Sénégal/WTF?

Le Sénégal des villes et le Sénégal des champs


Au début du mois de janvier, je suis parti au Sénégal travailler pour une ONG Canadienne dans un programme Ouest-Africain.

J’ai vécu un total de 5 mois dans le village de Wack Ngouna (population : 2000), un village centre d’une communauté rurale de 63 villages. Je l’ai eue facile; le village avait accès à l’électricité, de l’eau courante de qualité et un grand marché hebdomadaire. Il y avait une grande école secondaire commanditée par Plan International, deux petites usines de traitement des eaux et plusieurs ateliers de soudure et de charpentiers. C’est assez grand pour le Sénégal, quoi.

Wack Ngouna, c’est aussi à 1h30 de Kaolack (population : 185 000 habitants). C’est la ville centrale de la région, au coeur du bassin arachidier du Sénégal. L’exportation d’arachides est l’une des principales activités économiques du pays et son commerce passe en grande partie par les usines de cette ville. Étonnamment, une poignée de blancs y habite aussi, contrairement à Wack Ngouna où le commerçant Guinéen me saluait en faisant : « Hé salut, le blanc! » Hé oui, j’étais la seule personne à la peau blanche dans tout le village, ce qui surprenait beaucoup les enfants. Kaolack a une base du Peace Corps américain et est aussi une plaque tournante du transport de produits, puisque la route de Dakar qui mène au Mali passe par cette ville. À partir de Kaolack, on peut prendre un transport pour se rendre à n’importe quelle ville du Sénégal. Même celles de Casamance!

Rapidement, on arrive à observer des différences sur le mode de vie des gens habitant en ville et des gens habitant dans les villages du Sénégal.

Le développement des régions

Wack Ngouna se trouve à être en fin de ligne. Cela signifie que les autres villages environnants n’ont pas accès à l’électricité (même si plusieurs personnes ont des téléphones cellulaires qu’ils viennent charger le jeudi à Wack Ngouna – parce que même si l’électricité ne se rend pas dans ces villages, on a un signal de cellulaire). Actuellement, le Sénégal est en train de développer les infrastructures de la région.

Le marché hebdomadaire de Wack Ngouna a lieu tous les jeudis. Des commerçants de toute la région y assistent

Quand je suis arrivé, la route menant Wack Ngouna à Keur Madiabel, la plus grande ville de la région, était en construction. Ils ont réussi à la finir 2 semaines avant mon départ. De plus, les installations du réservoir d’eau de la ville ont été rénovées pendant ma présence. On remarque très vite que plusieurs régions du Sénégal sont en train de développer leurs infrastructures très rapidement. Ça peut mener à des irrégularités, comme un pan de route plus étroit qu’un autre parce que le contracteur était différent, mais au final, les Sénégalais apprennent lentement à se débrouiller avec les moyens entre leurs mains.

Application du goudron avant l’asphaltage de la route de Wack Ngouna

L’exode rural Sénégalais

Le plus grand défi dans les régions demeure de trouver des emplois de qualité pour des gens bien formés. Il y a toujours de la place dans les villages pour des métiers qualifiés, comme celui de maçon, soudeur ou réparateur de voitures. Mais qu’en est-il des opportunités d’emploi pour un comptable? Pour un ingénieur? Toutes ces opportunités se trouvent à Dakar, la métropole du pays, ou Thiès, qui est rapidement devenu un pôle technologique (avec l’aide des ONG qui y ont majoritairement élu domicile). Les touristes parcourent la côte du Sénégal et ne vont pas souvent dans les petits villages pour voir ce que les gens locaux appellent le « vrai Sénégal ». Même dans les villes touristiques, plusieurs l’appellent ainsi.

Le marché couvert de Kaolack est l’un des plus grands de l’Afrique. On peut y acheter de l’argent, du poisson, des souliers et à peu près tout ce dont vous auriez besoin au Sénégal. Contrairement à Wack Ngouna, il y a beaucoup plus de produits importés.

Pis encore, la croissance économique du Sénégal est en augmentation de 5%/an, alors que le secteur agricole progresse à un rythme de 3,8%/an. Cela semble indiquer que petit à petit, un écart se creuse de plus en plus entre les gens habitant en ville et les gens habitant dans les villages. C’est un phénomène global difficile à nier, mais cet effet est énorme sur le terrain. Si vous cherchez un travailleur spécialisé en région autre qu’un médecin ou un professeur d’école, vous n’en trouverez pas beaucoup. En conséquence, les régions rurales, qui dépendent lourdement de l’agriculture, s’appauvrissent comparativement aux villes, qui attirent de plus en plus les meilleurs éléments du pays. De quoi auront l’air les campagnes Sénégalaises dans 10 ans? C’est une question à laquelle on ne saurait répondre.

Malgré tout, les Sénégalais ont un attachement profond à leurs villages et leurs racines. Les habitants des métropoles sont souvent des migrants de première génération. Leur famille habite encore les villages, ce qui a une importance capitale dans leur mode de vie. Ils y reviennent souvent et ont la nostalgie d’une vie paisible avec les voisins et les amis d’enfance.

Il reste deux sujets encore intouchés par ce billet, mais qui devront attendre une autre fois. Il ont tous deux beaucoup à voir avec l’exode rural : le féminisme Sénégalais et l’émigration vers les autres pays, comme la France, les États-Unis et, depuis quelques années, le Québec et le Canada.

 Cet article fait partie de ma série sur le Sénégal

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