Société

Les Y: la génération consciente


Appeler la nouvelle génération montante celle des enfants-rois, c’est comme regarder un Picasso et dire qu’il faudrait plus de réalisme. Partout à travers le monde, les Y sont en train de lancer d’énormes mouvements, à partir de leurs moyens de communication, mais aussi à partir de leurs expériences de vie.

En Afrique, c’est encore plus clair; les jeunes ont maintenant accès à l’éducation. De nouvelles universités ouvrent. En 15 ans, la Gambie, le plus petit pays d’Afrique, a ouvert 2 universités, dont une cette année. Ses deux premières universités. Plus besoin d’étudier à l’étranger pour avoir un diplôme.

Cette génération qui est capable d’accéder à son rêve d’être éduquée est appelée la Génération consciente. Ce titre a d’ailleurs été repris par le jeune chanteur de Mballax (un style de musique de l’Ouest Africain lancé par Youssou Ndour et qui repose sur les percussions et le rythme), Pape Diouf, en a pris le nom pour lancer son dernier album. La génération consciente, au Sénégal, c’est celle qui vient de battre Abdoulaye Wade et le parti démocratie sénégalais, renversant pour la deuxième fois de l’histoire du pays un parti politique grâce à l’appel des urnes. Le pays est maintenant en train de poursuivre en justice d’anciens ministres corrompus qui auraient détourné les fonds de l’état à leurs propres fins.

La génération consciente, c’est aussi celle du printemps arabe, d’Occupy Wall Street et des grèves étudiantes du Québec, une grève qui a eu un impact international – car, faut-il le mentionner, seul certains journaux Québécois et aucun journal international n’a employé le mot boycott. Où je me trouve en ce moment (Wack Ngouna, Sénégal – population 2000 habitants), des gens dans la rue me demandaient ce qui se passait avec la grève étudiante dans ma province chérie. Ils voyaient les reportages de manifestations de 200,000 personnes sur la télé nationale Sénégalaise. Des étudiants d’Amérique du Sud ont aussi témoigné leur support aux étudiants Québécois. C’est maintenant devenu normal qu’une injustice au Québec (payer 75% plus cher pour ton université parce que tu es né 5 ans plus tard) soit dénoncée en Afrique de l’Ouest et en Amérique du Sud. C’est aussi normal qu’un homme qui a décidé de s’immoler en signe de protestation lance un mouvement de masse sur une place publique en Égypte. C’est aussi normal que ce mouvement de masse annonce la chute de 4 gouvernements non seulement en Égypte, en Tunisie, au Yémen et en Lybie (et probablement que bientôt, ils entraîneront des élections en Syrie).

Mais partout, on a retrouvé des signaux de peur et de craintes venant de générations plus âgées, incapables de comprendre la fougue des jeunes. Dans plusieurs pays qui réclamaient la démocratie, le gouvernement a préféré employer des boucliers humains pour se garder au pouvoir. Des gens sont prêts à se sacrifier pour le maintien de la dictature. Dénonçant la partie trop égoïste du capitalisme et le manque d’opportunités de leur génération, les participants au mouvement Occupy the World, probablement le mouvement le plus nombreux de l’Histoire du monde, se sont fait répondre par des hommes en complet-cravate qui leur avaient imprimé des offres d’emploi chez McDonald’s. Au Québec, les preuves abondent de plus en plus que les forces de l’ordre suivent les carrés rouges à la trace, alors que la Ministre de la culture associe le symbole maintenant international de la jeunesse québécoise à la violence. Un parti politique provincial, soupçonné de collusion et de corruption, cherche d’ailleurs à gagner ses prochaines élections sur le dos de la génération consciente.

Malgré cela, cet éveil chez les jeunes n’aurait pas été possible sans l’appui de leurs parents et de gens plus âgés qui ont embrassé leurs nombreux mouvements de masse. Mentionnons aussi ces politiciens qui ont été prêts à leur donner une autre voix. Les jeunes ont lancé des mouvements et le monde s’est assuré de les perpétuer en ignorant les gens qui tentaient de les étouffer.

Alors que vous le vouliez ou non, la génération des enfants-rois n’est plus une réalité. En fait, je pense que les appeler les Y, les héritiers de la génération X, c’est nier le caractère unique des jeunes. Je propose qu’à partir de maintenant, on utilise le terme que les Africains emploient pour nommer cette jeunesse fougueuse, éduquée et ouverte sur le monde : que les jeunes prennent tous les micros qui sont à portée de leur main et qu’ils embrassent le nom de génération consciente.

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