manquent pas de fournisseurs. Il faut donc trouver une manière de s’en débarasser ou de le vendre comme produit valorisé. Des entreprises comme HET ont développé des méthodes pour faire du lactosérum en granules, plus facilement transportable et capable d’être vendu sur le marché. Par contre, mon initiative préférée est de l’utiliser pour faire de la cogénération d’électricité.

En 1985, SNC R&D recevait les brevets pour la fabrication d’un réacteur à digestion anaérobique qui traiterait le lactosérum et les « eaux blanches » (eaux usées riches en nutriments) que les fromageries rejettent dans les cours d’eau. Ces réacteurs permettaient de digérer anaérobiquement une partie des nutriments du lactosérum et des eaux blanches, rendant l’eau propre à être jettée dans les cours d’eau, en plus de produire de l’électricité et de la chaleur. Comme la transformation fromagère demande de la chaleur dans la majorité des cas, c’est extrêmement positif.

Le système de SNC a donc été implanté en 1992 à l’usine Nutrinor, à Chambord, Lac St-Jean. Le réacteur avait une capacité de 450,000 litres et le lactosérum et les eaux usées avaient un temps de résidence de 2 à 5 jours dans le réservoir, où les bactéries réduisaient les nutriments principaux (azote, phosphore, potassium), produisant du biogaz et purifiant progressivement les eaux usées. Malheureusement, l’usine connut des ralentissements, reçut du financement de la part du gouvernement du Québec avant d’être rachetée par Agropur, qui ralentit la cadence de l’usine jusqu’à sa fermeture en 2003. Un beau gaspillage d’argent, alors que l’usine utilisait certaines technologies très intéressantes à explorer.

La France, elle aussi, a beaucoup d’installations fromagères de petite taille, et celles-ci doivent payer des droits pour rejetter les eaux usées des fromageries. Ainsi, le concept de traiter les eaux par digestion anaérobique tout en produisant de l’électricité était très alléchant. Les français implantèrent donc des systèmes de digestion et production de biogaz dans plusieurs fromageries. Le concept a si bien fonctionné qu’il s’est exporté; en ce moment, il y a 4 fromageries au Québec avec des systèmes de traitement des eaux blanches et de valorisation du lactosérum. La firme Valbio, qui a lancé ces projets, a pied à terre en France et au Québec. Ces projets, ambitieux et très coûteux, permettent par contre de respecter les règles environnementales pour les eaux usées au Québec et offrent une valorisation pour les petites productions de lactosérum. À long terme, il y a de bonnes chances de voir d’autres usines emboîter le pas de ces pionnières.

L’une d’entre elles, la laiterie de Charlevoix, a d’ailleurs poussé le concept plus loin, bâtissant un système de machine vivante pour filtrer ses eaux blanches. Le système est construit dans une serre, où poussent les plantes tropicales qui pompent les nutriments des eaux blanches.

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