Sénégal/WTF?

Commercer et marchander au Sénégal


Au début du mois de janvier, je suis parti au Sénégal travailler pour une ONG Canadienne dans un programme Ouest-Africain.

S’il y a une chose que les Sénégalais détestent, c’est que quelqu’un en arnaque un autre. Et je choisis bien mes mots; peu importe qui se fait arnaquer, même si ce n’est pas eux, ils vont être fâchés. J’ai vu la pauvreté et je n’avais pas de mal à donner de l’argent aux gens. Mais il y a des façons de le faire. Si vous acceptez de fermer les yeux sur des commerçants qui vous arnaquent, vous encouragez une population pauvre à être malhonnête. C’est ça qui fait que plusieurs Sénégalais vont être très fâchés si vous vous laissez arnaquer sans rien faire.

Quand on est un blanc, les occasions de se faire arnaquer abondent. Dans un commerce normal, il n’y aura jamais d’étiquette avec des prix, quoique ce que les gens appellent ouvertement des « épiceries européennes » auront des produits avec des étiquettes visibles. C’est très Occidental, le concept de prix fixe.

Alors aujourd’hui, je me suis dit que ce serait bien de parler du marchandage.

L’arnaque

Un touriste n’aura pas l’impression de se faire arnaquer, ce qui rend l’acte plus facile. Par exemple, si on vous vend un collier gri-gri traditionnel à Mbour pour 2$ (1000 francs), cela peut vous sembler être un bon prix. En pratique, un Sénégalais peut acheter 3 colliers comme le vôtre avec un billet de 1000 francs. À la fin, je pouvais en avoir 4 pour 1000 francs, mais il y a des façons de faire plus difficiles à partager.

Pourquoi c’est mal de se faire arnaquer

Le gros problème, c’est plutôt le message que l’on donne au commerçant : parce que vous êtes blanc, que vous ne connaissez pas la valeur de ce que vous achetez et que de toute façon, vous avez les moyens de payer plus cher, vous devriez payer un prix plus élevé qu’un autre. C’est un jugement qui fait que le commerçant aura une image différente des blancs et même que certains commerçants malhonnêtes vont essayer d’attirer des clients blancs, dans l’espoir de leur tirer du gros fric. En arnaquant un blanc, tu peux te faire 10 fois plus d’argent que si tu vendais honnêtement.

Malgré cela, la majorité des commerçants sont honnêtes, surtout si vous parlez le Wolof et que même si vous avez la peau blanche, vous avez l’air Sénégalais.

Les marchés hebdomadaires dans les villages sont différents des grands marchés dans les villes. Ils ne sont ouverts qu’un jour par semaine, mais les commerçants sont souvent bien plus honnêtes que dans les villes, où certains sont habitués d’arnaquer des blancs

Comment éviter de se faire arnaquer

Il existe encore plusieurs moyens. Voici quelques trucs qui s’appliquaient au Sénégal :

Négocier en Wolof

Le Wolof, principale langue au Sénégal, était d’abord une langue commerciale. Comme il existait plusieurs tribus avec des dialectes bien particuliers (Mandinke, Mbambarra, Peulh, Sérère, etc.), les commerçants Sénégalais ont créé le Wolof afin d’unir les gens dans le commerce.

Par expérience, si vous dites un seul mot en français pendant que vous négociez avec un commerçant, vous paierez plus cher que prévu.

Négocier avec un ami local

Les gens locaux connaissent la valeur d’un produit et savent négocier. Les femmes mariées sont habituellement les plus habiles négociatrices parce que ce sont elles qui gèrent l’argent dans une famille. Si vous êtes accompagnés d’une personne en qui vous avez confiance, elle ne vous laissera pas se faire arnaquer. Faites attention, par contre, à la personne en qui vous avez confiance; certains guides touristiques dans les pays en développement se négocient une ristourne sur l’arnaque (ex : un commerçant demande 1000 francs de plus sur un produit, qu’il séparera moitié-moitié avec le traducteur).

Demander le prix à quelqu’un d’autre

Après un moment, vous aurez envie de magasiner seul pour acheter certaines choses. Demandez à une personne qui achèterait le produit en temps normal combien ça vaut (exemple : si vous achetez de la nourriture, demandez à une femme; si vous achetez des jeans, demandez à un homme). Vous pouvez demander à 2 ou 3 personnes, juste pour vérifier.

Lorsque vous arrivez pour payer, ayez le montant exact de la valeur du produit. En discutant avec le commerçant, ne demandez jamais combien ça coûte. Quand vous êtes prêts à partir (il faut jaser un peu avec le commerçant – vous n’êtes pas sauvages, quand même), prenez le produit que vous voulez et remettez au commerçant la valeur exacte du produit. Il n’aura pas d’autre choix que de reconnaître que vous connaissez la valeur réelle de ce que vous achetez.

Pour finir, j’aimerais vous laisser sur un aperçu des marchés dans les pays émergents. Lorsque vous sortez du Québec, allez voir les marchés publics. Vous verrez comment les gens marchandent, quels sont les genres de produits que les gens achètent et quels commerces semblent les plus rentables. Ça vous donne une image bien différente de la richesse et de la pauvreté d’ici et d’ailleurs. Parce que parfois, parler d’argent ne donne pas une image réaliste d’un autre pays.

 Cet article fait partie de ma série sur le Sénégal

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s