Alimentation/Sénégal

La crise alimentaire au Sahel


Au début du mois de janvier, je suis parti au Sénégal travailler pour une ONG Canadienne dans un programme Ouest-Africain.

Il y a une chose que je n’ai pas photographié au Sénégal et en Gambie: la faim. Ça reste dans votre tête, avec ou sans photographie.

L’une des premières choses que j’ai apprises en arrivant, c’est qu’on ne mange pas en public. On le fait par respect pour les autres, car on ne sait jamais qui a mangé et qui n’a pas mangé ce matin-là. C’était particulièrement vrai dans certains coins cette année, car on sort d’une sécheresse très lourde dans toute la région du Sahel.

Le Sahel, c’est une série de pays à partir de l’Afrique de l’ouest qui partagent une zone agro-écologique et un climat plus ou moins communs. On pratique la majorité de l’agriculture durant la saison des pluies, où l’on en profite pour faire pousser des plantes riches en carbohydrates (millet, riz, maïs – de quoi se donner une bonne source d’énergie) et des plantations plus rentables, qui permettront d’acheter de la nourriture et de se faire de l’argent. Cette saison varie d’une région à l’autre, mais c’est habituellement de juin à octobre. Dans plusieurs cas, l’élevage est fait par des nomades qui séparent le travail de la terre de l’élevage bovin. Les plus petits ruminants (comme la chèvre et le mouton) ou la volaille peuvent être faits par des populations sédentaires, mais les boeufs voyagent avec leur maître et parcourent de vastes régions.

En 2011, la sécheresse a été très grave et a touché la population lourdement. Dans le Sahel, on estime que la production de céréales a baissé de 25%. Les autres cultures ont aussi été gravement affectées. Pour plusieurs pays, cela signifie qu’il faut une aide alimentaire pour combattre la malnutrition.

J’étais à Wack Ngouna, au centre du bassin arachidier du Sénégal, et j’ai manqué la saison de la faim. C’est qu’à partir du mois de septembre, le Ramadan vient de finir et les gens ont moins d’argent. Ils attendent aussi le mois d’octobre pour vendre leurs arachides et récolter leur millet ou leur riz, ce qui signifie qu’ils ont très peu de choses à vendre ou à manger. Le mois qui suit le Ramadan, c’est habituellement un moment propice pour se serrer la ceinture, quoi.

Les effets d’une sécheresse


Mais outre la malnutrition, qui est le fléau dont s’occupent les donateurs mondiaux, les sécheresses (qui sont cycliques dans la région) ont un autre effet pervers majeur: la perte du plus précieux matériel génétique.

Quand arrive une sécheresse, on produit moins de céréales et de cultures. Le problème, c’est que comme il y avait une sécheresse cette année, on a aussi moins de semences à vendre ou distribuer aux populations. Et elle est plus chère. Et dans la majorité des cas, sa qualité n’est pas certifiée, ce qui veut dire que l’agriculteur pourrait se retrouver avec une émergence réduite, et donc que 10-15% de ses semences ne pousseront pas.

Alors une sécheresse a de nombreuses conséquences à très long terme dans les régions du Sahel. Non seulement on perd une année de récoltes (et la nourriture et les revenus qui en découlent), mais il faut rebâtir notre matériel génétique et nos semences à partir de ce qui nous reste, c’est-à-dire très peu de choses. Chaque sécheresse force donc un retard au développement de meilleures semences.

C’est aussi un peu pour cela que plusieurs ONG travaillent maintenant à favoriser ce que l’on appelle l’agriculture de contre-saison (ou le maraîchage). On encourage des groupes (principalement des femmes) à faire pousser leurs propres fruits et légumes hors de la saison des pluies sur de petits territoires. Parfois, 25 femmes peuvent se séparer de petites parcelles sur un terrain d’un hectare, selon un modèle qui nous rappelle celui des jardins communautaires. Cela permet d’acheter de la nourriture pour moins cher, de mieux se nourrir durant la saison sèche et d’économiser de l’argent pour la saison de la faim.

L’oignon, les tomates, le chou, la laitue, l’aubergine sénégalaise et les fleurs d’hibiscus étaient des cultures de maraîchage populaires dans ma région. On tente d’implanter essentiellement des produits que les gens consomment déjà. Une campagne de plantation de manguiers, d’orangers et de citronniers a aussi été lancée, grâce à l’appui de partenaires italiens et de la FAO

La sécheresse de cette année a été majeure et l’aide internationale n’a pas été fournie en quantité suffisante, même si les organisations ont lancé de bonnes campagnes plusieurs mois à l’avance. Alors que la FAO de l’ONU estimait que la région aurait besoin de 110 millions de dollars US, l’aide internationale fournie n’a été que de 40 millions. Oxfam a été l’un des groupes les plus présents et a eu une bonne campagne médiatique au Québec.

 Cet article fait partie de ma série sur le Sénégal

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s