Société

L’Ilôt Voyageur


Cet article fait partie d’une série sur la gestion des établissements d’enseignement supérieur.

Il est pertinent de parler de l’Ilôt Voyageur, car ce fut l’un des premiers signes de mauvaise gestion dans les universités de l’histoire récente. En fait, le premier scandale fut celui de la construction du complexe des sciences Pierre-Dansereau de l’UQÀM, au métro Place-des-Arts. Celui-ci cumula des coûts additionnels qui forcèrent l’université à accumuler une dette supplémentaire de 180 millions de dollars vers 2004-2005. Cette dette fut ensuite financée à même les impôts des contribuables du Québec.

Le complexe des sciences Pierre-Dansereau à l’UQAM, situé au métro Place-des-Arts, a lourdement endetté l’université

Le gouffre financier du complexe des sciences, tel qu’on l’appelait, avait laissé l’administration de l’université en froid avec les associations étudiantes du campus. Celles-ci avaient été très critiques de la gestion des infrastructures de l’université. La confiance était si peu présente que quand l’administration décida de se lancer dans un autre programme majeur d’infrastructures, soit la construction d’un édifice au métro Berri-UQÀM du nom de l’Ilôt Voyageur, on décida d’éviter de consulter les associations étudiantes et le syndicat des professeurs à chaque fois qu’il en était possible.

Devant un tel manque de transparence, les étudiants ne savaient trop quoi penser, mais ils savaient qu’ils n’aimaient pas ça. Des manifestations ont eu lieu pour ré-intégrer les étudiants dans le débat public et les journaux de l’UQÀM prévoyaient déjà un 2e scandale du complexe des sciences, mais peu importe, le projet continuait d’aller de l’avant.

Le projet était pourtant très ambitieux. On prévoyait ajouter des salles pour les étudiants en sciences politiques et en droit. On aurait permis à l’université de générer des revenus grâce à de nouvelles résidences et à un stationnement intérieur en plein centre-ville. La garre d’autocars de Montréal pourrait être agrandie. Malgré tout, la firme de notation de crédit DBRS disait à l’UQÀM que les revenus générés par les activités de l’Ilôt Voyageur ne lui permettraient pas d’éponger la dette qu’elle cumulerait pour la construction du bâtiment. En d’autres termes, l’édifice n’était pas rentable et l’UQÀM n’avait pas les moyens de se le payer.

L’Ilôt Voyageur, situé près de la garre d’autocars de Montréal

Le reste de l’histoire est connu. L’université continua son projet d’Ilôt Voyageur, malgré les nombreux avertissements. Le ministère de l’éducation, à l’époque sous l’égide de Michelle Courchesne, n’intervint dans le projet que lorsqu’il fut trop tard pour en tirer quoi que ce soit. La cote de crédit de l’UQÀM fut abaissée années après année jusqu’en 2008, moment où le gouvernement du Québec injecta 180 millions pour éponger la dette du complexe des sciences et 200 millions pour éponger celle de l’Ilôt Voyageur.

Jusqu’à ce jour, l’Ilôt Voyageur est encore une énigme. Un peu avant les élections de 2012, le PLQ était en train de boucler une transaction avec 4 acheteurs différents. On espère que d’ici l’an prochain, ce bâtiment sera remis dans les mains des investisseurs et que l’on pourra arrêter de s’en soucier.

Ce bâtiment a un effet dans l’imaginaire de la population, car il était le symbole le plus évident de mauvaise gestion des infrastructures dans les universités. On blâma ardemment Roch Denis, le recteur de l’UQÀM, forcé à démissionner suite au fiasco de l’Ilôt Voyageur. Une enquête fut même ouverte pour voir si des accusations criminelles pouvaient être déposées.

Ce que cet investissement apporta à l’UQÀM, mis à part sa décotte par les agences de crédit, fut aussi l’élaboration d’un plan de redressement et la hausse de frais afférents aux étudiants. Le gouvernement du Québec avait imposé ces conditions pour aider l’UQÀM à éponger sa dette.

Mais ce que l’on a vu, d’abord et avant tout dans l’Ilôt Voyageur, c’est que cette nouvelle est sortie beaucoup trop tard pour que l’opinion du public ne puisse changer quoi que ce soit. L’information était disponible, les associations étudiantes dénonçaient le projet depuis plus de 6 mois et l’université avait une expérience de mauvaise gestion d’infrastructures dans un passé récent. Les étudiants et les syndicats de professeurs peuvent aussi être des leviers importants dans la dénonciation de transactions douteuses dans les universités et il faut leur donner la place et le sérieux qu’ils méritent. Qu’on le veuille ou non, leur participation peut ralentir un projet, mais permettra d’éviter de faire des erreurs graves.

En fait, si on les avait consultés adéquatement, l’endettement de l’UQÀM aurait pu être réduit sensiblement.

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