Sénégal/WTF?

La religion au Sénégal


Au début du mois de janvier, je suis parti au Sénégal travailler pour une ONG Canadienne dans un programme Ouest-Africain.

Depuis son indépendance, le Sénégal n’a jamais connu de guerre civile (malgré des conflits en Casamance, l’une des plus belles régions du Sénégal). C’est une de leurs plus grandes fiertés, alors qu’à l’ouest, le Mali est en guerre et que la Gambie vit sous un état dictatorial depuis le coup d’état de 1998 de Yahyah Jammeh.

Plusieurs affirment que cette absence de guerres civiles est due au fait que des milliers de marabouts, partout à travers le pays, prient jour et nuit pour la paix au Sénégal.

L’ouverture à la religion

Les Sénégalais sont de grands pratiquants de leur religion, même s’ils la vivent comme personne d’autre ne le fait. Les marabouts (un titre chez les imams dans l’ouest Africain) font plusieurs rituels qui bifurquent des rituels musulmans classiques, même s’ils ont une signification tout aussi importante pour la population locale.

Malgré tout, les Sénégalais sont très ouverts, voire curieux d’en savoir plus sur les autres religions. J’étais un peu embarrassé lorsque des gens me demandaient quelles étaient les prières catholiques, parce que ça doit faire 2 décennies que je n’ai pas récité un Notre Père.

La religion musulmane

Selon le World Factbook, 94% de la population Sénégalaise est musulmane. Plusieurs mouvements de l’Islam se trouvent là-bas, comme les Mourides (disciples) et les Tidianes. Le principal mouvement, la confrérie des Mourides, date de la fin du XIXe siècle avec l’arrivée de Cheikh Amadou Bamba (Sérigne Touba), qui avait été exilé en Mauritanie avant de revenir au Sénégal pour y répandre un mode de vie musulman. Il fondera Touba, la plus grande ville sainte du Sénégal, en 1887. 130 ans plus tard, le magal de Touba (journée sainte) réunit des foules de presque un million de personnes chaque année pour célébrer la fondation du mouridisme.

Plusieurs autres magals ont lieu au Sénégal, comme celui de Prokhane dans la région où j’habitais, et qui célèbre la naissance de la mère de Sérigne Touba, Mame Diarra Bousso. C’est le seul pèlerinage au Sénégal identifié à une femme.

La mosquée Mouride de Mbour est en construction. Les membres de cette communauté travaillent à sa construction bénévolement

La religion musulmane telle que prônée est polygame (les hommes ont plusieurs femmes, jusqu’à un maximum de 4) et l’alcool est interdit (dans les villes, une petite minorité de personnes boivent de l’alcool). Dans les villages, la journée suit le rythme des 5 prières lancées à l’appel du crieur de la Mosquée.

L’Islam Sénégalais est aussi très pacifiste. Lors de l’annonce d’un attentat terroriste en Israël, j’ai vu un de mes patrons se fâcher, disant que l’Islam est censé être une religion noble pratiquée par les sages, les savants et les mathématiciens. Pour eux, les terroristes ne sont pas vraiment musulmans.

La religion catholique

La religion catholique date de la colonisation, mais est pratiquée par une minorité de personnes (4-5% du Sénégal). On reconnaît les catholiques par rapport à leurs prénoms : Jean, Marie, Luc, etc. Les musulmans ont aussi des noms inspirés du Coran; le nom Lamine vient en fait de Al-Amin, un nom dérivé de Mohammed.

Certains villages ont une communauté religieuse catholique. C’est le cas de Fatick, ville natale de l’actuel président Macky Sall

Les catholiques vivent habituellement dans des villages mixtes, à la fois musulmans et catholiques. C’est le cas du village sérère de Joal-Fadiouth, lieu de naissance de Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal (et catholique). Le cimetière de l’île de Fadiouth, où sont enterrés les pêcheurs sérères, est un lieu consacré à la fois par l’Islam et le catholicisme. C’est l’une des seules places au monde où l’on peut enterrer un catholique ou un musulman au même endroit.

Un pèlerinage catholique existe : celui de Popenguine. Le village compte 3500 personnes, mais sa population est multipliée par 10 durant les jours précédant le pèlerinage. Cette commémoration est faite en l’honneur de la Vierge Marie.

L’athéisme

Bien que les Sénégalais soient ouverts aux autres religions, l’athéisme volontaire est quelque chose d’incompris. Les Sénégalais admettent la présence du mystique dans la vie de l’homme. Ils portent des gri-gri autour du cou ou du ventre pour se protéger contre les mauvais sorts. Les catholiques se promènent souvent avec une croix quelque part sur leur corps, souvent sous forme de chapelet.

S’il y a une insulte pire que de traiter quelqu’un de « sans religion », je ne l’ai pas entendue. Être un mauvais religieux ou être sans religion, c’est inacceptable. Je crois n’avoir entendu cette insulte que trois fois là-bas; elle est réservée aux voleurs et aux terroristes. C’est donc incompréhensible pour eux que quelqu’un se dise ouvertement athée.

Une de mes amies venue au Sénégal a fait l’erreur de dire qu’elle n’était pas vraiment catholique et que l’existence de Dieu la laissait dans le doute. Cela a mené à beaucoup de discussions très intéressantes. Mon conseil est que si vous allez visiter le Sénégal un jour, dites-leur que vous êtes catholique; cela simplifiera beaucoup de choses.

 Cet article fait partie de ma série sur le Sénégal

Une réflexion sur “La religion au Sénégal

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