Environnement/Société

L’embarassante amiante


Quand j’étais encore à l’université, je me rappelle du moment où notre doyen s’était présenté devant les étudiants pour transformer une de nos deux cafétérias en laboratoire de travaux pratiques en nutrition. Une des promesses qu’il nous avait faite était que l’on profiterait des rénovations pour retirer l’amiante dans l’enveloppe du bâtiment.

Les étudiants ont sauté de leurs chaises en criant: “Pardon?!” devant un doyen quelque peu gêné, comme s’il venait de dire une bêtise. Ensuite, on s’est rappelés que le bâtiment avait été construit dans les années ’60, que la pratique de l’époque était d’utiliser de l’amiante comme enveloppe parre-feu dans les bâtiments (et pourquoi pas? Ça marche super bien!). Mais on était en 2008 et on voyait les choses différement. En 2011, notre attitude n’est pas si loin de 2008 non plus…

Quand la cafétéria a été construite, on a pu voir les coûts reliés aux rénovations. Durant les travaux, un énorme camion Véolia pompait l’air du bâtiment pour que les travailleurs ne soient pas mis en danger. Les employés avaient des petits masques pour respirer, avec le bon vieux filtre au charbon. J’utilisais le même modèle quand je devais manipuler des produits volatiles dangereux en laboratoire.

L’amiante, c’est un sujet embarassant et très contradictoire en politique Canadienne. D’abord, il est interdit d’utiliser l’amiante en construction partout à travers le pays. Par contre, le gouvenement Canadien n’a pas de problème à ce qu’on en extrait et que la fibre soit exportée pour servir en construction dans d’autres pays. Cette position instable et manifestement absurde a valu de nombreuses critiques, à l’intérieur et à l’extérieur du pays. En voici trois qui viennent d’agences ou de regroupements Canadiens importants:

La mortalité liée à l’amiante, une exportation Canadienne

Association médicale Canadienne [source]

Le meilleur moyen d’éliminer les maladies pulmonaires liées à l’amiante est d’en cesser l’usage

Association pulmonaire du Canada [source]

Santé Canada souhaiterait que le chrysotile soit inscrit sur la liste des produits dangereux

– Santé Canada (rapporté par Radio-Canada) [source]

C’était encore soutenable pour le gouvernement d’appuyer le lobby de l’amiante, jusqu’au premier novembre 2011. Le NPD lançait alors une motion qui interdirait au Canada l’exportation d’amiante, une proposition que l’on savait battue d’avance. Ce qui fut surprenant, c’est que 5 députés conservateurs se sont abstenus de voter contre cette proposition pourtant extrême, laissant paraître un malaise assez évident. Des échos ont même laissé savoir que si la proposition du NPD avait été moins vague, des députés conservateurs l’auraient appuyé (exemple: si on avait demandé aux acheteurs la garantie qu’ils emploieraient des mesures de sécurité pour les travailleurs). Ce sont des députés qui croient que l’amiante peut être utilisée à bon escient, mais qui ne sont pas convaincus qu’elle l’est en ce moment.

La vérité, c’est que l’amiante est un excellent isolant contre le feu et les produits chimiques. C’est aussi un produit sécuritaire tant qu’il reste emprisonné dans le mur, loin de nous et que personne n’y touche. À jamais. Les risques se posent surtout durant l’installation et les rénovations. L’ennui, c’est que l’amiante a tendance à vouloir rester dans le corps humain, particulièrement dans les poumons, et à aimer se fractionner en petites particules qui vont venir affecter votre système respiratoire. En plus de causer quelques cancers reliés de près ou de loin aux voies respiratoires, on lui a même donné le nom d’une maladie pulmonaire: l’ amiantose. Je vous laisse en deviner la cause.

Le problème au niveau de la commercialisation de “l’amiante sécuritaire”, c’est que comme le Canada, la majorité des pays qui pouvaient se permettre de le faire ont banni l’utilisation de l’amiante. La France a été parmi les premiers à arrêter l’achat d’amiante. Quand le Canada a réclamé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) que la France lève ces barrières commerciales, l’OMC a rétorqué que la santé du public justifie l’entrave à la liberté de commerce. On ne peut pas forcer un pays à accepter l’amiante, au même titre qu’on ne peut pas le forcer à accepter le DDT.

Ne reste que les économies émergentes qui sont prêtes à en acheter (comme les Indes, qui ont rejetté un cas en cour suprême voulant que le pays  en interdise l’achat; vous pouvez voir dans cet article des toits faits en amiante qu’un peintre s’amuse à manipuler à mains nues). Ce sont des pays qui n’ont pas tous un historique très reluisant au niveau de la sécurité et de la santé des travailleurs.

Quoi qu’il en soit, en ce moment, il semblerait que plusieurs acteurs Canadiens commencent à s’inquiéter. Il se pourrait que dans un futur rapproché, on demande aux gens voulant se procurer de l’amiante de prouver qu’ils l’utiliseront de façon sécuritaire, au lieu de faire confiance à un acheteur promettant, avec un petit sourire en coin, qu’il a à coeur la santé de ses employés.

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